Pope ( Alexandre ). Poète anglais
a. En italien, rHomme gai et l’Homme triste.
HUBERT PARRY
et Tristesse , d'après Milton (1890) est un tableau pittoresque de la vie champêtre orné de ravissantes vignettes musicales. De Profunciis (Psaume 130 ) (1891), chœur à douze parties d'une massive sonorité est écrit dans un style qui se retrouve entier dans le Magnificat (1897) I e Te üeutn (1900). The Choric Song Jrorn the Lotos eaterSy Chant choroïdes Lotophages 1 (1892), sur un poème de Tennyson 1 2 , produit un grand effet dû à la couleur de la composition. Dans Y Invocation to Music , Invocation à la Musique (i 8 g 5 ) en l’honneur de Purcell, et A Song oj Darkness and Light , Chant de la Nuit et du Jour (1898) 011 sent que le musicien a éprouvé une émotion sincère et que sa pensée musicale a partagé l’inspiration de Robert Bridges 3 , un de nos meilleurs poètes contemporains dont les strophes sublimes rappellent la grandeur sonore de Milton.
Dans ces dernières années Parry, profilant de son succès comme poète, a préféré mettre en musique ses propres vers plutôt que de recourir à l’aide de modernes Tyrtées. L’ode symphonique War and Peace, la Guerre et la Paix (1903) ; Voces clamantium ou the Voices oj them that cry, Lamentations (1903), motet; le psaume The Souis Ransom , TAme rachetée (1906), psaume du pauvre ; The Vision oj Life, la Vision de la Vie (1907), poème symphonique et le motet Beyond
1. Lotophages , peuple mythologique des côtes de la Petite Syrte, Afrique septentrionale, qui se nourrissait des fruits du lotus ou lotos, espèce de jujubier, qui avaient la propriété de faire oublier leur patrie aux étrangers.
2. Tennyson (Alfred, lord). Poète lyrique anglais (1810-189:1).
3 . Bridges (Robert). Poète anglais. Né à VValmer, comté de Kent, le a 3 octobre i 844 .
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these voices there is Peace \ la Paix cl Outre-tombe (1908) sont des sujets abstraits qui ont permis au musicien de traduire dans un magnifique langage des sentiments de pur idéalisme. Ces compositions qui offrent une ligne sévère et souvent une grande énergie d’expression sont surtout remarquables par la noblesse de l'idée et la dignité incomparable du style. Malgré leurs qualités elles n’ont pas réussi jusqu’à présent à obtenir l’immense popularité des premières œuvres de Parry ; car, sans contredit, elles sont d’une compréhension difficile et leur inspiration domine de si haut le sens de l’humanité vulgaire qu’elles ne peuvent être jugées encore que par de rares privilégiés. Toutefois, elles font emporter une impression plus haute du génie du compositeur et il est sage de prévoir que, dans un avenir peu éloigné, elles parviendront à acquérir une faveur plus grande que 'les compositions de style clair et un peu hâtives de la jeunesse du maître.
Le génie de Parry montre une aptitude naturelle à traiter les sujets sérieux. Mais, il faut se garder de croire que l’artiste lui-mème ne possède pas d’affinité avec le côté plaisant et léger de la vie. La tournure aimable et l’enjouement d’un caractère qui l’a fait aimer de tous ceux qui ont eu le privilège de l’approcher se retrouvent dans des œuvres du genre fantaisiste dont l’une des plus foncièrement populaires est la musique composée sur un conte en vers de
1. Dernier vers d’uu poème de Tennyson dont le titre a été emprunté par Parry.
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Robert Browning 1 The Pied Piper oj Hamelin , le Flûleav bigarré de Hamelin 2 (iqo5), pleine de verve et de franche gaieté. Il a écrit aussi une exquise musique de scène pour des comédies d’Aristophane 3 The Birds , les Oiseaux ( j 883 ); The Frogs , les Grenouilles (1892) et The Clouds , les Nuées (1906) représentées à diverses solennités par les étudiants des Universités d’Oxford et de Cambridge. Ces compositions révèlent une légèreté de touche, un sens humoristique et une sûreté de goût pour la parodie tels que ceux qui connaissent seulement le musicien par ses œuvres sérieuses hésiteraient à lui attribuer la paternité des autres.
