LE LAN AUD
celle dont nous avons parlé en premier lieu. — La profession de crieur public est totalement inconnue même dans les chefs-lieux les plus importants, dans les villes bénies du ciel qui possèdent un préfet . un directeur de spectacles et un capitaine de gendarmerie.
Ce n’est qu’à Paris seulement que la corporation des Canards a été reconnue comme étant un des besoins de l’époque et comme le produit d’une civilisation excessivement avancée. — Du matin au soir, le Canard parcourt toutes les rues de la capitale en criant à tue-tête l’annonce d une foule d’événements non moins étonnants que mirobolants , le tout avec l’autorisation de M. le préfet de police, et avec une voix qui n’appartient réellement qu’à cette institution (Nous parlons de l’institution des Canards.
Il n’est pas besoin , je pense , d’expliquer pourquoi les crieurs publics sont connus dans la société sous le nom de Canards.— La ressemblance du cri du volatile et du bipède suffirait seule pour justifier le choix de ce nom; mais le Canard citadin possède encore avec le Canard champêtre l’habitude spéciale de descendre le fleuve de la vie le long de tous les ruisseaux qu’il rencontre.
Enfin , troisième point de ressemblance, le crieui public , pas plus que son homonyme , ne s’aventure jamais à marcher seul pour entreprendre sa promenade habituelle.— Il est toujours escorté au moins de sa Cane, c’est-à-dire de son épouse, épouse non moins laide que chérie.
Par exemple, notre impartialité nous fait un devoir de constater une différence remarquable qui existe entre le Canard citadin et le Canard marécageux relativement à la boisson. — Autant celui-ci aime à se gargariser le gosier avec de l’eau plus ou moins claire, autant celui-là aime à déguster un vin plus ou moins trouble. — Mais que voulez-vous? tous les goûts sont dans la nature, celui de l’eau de mare comme celui du vin de Suresne. — Les Français et les Canards sont libres, la Charte l’a déclaré ( article 1er, édition de 1830).
À propos, ceci nous fait penser que nous devons vous faire remarquer que, par suite de je ne sais plus quelle ligure de rhétorique , on a aussi donné le nom générique de Canard à toutes les histoires merveilleuses, à tous les contes, à tous les cancans gouvernemen-
LE CANARD
taux que l’on imprime pour amuser tous les jobards en général, et tous les jobards français en particulier. — Demandez à n’importe quel gouvernement : il vous dira que le Canard en question est encore un des besoins les plus réels de notre époque. — Plus on lance de Canards dans la circulation, plus on amuse le public et plus on détourne son attention des sujets auxquels on ne juge pas convenable de le laisser réfléchir trop longtemps.
Le serpent de mer a absorbé l'attention des gardes nationaux français à cinq ou six reprises différentes, et quand ils lisaient la description de ce fameux reptile , ils ne songeaient guère a demander le suffrage universel.
À Rome, les empereurs avaient grand soin de distraire le peuple au moyen des jeux du Cirque.
Æ CANARD
En Espagne, on offre à chaque instant des combats de taureaux; à Naples, les dangereux lazzaroni sont continuellement distraits par le spectacle de Polichinelle ; en France, on emploie avec le plus grand succès et la plus grande économie le simple Canard! — Aussi, Dieu sait le nombre des Canards politiques, littéraires et commerciaux qui ont été mis en circulation rien que depuis une dizaine d’années ! — Le chou colossal et le brigand Schubry ne sont que des roquets de Canards auprès des Canards ofticiels.
Le grand secret de tous les gouvernements du monde consiste à lancer le Canard avec adresse et à plumer le coq sans le faire crier.
Mais ceci est de la haute comédie . Laissons donc ce sujet, et revenons tout simplement au Canard des ruisseaux , au personnage qui approvisionne de nouvelles toutes les portières, toutes les écaillères, toutes les fruitières, et, en général, toutes les cancanières de la capitale.
LE CANARI)
Aujourd’hui, le journal Canard par excellence esi le Moniteur Parisien ; il compte à lui seul une centaine de crieurs qui, vers huit heures du soir, s’échappent par volées du quartier-général de la rue Grange- Batelière. Ils se mettent à glapir avec un fausset remarquable le sommaire des nouvelles intéressantes que contient le numéro du jour en faveur du peuple français. Règle générale, le numéro du jour ne contient jamais que des nouvelles intéressantes . — Quand même il n’y aurait pour tout événement extraordinaire, dans le numéro en question, que deux lignes annonçant qu’un gamin a manqué de se noyer en baignant un chien auprès du Pont-Neuf, c’est-àdire qu'il s’est mouillé jusqu’à la ceinture en mettant le pied dans un trou, aussitôt le Canard se met à criei à tue-tête : — « Voici le grand malheur arrivé aujourd’hui au Pont-Neuf à un particulier bien connu
dans Paris . Aâââchctez le journal ! » — Et le naïf
bourgeois, qui, séduit par l’appât de cette nouvelle extraordinaire, se décide à dépenser trois sous, s’aperçoit, l’instant d’après, qu’il a été mystifié.
az
rl
LE CANARD
Ce qui fait que le même bourgeois achètera le lendemain le même journal, attendu que cette fois le Canard annonce une grrrrrande dépêche télégraphique d’ Orient Or, cette grande dépêche annonce
que . l’on n’a rien à annoncer.
