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Goldsmith (Olivier), poète irlandais

GRANVILLE BANTOCK

L’Art est une divinité capricieuse qui distribue parfois ses faveurs avec une malice perverse. L’humeur de cette déesse était assurément paradoxale le jour où elle favorisa Granville bantock' de son regard. Ce musicien qui a voué son génie à décrire la splendeur de l’antique Orient n’a pas vu le jour dans la contrée où le Gange roule vers l'Océan Indien ses eaux aux reflets dorés, mais sur les bords brumeux de la Tamise. Nul palais du plaisir dans la superbe Xanadu 1 2 si pompeusement décrite par Coleridge 3 dans son poème merveilleux de Kubla Khan n’a abrité sa tête juvénile ; car, c’est au milieu de noires et prosaïques cheminées dans un quartier triste de

1. Bantock (Granville ). Compositeur de musique anglais. Né à Londres, le 7 août 1868.

2. Xanadu. Nom d’un séjour imaginaire au centre de l’Asie, cité dans les premiers vers du poème de Kubla Khan , de Coleridge.

In Xanadu did Kubla Khan A slately pleasure-dome decree ,

Where Alph , the sacred rivers , ran Through caverns measurclcss io man Down to a sunless sea.

3 . Coleridge (Samuel Taylor). Poêle et publiciste anglais. Né à Ottary Saint Mary, Devonshire, le 21 octobre 1772 ; mort à Londres, le 25 juillet 1 83 A. Coleridge a été considéré à cause de ses aspirations romantiques comme le précurseur de lord Byron.

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Londres qu’il a grandi jusqu’à l’adolescence. Bantock n’a pas été davantage un de ces jeunes prodiges qui récoltent les applaudissements d’un public impressionné par la dextérité d’une virtuosité précoce. C’est loin du monde et du bruit extérieur qu’il a passé son enfance. Pendant ses premières années il ne montra pas un goût très prononcé pour la musique ; il allait à l’école et suivait les leçons des enfants de son âge. Son père 1 , médecin distingué et érudit, le destinait à la carrière du Service Civil de l’Inde. Mais, dès que l’adolescent fut parvenu à l’âge viril, il connut le charme puissant de l’Art, et, à peine dans sa vingtième année, se révéla en lui une vocation irrésistible pour devenir musicien.

Bantock, sitôt qu’il eut fait cette importante découverte, entra à l’Académie Royale de Musique de Londres, où il devint l’élève de Frédéric Corder 2 , professeur éminent dont la science pédagogique a déterminé le caractère artistique d’un si grand nombre de jeunes musiciens anglais. Il était encore dans la période de ses études musicales lorsque plusieurs de ses compositions furent publiées sous le patronage de son aima mater. Parmi celles-ci on remarque une ouverture dont l’inspiration est tirée du poème de Thomas Moore les Adorateurs du Feu et la musique de ballet composée pour un drame égyptien Ramsès II

1. Bantock (Georges Granville). Médecin, auteur d’ouvrages estimés de médeciue.

2. Corder (Frédéric). Compositeur de musique anglais. Né à Londres, le 26 janvier i 852 . Professeur de composition musicale à l’Académie Royale de musique de Londres.

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qui ne devait jamais voir la rampe. Une fortune plus favorable était réservée à un opéra en un acte Ctedmar ' qui fut représenté durant une courte et peu fructueuse saison (1892) sous la direction du signor Lago à l’ancien Olympic Theatre. Cædmar, écrit dans la manière wagnérienne de Tristan et Itseult, oflrait certainement une promesse d’avenir, mais ne pouvait être estimé qu’un pur exercice académique de néophyte bien doué.

Bantock, d’une nature vive, avait montré dès l'enfance un esprit entreprenant et son penchant le força bientôt à reconnaître que la musique ne pouvait satisfaire seule sa bouillante activité. Au contraire d’un grand nombre de ses collègues, ce musicien est un érudit et sa culture lui permet, en dehors du domaine de l’art, d’avoir des vues personnelles et originales sur des questions d’un ordre élevé. Lorsqu’il était encore au seuil de sa carrière artistique il sentit la nécessité de s’adresser à un public plus nombreux que sa musique alors ne pouvait lui procurer. Dans ce but il fonda une revue musicale, laquelle, bien cpie le succès ne fût guère en rapport avec les aspirations du rédacteur, lui permit enfin d’exposer à loisirs ses idées sur des sujets didactiques qu’il désirait traiter depuis longtemps. La New Quarterly Musical Review, la Revue Musicale Moderne trimestrielle, qui vécut de i8g3 à 1896, ne pouvait en un si court délai révolutionner le goût musical en Angleterre ; mais, elle eut du moins pour îésultat de mettre en évidence un

i. Cædmar. Héros imaginaire dramatique.

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groupe de jeunes el ardents rénovateurs. Loin de se trouver à l’aise sur le terrain frayé de la musique ces jeunes enthousiastes brûlaient de suivre des sentiers nouveaux et, la cognée en main, étaient prêts, suivant la circonstance, à prouver leur zèle à toute épreuve. Bantock parmi eux se signalait par des projets d’une réelle ambition et tels que Berlioz lui-même ne traça jamais un plan musical d’un dessein si grandiose. A cette époque, il songeait à écrire une série de vingtquatre poèmes symphoniques d’après le poème épique de Robert Southey \ The Curse of Kehama , la Malédiction de Kehama a . Deux symphonies de cette superbe série étaient déjà composées entièrement quand la déesse qui règle la destinée de Bantock d’une manière si paradoxale dans l’art vint le tirer de son rêve pour le jeter tout à coup dans un milieu nouveau. Forcé d’abandonner sa chère revue et de la confier au soin d’un collègue et ami fidèle, il s’empressa de renier la malédiction de Kehama et laissa inachevée sa géniale série de poèmes symphoniques pour accepter Remploi de chef d’orchestre dans une tournée lyrique. L’entreprise organisée par Georges Edwardes i. * 3 4 , le célèbre imprésario du Gaiety Theatre, consistait à représenter dans plusieurs parties du monde A Gaiety Girl*, Une Demoiselle da Gaiety , opé-

i. Southey (Robert). Poète épique anglais (1774-1843).

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