Parry a composé une grande quantité de musique vocale; mais, ses plus fidèles admirateurs peuvent difficilement prétendre que ces productions fassent valoir son talent sous son aspect le plus caractéristique. Les meilleures sont des poésies du seizième et du dix-septième siècle qui font revivre d’une manière aimable par la musique la grâce et le charme d’un temps déjà lointain. Les compositions chorales de Parry pour voix non accompagnées ont une importance plus grande et il faut remarquer qu’en Angleterre ces chants ont toujours été populaires. Au temps de la reine Élisabeth les madrigalistes anglais étaient
1. Browning (Robert). Poète anglais. Né à Londres, le 7 mai 1812 ; mort à Venise, le 12 décembre 1889.
2. Pied , bigarré ou habillé de noir et blanc comme une pie. — Hamelin ou Hameln , ville du Duché de Brunswick, en Allemagne.
3 . Aristophane. Poète comique athénien d'une famille originaire de Rhodes (vers 4oo avant J.-C.). Ses pièces généralement politiques sont remplies de personnalités blessantes somme les Nuées qui sont dirigées contre Socrate. Les Grenouilles ont été représentées en 4 o 6 , à Athènes ; les Oiseaux en et les Nuées en (avant J.-C.).
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généralement réputés d'une valeur égale, sinon supérieure, à ceux d’Italie et des Pays-bas et, du reste, depuis ce temps, nos compositeurs ont toujours montré une prédilection marquée pour la musique de chœurs sans accompagnement. Les chants à plusieurs parties de Parry sont sans rival en Angleterre et, depuis Brahms, on ne peut citer un compositeur du continent qui ait produit dans ce genre avec autant de richesse et de supériorité. Malgré leur proportion restreinte ils sont tous des petits chefs-d’œuvre. Un dessin magistral, un style impeccable et une délicate justesse d’expression donnent à cette musique de chant une distinction rarement rencontrée de nos jours dans cette catégorie.
Je n’aurais garde de passer sous silence les nombreux ouvrages didactiques que Parry a écrits sur la musique; car, ils sont tous marqués au coin d’une science solide et attestent des vues élevées chez leur auteur. Son beau livre sur Jean Sébastien Bach 1 est le plus pur hommage qu’un musicien puisse rendre à cet artisan de la Musique. D’une non moindre valeur est The Art oj Music , l'Art de la Musique , esquisse du progrès musical analysé avec une docte compétence. Sa série de conférences sur Style in Musical Art , le Style de la Musique , présente aussi un très vif intérêt de recherche et d’étude artistiques. L ' History of Music, Histoire de la Musique, publiée par l’Université d'Oxford 2 ,
i. Bach (Jean Sébastien). Compositeur do musique et organiste allemand. Né à Eisenach, en 1 685 ; mort à Leipzig, en 1750. a. 6 volumes in-8°.
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a été augmentée par Parry d’un volume savant sur la musique au dix-septième siècle.
Ses articles de critique musicale jouissent d’une parfaite autorité due à sa qualité incontestée d’aristarque de sorte que, et pour mieux dire, si Parry occupe chez nous une haute position il en est surtout redevable à la Musique. La fortune lui a souri et le succès l’a suivi à chaque pas. Il est parvenu à presque toutes les situations importantes auxquelles un musicien peut prétendre en Angleterre. Après avoir professé la musique à l’Université d’Oxford, il est devenu Directeur du Collège Royal de Musique de Londres qui le possède encore. En 1902, Parry a été élevé à la dignité de baronnet. Durant sa longue carrière il n’a jamais sacrifié ses principes artistiques pour acquérir la faveur populaire. L’idéal le plus pur a toujours été son seul but et il a fait don au monde musical du fruit de ses meilleurs efforts. Sa récompense méritée est l’estime, l’admiration et l’affection de ses compatriotes qui, depuis plus d’une génération, ont élu sa musique comme l’expression des plus nobles qualités du caractère anglais.