Le jour de l’ouverture des Chambres et le jour où la Cour d’assises rend un arrêt contre quelque grand criminel, le Canard se multiplie à l’instar des sauterelles d’Égypte ; toutes les rues en sont obstruées. — On a beau se fourrer une livre de coton dans les oreilles, on a la tête brisée par les cris invariables de « Voici le superrrbe discours du rrrrrroâââ , tel qu’il a été prononcé aujourd’hui en faveur du peuple frrrançais ! » ou bien « Voici le grrrrand arrêt de mort rendu par la Cour d’assises en faveur d’un particulier bien connu dans Paris !... Ça ne se vend qu’un sou ! »
Quand le nombre des années et un plus grand nombre encore de petits verres et de grands verres d’eau-de-vie ont détérioré la voix du Canard, il ne se décide pas pour cela à quitter ses chers ruisseaux , et, faisant emplette d’une clarinette, il emploie le peu de souffle que lui a laissé la nature à tirer de cet instrument, autorisé par la préfecture de police, des sons lamentables qui vont droit au cœur en perçant les oreilles, et qui attendrissent même les personnes atteintes d’une profonde surdité. Voila ce qu’on peut appeler une existence aussi uniforme que possible: — Né Canard, il a vécu de Canards, et il meurt au milieu d’un Canard !
LE CANARD
Après cela, il serait aussi impardonnable de ne pas classer parmi les Canards ces mirobolantes annonces de tous nos charlatans modernes, et Dieu sait si nous en manquons, surtout parmi les médecins!
O Hippocrate ! toi qui te contentais de faire avaler à tes malades de simples pilules, tu ne te doutais guère que tes prétendus élèves commenceraient par faire avaler à ces mêmes malades de monstrueux Canards !
LE PIGEON
ous pouvons nous écrier avec Fauteur des Orientales... , en faisant toutefois subir à son vers une légère modification qui le change tout à fait :
Ilélas que j’en ai vu — plumer de ces Pigeons!
Infortunés Pigeons! combien d'entre vous ont servi de pâture aux Loups-Cerviers de la place de la Bourse! et comme vous avez été plumés et fricassés, surtout dans les deux années qui viennent de s’écouler! II faut que la race des Pigeons soit réellement bien féconde, pour avoir suffi à la consommation effrayante
LE PIGEON
<le la seule ville de Paris. O société en commandite! lu as bien des reproches à te faire ! Tu n’as guère ménagé les Pigeons qui étaient venus se jeter si complaisamment et si innocemment dans tes fdets dorés; lu les as impitoyablement plumés, et, vampire féroce, lu as sucé tout leur sang jusqu’à la dernière goutte!
Vous vous rappelez peut-être une des caricatures de Charlet, représentant des soldats maraudeurs occupés à guillotiner, à l aide d’un sabre, tous les poulets qui, se laissant séduire par le grain que les soldats jetaient en profusion, avaient l’imprudence de passer la tête hors de la porte de leur basse-cour. — Eh bien! les gérants houillers, bitumiers, asphaltiers et boursicotiers employaient absolument la même méthode avec les innocents Pigeons, l es gaillards se cachaient derrière la porte de la Bourse, semaient sur les escaliers une foule de coupons et de prospectus; puis, ils prenaient leur voix la plus mielleuse pour crier à la nuée de Pigeons qui s’abattait sur la place : « Petits ! petits!.... Venez , petits , venez! » A peine les pauvres petits Pigeons avaient-ils passé la tête qu’ils étaient fricassés, à l’instar des poulets décapités par le grand sabre des maraudeurs.
Plus de cinquante mille Pigeons ont ainsi été mis en capilotade depuis dix-huit mois , et rien que les marmites de bitume en ont bien englouti cinq ou six mille pour leur part. On voit que la marmite des noces cle Gamache , qui faisait l’admiration du bon Sancho Panea, n’était qu’un misérable pot au feu de portière auprès d’une des marmites de la Bourse.
LE PIGEON
Une fois insérés là-dedans, les Pigeons pouvaient se llatter d’être parfaitement cuits.
