Espèce de petite corneille
EDWARD ELGAR
Après s’être révélé par La Lumière de la vie , Elgar devint sinon précisément célèbre, du moins un musicien avec qui il fallait désormais compter. On se demandait qui était ce néophyte, où il avait appris l’art de la composition, et l’histoire de ses premières années commença à intéresser le monde musical anglais.
Né en 1857, d’un père organiste à l’église catholique de Saint-Georges, à Worcester, bon violoniste et gérant d’un magasin de musique, l’enfant avait passé ses premières années dans la contemplation des superbes collines de Malvern, qui élèvent leur gracieux profil au-dessus de la vallée de la Severn. Autour de Worcester, le paysage 11’a pas l’aspect sauvage du pays de Galles, contrée voisine aux landes arides et aux montagnes rocailleuses. Les collines de Malvern, bien qu’étant les plus hautes du sud de l’Angleterre, n’ont rien de terrifiant pour l’esprit de l’enfant. Là, la nature se montre sous un jour aimable et souriant; la brise qui parcourt la vallée de la Severn promène une douce caresse que l’on rencontre rarement dans les autres districts de l’Angleterre. Au milieu de scènes pour lesquelles sa nature pensive et concentrée doit avoir éprouvé une sympathie vive, bien qu’inconsciente, l’enfant parvint à l’adolescence. Son père lui enseigna le violon et l’orgue, puis, peu à peu le jeune Elgar acquit la pratique d’autres instruments en même temps que la connaissance des formes diverses de la musique. Nous savons qu’il tenait la partie de basson à un quintette d’instruments à vent et qu’il
EDWARD ELGAR
composa plusieurs morceaux du genre, qu’il conduisait l’orchestre dans une société privée d’amateurs à Worcester et qu’il jouait du violon à l’orchestre du Festival annuel des Trois Chœurs. Il n’avait toutefois reçu qu’une éducation musicale irrégulière. Jamais il n’avait franchi le seuil d’une académie, il n’avait jamais pris les leçons d’un professeur ni écrit un exercice de contrepoint. Son père, qui devinait la vocation de son fils, désirait l’envoyer à Leipzig et, res angusta domi y des difficultés de la vie ménagère empêchèrent seules l’exécution de ce dessein. Lorsqu’il eut atteint sa vingtième année, désirant faire sa carrière comme violoniste, Elgar vint a Londres où il suivit une série de leçons de Pollitzer 1 . Mais son projet ne réussit pas et il revint sous les saints ombrages de Worcester, dans la calme solitude des collines de Malvern, pour y poursuivre sa vie paisible dans l’étude. Là, les partitions des grands maîtres ouvertes devant lui, son talent se forma peu à peu.
En i 885 , il succède à son père comme organiste à l'église Saint-Georges de Worcester, où il compose une grande quantité de musique pour le service catholique. En 1889, après son mariage, il tourne une fois encore ses pas vers Londres, espérant obtenir dans la métropole une renommée plus grande qu’une ville de province ne pouvait lui donner. Mais la citadelle n’était pas encore prête à être renversée. En vain il assiège éditeurs et directeurs de théâtre ; le désappointement
1. Pollitzer. Violoniste hongrois qui résidait à Londres (1832-1900).
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et la désillusion l’attendaient à chaque pas. Après deux années d’efforts infructueux, il so résigna à revenir à Worcester.
En 1896, comme nous l’avons vu, la fortune lui sourit et l’exécution de son oratorio La Lumière de la vie le fit remarquer comme un compositeur dont on pouvait attendre de grandes œuvres. Peu de temps après, sa réputation grandissante fut renforcée par l’exécution a Hanley 1 , ville importante près de Birmingham, d’une grande cantate, King OlaJ (le Roi Olaj), œuvre d’une fraîcheur d’inspiration et d’une force rythmique remarquables, et, bientôt il fut charge d’écrire une cantate pour le Festival de Leeds de 1898.
Caraclacus\ qui est le titre de l’œuvre nouvelle, obtint un grand succès dû à sa technique plutôt qu’à l’inspiration. Le compositeur, qui avait conscience d’être le point de mire de l’Angleterre, avait mis une grande recherche à cet ouvrage où limœ labor\ un travail ardu apparaît à chaque page de la partition. A cette occasion, on remarqua qu’aucun compositeur anglais n’avait jamais assimilé la méthode de Wagner plus entièrement qu’Elgar ; mais après avoir admiré sa manière de disposer la trame enchevêtrée des motifs directeurs , on reconnut qu’après tout les scènes de son exclusive inspiration laissaient seules sur la mémoire une impression profonde. Un duo d’amour