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Les arts et les lettres ne peuvent inscrire dans leurs fastes un événement plus suggestif que l’étroite amitié qui lie sympathiquement deux hommes illustres dans la Poésie, la Peinture ou la Musique. Mais, les artistes ont généralement le renom d’une gent irritable, gênas irritabile , et prouvent aussi cette vérité fâcheuse que l’effort habituel pour atteindre la forme pure de l’expression humaine aboutit trop souvent à l’envie, à la malignité et à une absence totale d’indulgence. Combien, au contraire, il est plus intéressant de considérer la communauté d’un but intellectuel qui contribue à renforcer une amitié déjà profonde et durable ?
Horace appelant Virgile la moitié de lui-méme, « anirnæ dimidium meæ », supplie les Dioscures de veiller sur le frêle esquif qui porte le poète aux rivages de la Grèce. Son invocation poétique possède ainsi un sentiment humain qui, à nos yeux, donne un intérêt et un charme plus grands au caractère de ces amis. L’intime affection qui existait entre Gœthe et Schiller est au moins aussi célèbre que celle qui unis-
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sait Horace et Virgile, et, depuis lors, les annales de l’art moderne ont pu maintes fois enregistrer heureusement d’autres exemples d’une amitié aussi sincère et aussi pure.
Le lien amical qui existe entre Stanford et Parry est déjà inscrit dans l’histoire contemporaine de la musique anglaise. Durant de nombreuses années ces deux musiciens ont soutenu côte à côte et avec foi la lutte contre le préjugé et l’ignorance, et il est certain que la renaissance progressive qui est observée depuis trente ans en Angleterre est due surtout à leur éminente et commune initiative. C’est grâce à l’union de leurs efforts que le critérium du goût musical a pu se relever à un niveau qui permet désormais à notre nation de prendre rang au milieu des autres nations européennes pour la culture de l’art et des belleslettres.
Charles Villiers Stanford est plus jeune que Parry, et, plus tôt que son ami il a eu la fortune d’obtenir la faveur du public. Son nom était déjà réputé parmi les amateurs de musique anglais quand Parry n’était encore que l’idole d’une société restreinte et strictement choisie.
Né à Dublin, le 3 o septembre i852, son origine irlandaise se retrouve dans son physique, son caractère et la tournure de son esprit. Son père, musicien amateur accompli, était attaché à la Cour de Chancellerie en Irlande. Dès son enfance, le jeune Stanford montra pour la musique une disposition si précoce qu’à l’âge de huit ans il composait une marche
CHARLES VILLIERS STANFORD
jouée dans une pantomime au Théâtre Royal de Dublin. Son éducation musicale fut aussitôt confiée à sir Robert Stewart qui, à cette époque, comme musicien le plus en vue de l’Irlande, tenait une place importante dans la société de la capitale. Puis, le jeune Stanford quitte l’Irlande, en 1870, et vient en Angleterre pour entrer comme élève au Collège des Reines *, à Cambridge. Jusque-là, Cambridge ne jouissait pas d’une grande faveur pour son éducation musicale ; mais, il était réservé au jeune et brillant irlandais de marquer une époque nouvelle à l’histoire artistique de ce foyer universitaire. Il est d’abord choisi comme chef d orchestre de la Société de musique de l’Université et son zèle artistique tarde si peu à faire sentir son heureuse influence que Cambridge obtient bientôt d’être réputé l’un des centres musicaux du Royaume-Uni.