Il faut que la foi en France soit beaucoup plus robuste qu’on ne le pense généralement, puisque des milliers de chevaliers d’industrie n’ont qu’à lancer quelques prospectus pour empaumer immédiatement des millions de jobards qui ont une confiance pleine et entière dans toutes les promesses que leur prodigue le gérant lors de la première assemblée. Voulez -vous des intérêts de cinquante pour cent,
de cent pour cent, de deux cents pour cent? Parlez , faites -vous servir, prenez mes actions! — Nous ne disons rien des entreprises où l’on ne promettait que vingt-cinq pour cent : il fallait se respecter bien peu pour oser offrir au public quelque chose d’aussi mesquin, d’aussi misérable. Fi donc! cela soulève le cœur, vingt-cinq pour cent! Autant vaudrait enfouir ses capitaux dans la première cave venue, dût-on n’avoir pour intérêts que de simples champignons !
Par exemple, lorsque, au bout de six mois, le Pigeon se rendait à la caisse de la société pour toucher un premier et léger dividende de soixante-quinze
LE PIGEON
pour cent, il éprouvait lui premier, mais non pas léger mécompte. La caisse était bien ouverte , mais pour recevoir un nouveau versement de messieurs les actionnaires, versement sans lequel la société ne pouvait pas marcher huit jours de plus. Il est vrai que ce versement devait donner une nouvelle et prodigieuse extension aux affaires de la société : par suite les bénéfices annuels s’élèveraient au moins à trois cents pour cent! Mais, en attendant, il fallait que le pauvre Pigeon fît le sacrifice de ses dernières plumes.
Quand l’actionnaire ne voulait pas passer à la caisse oii l’on devait payer, mais tenait absolument à passer à la caisse où fou devait toucher les dividendes, le gérant l’y conduisait très-poliment.
LE PIGEON
Quelques mois après, le malheureux, venant à lire dans un journal la cote des actions des différentes sociétés industrielles , voyait avec une surprise fort désagréable que le cours de ses actions de mille francs était tombé à sept francs soixante-quinze centimes.
Réalisez donc des bénéfices, à un taux pareil! Et pourtant ceux qui vendent leurs actions à sept francs cinquante 11e sont pas toujours les plus malheureux; la dégringolade arrive souvent au chiffre désolant de zéro. Rien plus, les frais de liquidation, d’expropriation, de signification, d’arrestation et autres (liions , dépassent quelquefois le produit de la vente du mobilier des bureaux, et les actionnaires qui veulent se donner la satisfaction de traduire le gérant en police correctionnelle sont obligés de faire un trente-
LE PIGEON
troisième appel de fonds pour les débours de la procédure.
11 va sans dire que lorsque le Pigeon plumé va trouver un des huit cents avocats qui ornent la salle des Pas-Perdus, le Démosthène en rabat ne manque jamais de trouver la cause excellente, et engage vivement l’ actionnaire a poursuivre le gérant devant le Tribunal de police correctionnelle. « Le procès, dit-il, est imperdable. » Que n’en a-t-il été de même des fonds versés!
Notre pauvre Pigeon vend donc ses dernières culottes pour payer le défenseur de la veuve et de V actionnaire. Puis, lorsque arrive le grand jour de l’audience, il se trouve que l’actionnaire est actionné lui-même par le vertueux gérant, qui le poursuit en diffamation et qui réclame 10,000 francs de dommages et intérêts. Le tribunal n’admet pas ces pré-
LE PIGEON
tentions exorbitantes: il se contente de condamner le Pigeon a cent écris de réparation et a un mois de prison pour avoir appliqué à son vertueux gérant la qualification de Robert Macaire . Le Pigeon plumé , replumé et archi-plumé se voit, de plus, inséré en cage pour trente jours.
Si l'on n’y prend garde, le Pigeon disparaîtra du globe comme les mastodontes, les megalantherium et autres animaux antédiluviens. Les chasseurs industriels le poursuivent sans pitié ni merci. On devrait cependant en conserver quelques-uns pour perpétuer l’espèce. Les âges à venir et les sociétés futures auront aussi besoin du Pigeon : pourquoi donc vouloir les en priver totalement?
11 est des gérants qui ménagent si peu l’infortuné Pigeon , que le jour où il ne reste à ce malheureux que trois francs cinquante, — somme qui, raisonnablement, ne peut pas s’échanger contre une action quelconque, — ils n’ont pas de scrupule de leur flouer ces derniers trois francs cinquante h l’aide d’une partie de billard !
Pigeon trop infortuné, si le royaume des cieux ne t’appartient pas un jour, ou ne devra plus ajouter la moindre foi à la parole de l’Évangile!
LE CLOPORTE
rcpujs peu de temps seulement cette dénomination est en circulation dans la société, mais elle nous semble devoir être promptement adoptée par tous les véritables amateurs d histoire naturelle parisienne. Le Cloporte est devenu le synonyme de portier, et ce nom est d’autant plus juste que ce fonctionnaire privé a pour mission spéciale de se tenir constamment recoquillé dans une petite fente du logis, à l’instar du coléoptère nommé plus haut. Pour seconde mission non moins spéciale, il a le droit de veiller constamment à ce que la porte
82 LE CLOPORTE
soit close. Vous voyez donc que l’antique concierge, suisse ou portier , a deux fois le droit de s’appeler Cloporte.
