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Symphonie en fa, n* 4 , op. 31 , etc

CHARLES VILLIERS STANFORD

du maître aimé. Ceux même à qui le génie du compositeur allemand est le moins sympathique se plaisent à reconnaître que le contraste du tempérament irlandais de Stanford, plein d’ardeur poétique, allié au naturel de Brahms, teuton rêveur et austère, a incontestablement quelque chose de piquant et qui a dû souvent contribuer à la beauté plus grande de l’œuvre.

La souplesse du talent et la grande étendue de la sympathie musicale de Stanford puisent leur preuve éclatante dans ce fait qu’après Brahms le musicien qui a exercé sur lui l’action la plus décisive est Verdi par le Requiem ‘ de Manzoni et les œuvres qui ont suivi. La manière de Verdi se fait sentir d’abord dans une Messe en sol, op. h 6 , écrite par Stanford en 1892, puis, dans un superbe Requiem, op. 63 (1897), un Te Deum, op. 66 (1898) et un Stabat Mater, op. 96 (1907), d'une égale beauté, dans lesquels l’influence italienne devient plus apparente. Un opéra en quatre actes, Much ado about nolhing-. Beaucoup de bruit pour rien (1900), qui vient après, montre que le compositeur a voulu suivre avec fidélité la trame du dessin délicat du Falstaff 3 , de Verdi. Du reste, pendant toute cette période, que l’on pourrait appeler italienne, le musicien anglais affirme sa supériorité avec une inten-

1. Messe de Requiem pour les funérailles d'Alexandre Manzoni, exécutée à l’église Saint-Marc, de Milan, le aa mai 1874. — Verdi ( Giuseppe ) (i 8 i 3 ^

^a. 3 /uc/i ado about nothing, comédie de William Shakespeare, 1600.

3 . Falstaff, opéra de Verdi. Représenté au théâtre de la Scala, de Milan, en i8q3.

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site qu’il n’avait pas encore départie jusque-là et ses quatre œuvres citées permettent d’admirer dans chaque genre d’effet une magistrale aisance. La solidité de structure allemande se retrouve en elles jointe à l'abondance mélodique et à la couleur vive de la musique de l'école italienne. Beaucoup de bruit pour rien , en particulier, possède une verve d’imagination et une gaîté d’humeur pleines de charme. Cet opéra, représenté avec succès au Théâtre de Covent Garden, de Londres, en 1900, obtint à la fois la bienveillance de la critique et la faveur des connaisseurs de la musique. Malheureusement, le préjugé contre l’art anglais, représenté avec suffisance par les mécènes fashionables qui président aux destinées de ce théâtre, n’était pas prêt encore à s’incliner même devant une œuvre aussi intéressante et l’opéra dut bientôt disparaître du répertoire.

Un sort plus favorable était réservé à un autre opéra de Stanford, Shamus 0 ’Brien\ représenté pour la première fois à TOpéra-Comique de Londres, en 1896, et repris récemment avec un grand succès. Dans cette dernière œuvre le compositeur s’est souvenu des airs de son pays natal qui ont inspiré la partie caractéristique et la meilleure de sa musique. L’action de Shamus O'Brien se passe dans les montagnes de Cork, en Irlande, après la révolte de 1798.

1. Shamus O’Brien est un personnage légendaire en Irlande. Le livret de cet opéra-comique en deux actes a été tiré par Georges Jessoi> du poème de Le Farm ( Jos. Sheridan ), romancier et poète irlandais, né à Dublin, le 28 août 181 4 , mort à Dublin, le 7 février 1872.

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Du genre foncièrement national, cet opéra-comique renferme des mélodies populaires qui lui donnent une forte empreinte de couleur locale. Mais, prise dans son ensemble, la musique a une fraîcheur d’inspiration et un sentiment d’une vivacité d’expression irrésistible qui la distinguent des précédents opéras de Stanford. D’une contexture plus claire que les Pèlerins de Cantorbéry et Beaucoup de bruit pour rien, elle affirme une prétention moins ambitieuse pour conserver un entrain naturel et une élégance aimable. Si Dublin possédait un théâtre dopera d’une importance égale à Abbey Theatre, qui est le foyer rayonnant du drame national irlandais, Sliamus O’Bricn serait assurément la pierre assise du répertoire lyrique.

Musicien brillant comme l’est Stanford, qui a excellé dans son art et a fait sienne tour à tour avec avantage chaque branche de la musique, il ne se montre peutêtre entièrement lui-même que lorsqu’il écarte de sa mémoire d’artiste tout souvenir de l’Allemagne et de l’Italie pour ne s’inspirer que de son pays natal. J’ai déjà parlé de sa belle Symphonie Irlandaise. Ses deux Rapsodies Irlandaises, op. 78 et op. 84 , pour orchestre, sur un thème d’anciens chants de l’Irlande d’une franche et superbe mélodie, n’ont pas une valeur moindre. La teinte de gaélique verdeur dont le compositeur ne peut souvent se déprendre, jointe à la vigueur du dessin qui caractérise sa musique de chambre, rend dignes d’attention dans cette part de son œuvre ses

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Fantaisies Irlandaises , op. 5 h, pour violon et pianoforte écrites il y a environ vingt ans.

Il convient de mentionner aussi la publication de séries variées d’anciens chants de l’Irlande et l’accompagnement caractéristique pour piano dont il a doté les mélodies populaires de ce pays sur lesquelles le poète Thomas Moore a écrit ses admirables strophes. Un style d’une parfaite correction distingue toutes les mélodies vocales également remarquables de Stanford qui a aussi enrichi la musique chorale sans accompagnement de petits chefs-d’œuvre.

La brièveté de cette esquisse rend nécessaire de négliger plusieurs aspects de cette activité artistique qui a produit des livres de docte critique, des éditions savantes des grands maîtres de la musique, et de se borner à ne pas oublier sa réputation méritée de professeur éminent 1 et d’habile chef d’orchestre. De sorte que, pour résumer cette carrière qui brille d’un si vif éclat dans son éclectisme, on peut dire de Stanford en toute justice, comme Samuel Johnson* du poète irlandais Olivier Goldsmith 3 sur une épitaphe célèbre, qu’il a touché à presque tous les genres d’écrire et n’a touché à aucun qu’il n’ait embelli : Nullum fere scribendi gênas non tetigit , nullum quod tetigit non ornavit.

i. Professeur de composition au Collège Royal de Musique, de Londres.

a. Johnson (Samuel), célèbre lexicographe anglais (1709-1784).

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