Stanford ne négligeait toutefois aucune de ses études classiques et travaillait avec intelligence et acharnement. Dans le cours de son éducation scolaire, un congé lui est accordé pour visiter l’Allemagne. A Leipzig, il prend les leçons de Cari Reinecke et à Berlin, celles de Frédéric Kiel s . Le jeune musicien
Le College des Peines , de Cambridge, Queens ’ College , a été fondé en 1M8 par Marguerite d'Anjou, fille du roi René, comte de Provence, épouse de Henri VI, roi d’Angleterre, de la branche des Plantagenels. 11 fut agrandi et doté avec munificence en i£65 par Elisabeth Woodville, fille d’un gentilhomme anglais, épouse d’Edouard Plantagenet, chef du parti de la Pose Blanche d’York, roi d’Angleterre sous le nom d’Edouard IV. Le College de la Peine , d’Oxford, Quecn’s College , a été fondé en i3/jo par Philippe de llainault, épouse du roi d’Angleterre Edouard III Plantagenet.
a. Kicl [Frédéric), compositeur de musique allemand. Né à Puderbach, le 7 octobre 1821, mort à Berlin, le i4 septembre 1885.
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consolidait ainsi le lien d’une sympathie qui est toujours restée vive pour l’art allemand. La musique n’absorbait pas tout le temps de l’étudiant; en i8 7 4, il est admis à un grade universitaire anglais, et cela prouve que Stanford possède une culture des lettres au moins égale à sa science de la musique. Dans l’intervalle, il avait été choisi comme organiste du 'J'rinity College, de Cambridge, quand le public de Londies eut, en 1876, l avantage d’apprécier pour la première fois le talent du jeune compositeur. Sur 1 invitation du célèbre acteur Henry Irving 1 et pour suivre le conseil amical du poète lyrique Tennyson, Stanford avait écrit la musique accessoire du drame de ce dernier, Qucen Mciry, la Reine Marie, qui fut représenté avec somptuosité, sinon avec un grand succès, au Lyceum Thcatre, de Londres. Cette composition et une Symphonie qui lui avait fait obtenir le second prix dans un concours musical à Alexandra Palace firent connaître aussitôt le nom de Stanford, et, depuis ce temps, sa musique a toujours été accueillie en public avec une déférence bienveillante.
Il 11e serait pas profitable de disserter sur la direction que le génie musical de Stanford aurait pu prendre si, à 1 époque de sa jeunesse, la musique en Angleterre avait été plus progressiste qu’elle ne l’était; car, son tempérament d’artiste est par-dessus tout porté à la diversité. Il s’étend de l’oratorio à l’opéra,
I. Irving (Henry). Célèbre acteur dramatique, né à Keinton, comté de Somerset, le 6 février i838, mort à Bradford, comté d’York, le i3 octobre
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de la symphonie à la musique de chambre, du chant à la sonate avec une égale aisance. Sans doute, dans des circonstances favorables, il aurait pu montrer à ses compatriotes et admirateurs son aptitude naturelle à exceller dans chaque branche de son art si l’Angleterre, à cette époque, n’avait presque eu d’attention que pi.ur l’oratorio ou d’autres compositions du même genre. Alors comme de nos jours, un compositeur national avait peu de chance d’obtenir une audition d’opéra et la culture de la musique d’orchestre qui, pendant ces trente dernières années, a atteint des proportions étonnantes grâce à la féconde influence de Hans Richter, d’Arthur Nikisch \ de sir Henry Wood 2 et de plusieurs autres chefs d’orchestre réputés, n’avait encore qu’une faible vitalité. Pendant ce temps, il est vrai, Stanford composait opéra et symphonie ; mais ses efforts recevaient peu d’encouragement et, comme Thomas Gray 3 l’a chanté en vers pleins d'amertume,
La froide misère domptait sa noble ardeur
Et glaçait dans son sein un génial effluve.
Toutefois, dans le cas présent, la Misère doit faire place au Préjugé et à l’Ignorance. Stanford, qui avait terminé l’opéra The Veiled Prophet of Khorassan, le Prophète voilé de Khorassan , sur un poème de Thomas
t. Nildseh (Arthur), compositeur de musique hongrois, né à Szent- Miklos, le ia octobre i 855 , élève de Dessoif et de Ilelmesberger.
a. Wood (Henry-Joseph), compositeur de musique anglais, né à Londres, le 3 mai 1870.