Le Cloporte est d’origine éminemment parisienne. Dans la plupart des petites villes de province, et même dans des villes fort grandes, il est presque totalement inconnu. C’est à Paris seulement que l’on a senti Inutilité d’avoir constamment a la porte d’une maison un fonctionnaire expressément chargé de faire des cancans sur tous les locataires, d’égarer leurs lettres, de prendre la plus agréable bûche de leur provision de
bois, et de ne pas leur ouvrir la porte passé minuit.
Le costume du Cloporte parisien tire sur la même nuance que la carapace du Cloporte vulgaire ; — cette
LE CLOPORTE
nuance esl d’un gris-Sauzct , c’est-à-dire d’un gris très-sale.
Au moral , le Cloporte est souvent comme son habit, en d’autres termes, complètement gris.
Que voulez-vous? pour être Cloporte il n’en est pas moins homme. 11 a donc reconnu la nécessité de semer de roses son existence, et à ses yeux, les plus belles roses de la nature sont les verres de vin, rouge ou blanc.
Le Cloporte a donc un faible très-fort pour toutes les bouteilles (pleines) ; c’est là un fait que l’on ne peut révoquer en doute. De méchantes langues prétendent même que le Cloporte n’aime que cela. C’est trèsfaux : il aime encore les pièces de quinze sous, de trente sous, et généralement toutes les pièces données sous le litre de denier à Dieu . de pourboire , de gratifications, etc.
LE CLOPORTE
Le Cloporte, obéissant aux lois de la nature et aux ordres du propriétaire , se soumet aux chaînes de l’hyménée, afin d’avoir un autre lui-même qui l’aide à descendre le fleuve de la vie en restant assis pendant trente ans au fond d’une vieille loge enfumée.
Généralement, le Cloporte femelle n’est pas de la première jeunesse, pas même de la seconde; son âge varie toujours entre quarante-cinq et soixantecinq ; un cordon ne se confie pas à la légère. On prend plus de renseignements sur la moralité d’un aspirant ou d une aspirante au cordon de portier que sur la moralité d’un candidat au cordon de la Légion-d’ Honneur. Il est vrai que l’un rapporte plus que l’autre.
Le Cloporte femelle a cela de désagréable qu’il se lamente toujours sur sa position sociale. Vous ne trouverez jamais une portière avouant qu’elle était née pour exercer cet emploi de confiance. A l’entendre, elle a toujours eu de grands malheurs, — c’est la faute à la Révolution; — et , pour preuve, elle tire du fond de son armoire un tas de vieux papiers qui servent à constater quelle a perdu huit cent mille livres sous la République. — Mais la portière n’ajoute pas que ces vieux papiers sont des assignats .
Ces huit cent mille livres avaient été données à la mère de notre Cloporte pour servir de denier à Dieu lors de la location d’un logement de garçon au terme d’avril 179S.
Le Cloporte femelle garde ses vieux assignats avec ses anciens billets de loterie : — on ne sait ce qui
LE CLOPORTE
peut arriver ! — Très-souvent, en attendant les spectateurs qui sont allés à Y Ambigu, et qui par conséquent rentrent fort tard, le Cloporte s’endort dans son grand fauteuil, et rêve que le Gouvernement français lui écrit une lettre timbrée de Paris (15 centimes) pour lui faire savoir qu’on s’est décidé à lui rembourser les huit cent mille livres qu’on lui doit.
Elle se trouve tout coup réveillée en sursaut , au milieu de ces rêves dorés, par le bruit du marteau et de la sonnette; — elle tire le cordon, croyant ouvrir à un garde municipal qui lui apporte les huit cent mille livres en question, et il se trouve qu’elle ne reçoit que les sottises d’un locataire qui se trouvait dans la rue depuis un quart d’heure.
Mais bah! il faut être philosophe, et le Cloporte se console de ses petits chagrins en prenant beau-
LE CLOPORTE
coup de café au lait , de tabac et de charcuterie. — De plus, se rappelant chaque jour qu’il a été uni et béni par le maire de son arrondissement , le couple de vieux Cloportes vit en parfaite harmonie, attendu que le service du cordon se partage alternativement; monsieur se couche quand madame se lève, et vice versâ. C’est une touchante contrefaçon du soleil et de la lune.
Nous avons déjà dit plus haut quelles sont les occupations officielles du Cloporte; en outre, dans ses moments perdus, il fait d’ordinaire le ménage de deux ou trois jeunes gens de la maison; autrement dit, il brosse un peu leurs bottes, ne brosse pas du tout leurs habits, et donne un léger coup de poing dans leur lit.
