‹ Musiciens anglais contemporainsChapitre 7 sur 22 · Liebeslieder. Chansons d’amour. Op. 5 a · texte numérisé non relu

Liebeslieder. Chansons d’amour. Op. 5 a

ETtIEL SMYTH

pu organiser déjà un petit concert avec le Liebeslieder, divers chants et Vandante du concerto pour pianoforte 1 . »

Plus tard, dans la même année, miss Smyth revint à Leipzig et nous avons connaissance de ses premiers essais de composition musicale. « Notre jeune amie anglaise », écrit Frau von Herzogenberg, « travaille avec ardeur. Elle écrit de charmantes gavottes et sarabandes ».

Son existence musicale à Leipzig, interrompue par plusieurs séjours en Angleterre, dure jusqu’en 1882. En écrivant à Brahms en mai de la même année, Frau von Herzogenberg dit : « Ethel vous envoie ses bons souvenirs. Savez-vous qu elle va commencer à travailler seule l’hiver prochain a Florence où vous pourrez peut-être la voir? Elle s’imagine qu’en Italie elle pourra terminer toutes ses fugues sur la dominante sans encourir de reproche. Je suis très curieuse de voir comment elle pourra s’en tirer. Une bonne chose est que là-bas elle n’entendra pas trop parler du maître Brahms ! »

Ainsi apparaissait déjà chez la jeune compositrice la tendance à résister à la pédanterie de l’académicisme allemand. Si instruite et excellente musicienne que fût Frau von Herzogenberg, elle n’était pas effrayée par ces symptômes de révolte. Elle sentait, au contraire, que sa jeune élève avait été assez longtemps tenue en lisière et que le moment était arrivé

1. Concerto pour pianoforte. N° i,en ré mineur. Op. i 5 (1869).

pour elle de voler de ses propres ailes. Le séjour d’Ethel Smyth à Florence produisit entre autres œuvres un quintette pour cordes que Frau von Herzogenberg relate en novembre i 883 .

Cette composition fut exécutée à un concert du Gevandhaus à Leipzig, en 1884. Durant ces dernières années, miss Smyth voyagea beaucoup en Europe, mais la ville de Leipzig était demeurée son centre de séjour. En 1888, elle eut l’avantage de rencontrer le célèbre compositeur russe Tchaïkowsky *, qui donnait une série de concerts à Leipzig et dans d’autres villes de l’Allemagne. La relation faite par ce dernier d’une entrevue imprévue mérite d’être citée en entier.

« Après l’arbre de Noël et pendant que notre société était assise autour de la table pour le thé chez Brodsky 3 , un superbe épagneul de race setter Fit irruption dans notre salle et se mit à gambader autour de notre hôte et de son petit neveu qui se mit à lui faire fête. « Cette jolie bête annonce que miss Smyth n’est pas loin d’ici, » s’exclama-t-on à la ronde, et, en effet, après quelques minutes d’attente une jeune femme anglaise, grande, peu jolie, mais possédant une ligure expressive et intelligente, fit son entrée dans la salle. Je lui fus présenté aussitôt en qualité de confrère en composition musicale. Miss Smyth est une des rares femmes qui peuvent prétendre être mises au rang des artisans sérieux de

ï. Tchaïkowsky (Peter Iliitch). Compositeur de musique russe (i84oi8 9 3).

a. Brodsky (Adolphe). Violoniste russe. Né à Taganrog, en Russie, en x85i.

la musique. C’est à Leipzig, il y a plusieurs années, qu’elle a étudié entièrement l’harmonie et la composition. Elle a déjà composé plusieurs œuvres intéressantes dont la meilleure est une sonate 1 pour violon que j’ai entendu exécuter avec virtuosité par l’auteur elle-même et Brodsky. Son talent donne la promesse d’avenir d’une carrière brillante. — Puisqu’il est admis qu’une anglaise n’est jamais exempte d’originalité ou d’excentricité, miss Smyth possède aussi la sienne. D’abord, le superbe chien, compagnon fidèle de son isolement dans la vie et qui a pour mission d’annoncer invariablement la présence de sa maîtresse. J’ai pu le constater non seulement en cette circonstance, mais aussi d’autres fois où je la rencontrai de nouveau. Puis, une vive passion pour la chasse qui l’oblige à de fréquents séjours en Angleterre. Enfin, une vénération incompréhensible et presque idéale pour le génie musical nuageux de Brahms. A son point de vue, Brahms atteint le faîte suprême de la musique et tout ce qui a existé dans cet art avant lui ne doit être qu’une préparation à la réalité de beauté absolue des créations musicales du maître viennois. »

Ethel Smyth revint définitivement en Angleterre en 1890 et voulut bientôt montrer à ses compatriotes l’avantage que son jeune talent avait retiré des années d’étude passées à l'étranger. En avril 1890, Auguste Manns 2 , qui toujours fut sympathique aux jeunes

Page 1