3 . Gray (Thomas), poète anglais (1716-1771). Traduction française en vers libres.
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Moore 1 , ne trouva aucun directeur de théâtre qui consentît à l’entendre. Désespéré de ne pouvoir réussir, il se rend en Allemagne où il reçoit l’accueil cordial que son propre pays ne pouvait lui offrir et le Prophète voilé de Khorassan , représenté à Hambourg en 1881, obtint un succès suffisant pour servir de leçon sévère aux directeurs de théâtres et au public anglais. Mais une circonstance favorable devait bientôt se présenter au sujet de l’opéra national.
Un directeur de théâtre intelligent, Cari Rosa*, qui avait fait les délices de la province pendant plusieurs années avec sa troupe d’opéra, eut l’occasion de faire de courts séjours à Londres. L’idée heureuse lui vint de choisir parmi les musiciens anglais des compositeurs en vue qu’il chargea d'écrire des opéras pour sa troupe. Stanford fut désigné et son opéra en trois actes The Canterbnry Pilgrims , les Pèlerins de Cantorbéry , qui bénéficia de cette bonne fortune, fut représenté au théâtre de Drury Lane à Londres, en avril 1 884 - Un autre opéra, Savonarole , fut représenté dans le meme mois à Hambourg, puis, sous la direction de Richter au théâtre de Covent Garden de Londres, en juillet 188/1. 11 semblait qu’une ère nouvelle s’ouvrît en Angleterre pour les compositeurs d’opéra et ceux d’entre nous dont la mémoire fidèle se reporte à ce temps déjà lointain se souviennent des espérances fondées sur ce réveil imprévu du théâtre lyrique natio-
1. Moore (Thomas), poète, romancier et historien irlandais (1779i85 2 ).
2. Rosa ou Rose de son vrai nom (Cari). Imprésario allemand, né à Hambourg, le 21 mars i 84 a, mort à Paris, le 3 o avril 1889.
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nal. Hélas! cet espoir devait être entièrement déçu. Le public anglais, qui n’a jamais porté qu'un faible intérêt à l’opéra en général, est surtout antipathique à ce genre représenté dans la langue nationale. L’entreprise audacieuse de Cari Hosa reçut peu d’appui et, l’infortuné directeur étant mort quelque temps après, son plan de régénération de l’opéra anglais s’évanouit en fumée.
Malgré la dure déception qu’il avait éprouvée, Stanford ne perdit pas courage. Il sut trouver bientôt une autre issue à son activité et son tempérament d'irlandais robuste et énergique devait se plier à la circonstance avec la souplesse qui le caractérise. Ayant observé que la faveur exclusive du public se portait dans les concerts de musique anglaise vers le genre choral, il résolut de délaisser pour un temps la symphonie et l’opéra et de suivre avec attention cette forme populaire de l’art vers laquelle désormais il dirigeait son talent.