Grâce à F habitude qu’il a prise de se soigner beaucoup, et de préférence à tous les autres, le Cloporte mène pendant très-longtemps une existence chaude, heureuse et tranquille , en lisant tous les soirs de délicieux romans au sein d’une société choisie, — ou
LE CLOPORTE
en assislant aux jeux innocents des enfants de ses enfants.
Heureux Cloporte! Mais pourtant, comme tout doit finir par se détériorer dans la nature, les empires, les monuments et les paletots en drap d’Elbeuf, il arrive un beau matin ou un beau soir que la mort vient aussi frapper à la porte du pauvre Cloporte.
en
Hélas ! il ne peut se dispenser de lui tirer le cordon.
N jeune homme qui a la moindre teinture d’histoire naturelle sait que la race intéressante des Rats se compose de quatre variétés bien distinctes , — à savoir : le Rat vulgaire , le Rat de la rue Lepelletier. le Rat de cave et le Rat d’é- * glise.
Le Rat de première classe, ayant été décrit par bon nombre de na- • turalistes avec tout le soin et tous les égards qu’il mérite à si juste titre , est aujourd’hui uniquement du domaine des chats et de quelques hommes qui se sont voués au Rat à perpétuité et de père en fils.
LUESrAlà
LE HAT
Nous nous occuperons donc seulement de celte deuxième classe de Rats qui a établi son domicile sur toutes les planches ornées de poussière, de quinquets fumeux, de toiles d’araignées et de souffleurs. — On voit que nous voulons parler des planches théâtrales.
Les jeunes et même les vieilles personnes qui, à raison de 45 fr. par mois, vont chaque soir se transformer en villageoises, en bayadères ou en Chinoises, le tout dans l’espace de trois heures, sont connues dans la société sous le nom de figurantes, mais dans le monde dramatique ne sont désignées que par l’expression beaucoup plus abréviative de Rat.
Vous m’interrompez ici et vous me dites :
« Mais, jeune homme, pourquoi les figurantes de théâtres ont-elles reçu la qualification de Rats? »
Je réponds à votre question, qui me prouve que vous êtes un lecteur judicieux et réfléchi qui désire s’instruire, et je dis :
Monsieur, on nomme Rat la jeune figurante, même quand elle est vieille , parce qu’elle a une foule de points de ressemblance avec le petit animal rongeur qui a fixé son domicile dans toutes les anciennes boiseries. Ainsi, quand vous pénétrez dans le sanctuaire des coulisses , dans cet asile plein de mystère et de poussière, à l’aide du demi-quart de lumière qui éclaire ce local , vous apercevez dans tous les petits coins, derrière tous les montants de coulisses, dans toutes les crevasses des murailles, quelques petits objets qui remuent dans l’ombre. Vous vous approchez pour reconnaître ce que cela peut être, et vous effarouchez un Rat en petit jupon rouge. — Quelquefois même vous effarouchez deux Rats, l’un dramatique et l’autre non dramatique.
Le Rat vulgaire est un petit animal rongeur, mais le Rat dramatique ne lui cède en rien sur ce point. — 11 ronge fort joliment la fortune de tout amateur
LE RAT
qui veut l’apprivoiser, et, règle générale, il se laisse apprivoiser très-facilement.
Que voulez-vous! le Rat dramatique a beau être né d’une famille pauvre, mais honnête, ce n’est pas avec 45 fr. par mois qu'il peut vivre convenablement : avec 45 fr. par mois on ne vit que fort peu et on ne paie pas du tout son loyer. Or, connaissez-vous beaucoup de propriétaires à Paris qui, le 15 janvier, le 15 avril, le 15 juillet et le 15 octobre, en guise de loyer, se contentent de mettre dans leur portefeuille un certificat de vertu délivré au jeune Rat par le commissaire de police du quartier et par le régisseur du théâtre ? — Quand bien même à ce précieux papier le Rat joindrait un certificat de vaccine , le farouche propriétaire ne s’en contenterait pas davantage. Imaginez-vous donc ce que doit être la vertu d’un Rat qui est issu d’une famille pauvre, mais pas honnête! — ce qui se voit quelquefois.
Après Montfaucon, la plus grande ratière qui existe en France est sans contredit le théâtre royal de la rue Lepellelier. — Les chœurs de la danse et du chant sont embellis plus ou moins par la présence d’une foule de jeunes Rais dont quelques-uns sont d’une fort belle espérance, mais dont beaucoup d’autres sont d’une foit laide apparence , surtout parmi les Rats chantants. — Le corps des ballets est fourni de visages plus séduisants, et c’est dans cette pépinière sautillante que les lorgnettes diplomatiques et financières vont souvent dénicher quelques petitsRats, qui, grâce à des cachemires et à des chapeaux empana-
LE HAT
cliés, se transforment subito en Panthères . — Nous avons déjà consacré un chapitre à cet autre quadrupède. — Voir plus haut.
