‹ Musiciens anglais contemporainsChapitre 5 sur 22 · Rarely , rarely comest thoiï · texte numérisé non relu

Rarely , rarely comest thoiï

Spirit of delight.

EDWARD ELGAR

moins le poète désespérant que la vision de beauté qu’il poursuit et qui pénètre la symphonie en chacune de ses parties. C’est la beauté réelle, non la laideur qui retient le regard du musicien. 11 chante la llorissance non la décrépitude. Dans les passages même d'un sentiment plus profond, si nombreux dans le larghetto , le compositeur tire de la souffrance un élément de force et écarte la faiblesse qu’elle renferme ; puis, la magie de son art fait jaillir la beauté de l’épreuve de la douleur la plus vive.

L'allegro initial donne la note qui domine l’œuvre tout entière. Le printemps est le thème, printemps, rêve des artistes et que les musiciens chantent. Semblable à une source jaillissante, la musique verse soudain ses ondes successives qui montent jusques aux cieux. Son élan et son influence sont irrésistibles et tout ce que le printemps a pu suggérer à un poète la musique le traduit — la sève qui monte, le bourgeon qui pousse, la fleur qui s’ouvre et les froissements d’ailes des oiseaux sauvages en extase amoureuse sous le ciel clair de mars. Toutefois le morceau n’est pas que joie et ravissement. À moitié de son cours une ombre semble couvrir la scène et nous n’avons plus la vision printanière, pour ainsi dire, que « confusément et comme dans un miroir ». Mais le ciel s’éclaircit bientôt, le soleil recommence a briller et cette partie s’achève dans un pur rayonnement.

Le larghetto présente un contraste remarquable avec cette débauche de joie et de couleur. Le fait que la symphonie est dédiée à la mémoire du roi Edouard VII

EDWARD ELGAR

a amené certains critiques peu clairvoyants à insinuer que cette partie était destinée par le compositeur à une marche funèbre en l’honneur du roi défunt. Cependant, il n’en est rien puisque l’esquisse de la symphonie était entièrement écrite au commencement de l’année 1910, avant la mort du roi Edouard 1 , et que de plus le larghetto n’a pas un caractère funèbre. Son allure sobre respire la force et la sérénité. Il est un regard tranquille et fier jeté sur le monde et, bien qu’il présente des moments d’émotion presque déchirante où l’on sent que le musicien n’a pas trouvé la voie qui mène à la force d’âme et au repos sans des efforts intérieurs bien au-dessus de la connaissance vulgaire de l’homme, il ne suggère jamais l’angoisse des regrets.

Le rondo qui prend la place du classique scherzo est dans son genre un problème. Si on le juge au point de vue exclusivement musical il produit un certain effet bien qu’il n’ait pas la distinction ordinaire du style d’Elgar. Mais, il est difficile de comprendre comment il se rattache au reste de l’œuvre, et pendant sa course rapide on a le sentiment inquiet de l’intérêt qui y repose caché quelque part et qui déroute tout esprit curieux.

Le finale superbe d’idée ne peut faire place à aucun doute et nous sommes introduits une fois encore dans le royaume étincelant de l’Esprit du plaisir. Là, nous retrouvons la splendeur qui illumine ['allegro initial, — non la même toutefois — car, la fraîcheur âpre et

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