Son oratorio The Three holy Children, les 7 rois Enjants sacrés', op 22 , n’obtint pas un brillant succès ; mais l 'Elegiac Ode, Ode Elégiaque, op. 21 , d'après Walt Whitman, lui acquit une grande popularité musicale. Stanford, fidèle et fervent admirateur de Brahms, avait été l’un des premiers chefs d’orchestre introducteurs de sa musique en Angleterre et son Ode Elégiaque se présentait comme l’une des premières
i. Suivant le livre de Daniel, Shadvach , Meshach et Abed-Nego son! trois enfants juifs qui furent jetés vivants dans une fournaise pour obéir au roi Nabuchodonozor (VII e siècle avant J.-G.)-
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compositions anglaises qui révélaient dans sa saveur germanique l’influence du célèbre maître allemand. 11 favorisait ainsi, par son crédit naissant dans l’art anglais, une mode musicale qui régna longtemps en Angleterre et fut un obstacle sérieux à l’éclosion d’un style national. Le succès qui avait accueilli YOde Elcgiaque fut dépassé par celui de The Revenge , la Revanche , op. 24 , cantate chorale et cbant marin sur le poème célèbre de Tennyson, qui fut exécutée en 1N86, au Festival de Leeds. La Revanche devait donner un plus grand éclat au renom de Stanford dont la réputation artistique parvint jusqu’au fond des provinces les plus éloignées. Là où il existait une société chorale, dans tout 1 empire britannique, La Revanche fut en faveur au point qu’après un quart de siècle sa popularité est toujours aussi grande. En composant cette cantate, Stanford n’a voulu se souvenir ni de Brahms, ni de Wagner, ni des autres grands maîtres de la musique qui avaient influé jusque-là sur son propre style et il a trouvé le moyen d’être simplement et sincèrement anglais.
Un écrivain français distingué, Jules Douady, qui a récemment consacré un livre savant et plein d’intérêt à l’influence de la mer sur la poésie anglaise, ne nous a pas convaincus que nos poètes eussent subi plus fortement que les poètes des autres nations la magique influence de l’Océan 1 . L’inspiration des musiciens, pas plus que des poètes anglais, n’a
i. La Mer et les Poetes anglais.
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atteint le sublime en célébrant cet élément capital dans l’histoire de l’Angleterre et il était réservé a Stanford de réparer dans une louable mesure les défaillances de scs devanciers. Sa Revanche est un noble et légitime hommage rendu aux héros de la mer à qui l’empire britannique est redevable de sa gTandcur. Son exaltation d’une race valeureuse de marins produit un effet irrésistible sur 1 auditeur électrisé par l’énergie et l’animation viriles répandues dans la composition. On ne peut écouter sans une émotion intense les admirables strophes en l’honneur de l indomptable marin Richard Grenville \ vieux héros du temps de la reine Elisabeth, pendant que l’immensité rayonnante de la mer sur l’âpre bruissement des Ilots semble apporter l’éclat de son reflet à la musique évocatrice et triomphale à la gloire de la Marine anglaise.
Malgré son loyalisme britannique Stanford est resté irlandais de cœur, et Ylrish Symphony , Symphonie Irlandaise \ op. 28 , exécutée en 1887, est, sous une forme artistique exquise, son tribut à l’enchantement du pays natal. La Symphonie Irlandaise est pleine de la poésie et du romantisme de 1 Ile d hmeraude. La verte nature celtique semble avoir mis sur elle une empreinte profonde et telle que le succès de l’œuvre
1. Grenville (sir Richard ), fameux capitaine marin (i 54 i-i 5 gi). Ce vaillant guerrier se fit tuer sur son vaisseau La Revanche , près des îles Açores, après avoir tenu tête pendant quinze heures de combat à quinze
vaisseaux espagnols. e . . T
2. Symphonie Irlandaise en fa mineur, exécutée en 1887 a bain t-J âmes
Hall, à Londres, sous la direction du chef d’orchestre llans Richter.
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dans la patrie de John Bull n’a jamais pu être proportionné à son réel mérite. N’esl-il pas nécessaire, d ailleurs, qu’un sang irlandais coule dans les veines pour apprécier entièrement la rude beauté de cette symphonie enveloppée de la légende qui exerce encore sa fascination sur l’Irlande? Quoi qu’il en soit, la Symphonie Irlandaise a réuni en Angleterre un grand nombre d’admirateurs et ceux même que son charme sauvage et romantique n’a pas transportés d’enthousiasme ont été obligés de reconnaître la maîtrise du compositeur.
La Revanche et la Symphonie Irlandaise , sans conteste, mettaient Stanford au premier rang des musiciens anglais, et, depuis ce temps, ce compositeur a justifie son succès en délectant ses compatriotes par une sérié ininterrompue d’ouvrages de valeur dans tous les genres de la musique. Chaque œuvre prouve chez lui un idéal elevé, mais plus sûrement le suprême effort de volonté d’une individualité puissante et qui peut être encore un sine qua non quand, pour atteindre au faîte, l’artiste doit ravir son inspiration à la Muse intraitable.