Le Rat, pour peu qu’il soit joli (et quel Rat ne se croit pasjoli?), connaît si bien l’influence que la lorgnette peut exercer sur son avenir, qu’il cherche toujours h se mettre le plus possible en évidence pour lancer à toutes les lorgnettes les pointes les plus agaçantes et les oeillades les plus assassines que Ton puisse imaginer.
On a vu des rois épouser des bergères, et des princes très-russes ne pas épouser des Rats, mais déposer à leurs pieds une foule de meubles en acajou ronceux. — Et il faut avouer que, pour un Rat élevé dans du simple noyer, ces objets de luxe ont des
LE RAT
charmes bien irrésistibles, même quand l’acajou esl un peu vieux et que le prince russe est fort déjeté.
La mère du Rat, qui, d’ordinaire, est ornée d’un tour en cheveux de d'eliez le coiffeur , d’un tartan à carreaux brun et d’un nez succursale de la régie, est une femme respectable qui a eu des malheurs et qui a dû se marier plusieurs fois dans sa vie ; mais toujours elle a été trompée par ces monstres d’hommes ! — Aussi celte excellente mère, qui a cru que la fortune de sa fille était faite, du soir où elle entrait en qualité de Rat dans les chœurs de l’Opéra, veille-t-elle continuellement sur la vertu et sur les trois paires de bas de filoselle de son Arnaud a , ou de sa Julia ,
LE HAT
ou de sa Flora y ou de tout autre nom de Rat. — Elle veille à ce que Finie n’ait pas le moindre accroc, et fait des reprises aux autres.
Aussi, lorsque le Rat met ses socques articulés pour se rendre à la répétition , la mère s’enveloppe de son tartan pour accompagner son enfant, son trésor; mais, pendant que la surveillante cherche son cabas, le jeune Rat s’enfuit et se met h trottiner le long des trottoirs, en se laissant peu effaroucher par les œillades des flâneurs qui ont des paletots cossus en vrai drap pilote.
Dès que la mère a trouvé son cabas, et qu’elle y a fourré un quart de cervelas, un volume de Paul de Kock et sa tabatière, elle se met à courir après la vertu de sa fille; sans doute que souvent cette vertu court déjà depuis longtemps et a déjà fait bien du chemin.
LE RAT
Pendant que cette mère, non moins essoufflée qu’infortunée, se livre ainsi à un exercice gymnastique qui d’ordinaire est l’apanage des seuls pompiers, le jeune Rat prend un chemin détourné pour aller rejoindre quelque bel étudiant en droit qui a séduit son cœur sans être prince russe, et qui a pour liste civile deux cents francs par mois.
C’est avec ce jeune futur procureur du roi qu’elle va se livrer à une foule de danses champêtres à tous les bals des environs de Paris.
Voilà pourquoi, la plupart du temps, le malheureux Rat, après avoir rêvé pendant une quinzaine d’années, équipage, fortune, cachemire , maison de campagne et marabouts, se trouve fort heureux, lorsqu’il est licencié des chœurs sous le prétexte qu’il n’a plus le moindre nerf dans le jarret, d’acccepter pour
LE RAT
ses invalides une place toute de confiance , qui consiste à ouvrir et à fermer les loges du théâtre.
Triste revers des choses d’ici-bas ! — née pour être princesse russe, et devenir ouvreuse de loges! — Enfin, quand on a de la philosophie , il faut savoir se contenter de tout; et une ouvreuse de loges qui aune bonne chaufferette, de la politesse, et un emploi aux baignoires , peut encore avoir une vieillesse assez heureuse et émaillée de pas mal de pièces de quinze sous !
LE RAT D’EGLISE
arrive a la troisième classe de Rats; — car si du théâtre nous passons à l’église, nous y trouvons encore des chan- (A teurs, ou, si vous aimez mieux, des chantres, Y qui partagent avec les figurantes dramatiques la dénomination Ratière que vous connaissez.
Du reste , il est à remarquer que le Rat d’Église peut avoir avec le Rat de théâtre d’autres accointances encore, car plus d’une basse-taille qui, le matin , donne son ut de poitrine à Saint-Roch ou à Notre-Dame , se permet aussi de donner ce même ut , le soir, à l’Opéra, en chantant a tue-tête : Combattons , marchons , etc.
Ces Rats philosophes mêlent ainsi le profane au sacré sans le moindre scrupule, et, à l’instar des petits abbés du dix-huitième siècle ,
« Ils dînent de l’autel et soupcnt du théâtre. »
LE RAT D'EGLISE
Je ne sais pas trop de quoi ils déjeunent , mais je ne serais pas fort étonné si I on m’apprenait qu’ils ont une troisième corde à leur arc : — ils sont bien capables de chanter encore quelque part dans l’aprèsmidi , ne fût-ce que dans le salon des marchands de vin, classe de négociants patentés dont ils cultivent beaucoup la connaissance. — 11 est vrai que pour excuser ce léger défaut , les Rats peuvent dire que, le matin , le chant grégorien dessèche beaucoup le gosier, et que le soir, la méthode de M. Duprez est encore plus fatigante ; il n’y a pas à dire , il faut donner l’ut de poitrine, — ça fatigue beaucoup l’estomac.
Aussi le Rat d’ Église, de tous les exemples que peut fournir l’Ancien Testament, ne met en pratique, avec un véritable zèle, que celui qui a été fourni par Noé, pa- I riarche qui inventa la vigne et la manière de s’en servi r .
Dès que la messe est terminée, notre Rat s’esquive de la sacristie et sort du temple, en remerciant sou vieil ami le donneur d’eau bénite , qui lui offre un peu de ce liquide au bout de son goupillon.
Le Rat ne fait aucun cas de l’eau, même bénite.—
Il ne chérit que le vin entièrement hérétique , — c’està-dire n’ayant pas reçu le plus léger baptême.
Après, il faut bien lui pardonner ce petit défaut. Qui de nous a pu jamais se vanter d’être sans reproche, — excepté le chevalier Bayard ?
11 est fâcheux seulement que le Rat d’Église pousse quelquefois l’oubli des convenances jusqu’à ne pas se contenter d’habiter le temple du Seigneur, et d’entrer encore dans sa vigne, — ou, pour parler plus clairement, jusqu’à se mettre dans un état qui de tout temps fut l’apanage des Templiers, des Chiffonniers et des Grives.
Ce qui fait que notre Rat, ne voyant ses supérieurs qu’à travers un voile fort épais, se permet quelquefois
LE RAT D’ÉGLISE
de confondre les personnages d’une manière déplorable; — il appelle M. le curé mon Régisseur , el le
soir, au théâtre, il aborde le directeur en lui disant mon Révérend!
Cet oubli des convenances sociales mériterait une
LE RAT D’ÉGLISE
punition sévère; mais on pardonne bien des choses à un homme qui donne le contre-fa , — à trente sous la séance encore! — C’est-à-dire que c’est pour rien, surtout au prix où sont les ténors; car vous n’ignorez pas que l’on n’a que de la came lotte de ténor, quand on a la lésinerie de lui donner quarante mille francs par an. Si l’on veut avoir quelque chose d’un peu passable , il faut y mettre soixante mille francs ; et si l’on tient à un ut de poitrine , il faut nécessairement lâcher cent mille francs ! — C’est à prendre ou à laisser ; — si j’étais directeur, je laisserais entièrement.
C’est vraiment une chose bizarre que la mode et que les caprices du public! — M. Duprez est payé un peu plus qu’un ministre, et le pauvre Rat d’Église, qui crie quatre fois plus encore que M. Duprez, gagne tout au plus de quoi nourrir lui , sa femme et son contre-fa .
C’est-à-dire qu’une injustice pareille serait capable de faire prendre l’humanité et le chant en horreur au Rat d’Église, s’il n’était pas philosophe ; — mais il est philosophe. — Forcé de voir des mariages, des baptêmes , des enterrements de gardes nationaux et de pièces, il est devenu d’une philosophie qui dépasse tout ce que l’antiquité nous offre de mieux dans le genre. — Joies, larmes, trépas, baptêmes, sanglots en faux-bourdon , cantiques , chœurs de Robert-Ie - Diable , Te Deum, De Profundis, — il voit tout du même œil impassible, chante tout de la même voix, estime tout au même tarif. — c’est-à-dire trente sous !
IUT DE CAVE.
tSt'
oici, des quatre espèces de Rais, celle qui est la plus insupportable aux habitants de Paris, et , surtout au marchand de vin. On
sait que ce petit rongeur est une des variétés de l’immense famille des commis des droits-réunis , fonctionnaires plus généralement connus dans le public sous la quali (ication de gabelous.
Le besoin d’impôts excessifs se faisant généralement sentir depuis un temps immémorial dans le gou-
LE HAT 1)E CAVE
vernement à bon marché, les ministres se sont toujours donné un mal infini pour trouver quelque moyen, non moins nouveau qu’ingénieux, de tondre les moutons dont ils sont les pasteurs. C’est pourquoi , a force de chercher et de trouver , on en est venu à établir un impôt sur toute espèce de choses. Nous ne voyons plus trop le genre d’impôt qui restera à inventer pour les ministres futurs : ils auront beau se creuser la tête , ils ne trouveront plus rien de nouveau.... Ce sera fort humiliant pour eux.
En tout cas, le ministre qui a inventé le Hat de Cave
peut se flatter d’avoir eu un moment bien agréable
pour le Trésor. Comme il faut, au nom de l’égalité (et c’est la seule manière dont le pouvoir la comprenne), que le pauvre diable paie autant d’impôts indirects que le riche, on a eu soin qu’une bouteille de piquette fût taxée au même taux, à la porte de Paris, qu’une bouteille de bordeaux ou de champagne. Nous ne savons pas si ce ministre aimait la justice, mais, à coup sûr, il aimait le champagne.