Je touche ici à ce qui me semble être le point vulnérable de l’armure de l’artiste, et peut-être est-il préférable que j’indique tout de suite la raison pour laquelle, a mon avis, sa musique si admirée et si exaltée par ses compatriotes n a pu obtenir, en définitive, la faveur de nos voisins du continent.
Stanford, comme je l’ai dit, est un musicien doué d’une prodigieuse souplesse ; sa virtuosité s’étend éga-
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lement à tous les genres delà musique. Sa sympathie attractive est d’une rare puissance et son savoir musical étendu. Le style en canon lui est aussi familier qu’aux compositeurs de l’époque élisabéthaine, tandis que l’orchestre moderne riche d’innombrables ressources lui a dévoilé ses arcanes. Mais la diversité meme de cette sympathie, sa profonde érudition entraînent par elles seules un danger. La nature sensitive du musicien le rend enclin à retenir 1 impression passagère qui le surprend au milieu du recueillement de son labeur artistique, et par là je n’aurais garde d’insinuer que Stanford ait parfois eu recours à l imitation servile. Nulle preuve plus assurée de la personnalité de son talent ne peut nous etre offerte que l’habileté avec laquelle il a su fondre en un tout harmonieux les impressions récoltées autour de lui, et, malgré une influence dont on suit la trace dans chacune de ses œuvres, on retrouve toujours en celle-ci la flamme de son tempérament.
Dans son premier opéra, les Pèlerins de Cantorbéry , l’influence de Wagner est toute-puissante au point de lui avoir fait donner dès l’apparition le surnom de Maîtres Chanteurs anglais. Il est manifeste que le modèle choisi par Stanford est le célèbre opéra-comique du maître allemand : car, le souvenir de Die Meistersinger se retrouve dans les Pèlerins à chaque pas. Loin de moi, cependant, la pensée de reprocher un emprunt facile fait à l’œuvre allemande bien que l’audition attentive laisse une impression suggestive. La vie joyeuse et gaillarde au moyen-âge, en Angleterre,
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est décrite avec un trait d’uue vérité presque aussi sûre que celui qui dépeint l’animation de la ville de Nuremberg au temps de Hans Sachs'. Certes, si le musicien avait été favorisé par un livret d’une valeur égale à celui de Die Meistersinger , il aurait pu nous donner un chef-d’œuvre tandis que ses Pèlerins de Cantorbéry , malgré un début plein de couleur et de brio, se traînent au milieu d’une action qui languit dépourvue d’intérêt. Le dernier acte du drame dont Wagner luimême, malgré sa musique si vivante, n’aurait pu conjurer la faiblesse de scène, vouait l’opéra de Stanford à l’insuccès.
J’ai dit le lien qui unit Stanford et Brahms. 11 est certain qu’aucune influence n’a été plus positive sur le style de notre musicien que celle du compositeur du Requiem allemand 2 et je cite cette œuvre parce que c’est vers elle que notre pensée se porte naturellement en écoutant l’Ode Elégiaque . Toutefois, ce n’est pas par ses œuvres chorales que Stanford rappelle avec le plus d’éclat la manière du maître allemand, ni par ses symphonies 3 dans lesquelles son tempérament si fortement romantique a pu heureusement le préserver lui-même de l’abîme de tristesse morbide où Brahms se complaît. C’est dans la masse imposante de sa musique de chambre dont il a doté le monde musical — quintettes, quatuors, trios et sonates, — que Stanford se montre le disciple le plus fidèle a la pensée
i. Sachs (Hans), poète allemand (149/1-1576) et le principal personnage des Maîtres Chanteurs de Nuremberg .
a. Requiem allemand, Deutsches Requiem, 1868.