Le Rat de Cave est le plus insupportable de tous les Rats, parce qu’il ne se borne pas, comme les autres commis , à sonder les tonneaux aux barrières de Paris; il circule incessamment dans toutes les rues et dans toutes les caves de la capitale. Il ne se remplit pas un tonneau , il ne se vend pas une feuillette , il ne se boit pas une bouteille sans que le Rat ait donné son autorisation et son visa , en échange de pas mal de pièces de monnaie, bien entendu. Enfin, on ne peut même pas, je crois, transvaser une simple bouteille
LE RAT DE CAVE
sans que le Rat assiste à F operation , et porte son œil investigateur et carotteur jusqu’au fond de cette pauvre bouteille.
Après le choléra , il n’est rien que le marchand de vin déleste plus au monde que le Rat de Cave. Si F un empêche de boire , l’autre prélève le plus clair du bénéfice; de telle sorte que le débitant enveloppe ces deux ennemis dans une haine commune. Quant au buveur, son antipathie pour le Rat de Cave est plus grande encore que celle du marchand de vin. Le consommateur, obligé de payer vingt sous ce qui ne vaut que dix sous, se voit forcé de réduire de moitié sa consommation, ce qui augmente du double sa haine.
F)u reste, les ouvriers qui sont obligés d’aller hors barrière pour boire un vin exempt de l’impôt du Rat ,
LE RAT DE CAYE
se permettent, toutes les fois qu’ils rencontrent ce fonctionnaire public, de lui lancer un coup d’œil peu amical.
Le marchand de vin se montre un peu plus poli que le commun du public avec son ennemi , parce qu’il sait bien que la lutte qui viendrait «à s’élever entre eux rappellerait exactement la fable du pot de terre et du pot de fer. L’homme du gouvernement est armé du procès-verbal, et à l’aide de cette arme terrible , il peut porter des bottes excessivement dangereuses à son adversaire. Le marchand de vin voyant donc que , pour vouloir se heurter contre ce pot de fer, il faudrait être par trop cruche , paie son impôt, et, pour se rattraper, a soin de verser une douzaine
LE RAT DE CAVE
de seaux d’eau de Seine dans le tonneau de bourgogne ou de bordeaux. Ce mélange n’a rien de contraire à la santé ni à la Charte. La rivière coule pour tout le monde , et surtout pour les marchands de vin.
Si quelque chat imprudent vient tlâner dans les environs, pour voir ce que Ton fait ainsi à une heure indue, le marchand de vin, qui cumule aussi la qualité de traiteur-fricoteur, lui fait payer cher cette imprudence : il le transforme en un civet de lièvre, — pour que le gastronome s’imagine qu’il mange au moins du lapin.
Le Rat de Cave, pour se livrer consciencieusement à l’exercice de ses fonctions, étant obligé de goûter journellement les liquides soumis à ses droits, acquiert promptement un teint vermeil comme l’aurore ou l’écrevisse cuite.
LE RAT DE CAVE
Après douze ou quinze ans de profession el de dégustation, notre fonctionnaire se voit orné d’un nez qui tient beaucoup plus du règne végétal que du règne animal. Cet organe de la respiration et du rhume de cerveau aurait pu être inventé par le célèbre Parmentier, en ce sens qu’il ressemble exactement à une pomme de terre.
Ce nez phénoménal est tout ce qu’il y a d’uniforme dans le corps des Rats de Cave. L’État n’a pas jugé à propos de leur assigner un costume spécial; ils n’ont pas l’habit vert des autres douaniers, et pourtant ils auraient parfaitement le droit de porter un habit vertbouteille.
Le Rat de Cave, sujet à une foule de maladies comme le vulgaire des Rats et des mortels, court encore le danger de mourir dans l’exercice de ses fonc-
LE RAT DE CAVE
lions. Quand il est obligé de déguster une cinquantaine de feuillettes, il risque fort de laisser sa besogne à moitié faite. A force de goûter du vin , notre dégustateur gouvernemental finit quelquefois par perdre totalement le goût du pain. 11 faut avouer que le Rat
de Cave qui finit ainsi ses jours au pied d’une feuillette, meurt véritablement au champ d’honneur ! C’est, comme disait Odry dans je ne sais plus quelle pièce, pour s’être trop rempli de vin qu’on finit par le mettre lui-même en bière. Que le calembour lui soit léger!
LE CRI-CRI
e Cri-Cri , né au milieu du pétrin, élevé au sein de la farine, semblait ne devoir jamais quitter son modeste foyer domestique. Mais depuis quelques mois, une révolution toé taie s’est opérée : le modeste grillon , qui se cachait soigneusement au fond de
Faire de la boulangerie, attendu que son costume était infiniment simple et se composait d’un pantalon, d’un serretête et d’une paire de savates, vient tout à coup de se transformer en un brillant papillon.