‹ Musiciens contemporainsChapitre 19 sur 22 · LÉ STABAT DE R0SS1KI · texte numérisé non relu

LÉ STABAT DE R0SS1KI

de Conservatoire? ou ne doit-on pas avouer plutôt qu’à l’exemple de toutes les grandes manifestations de la pensée humaine, elle puise son expression sublime, sa force sympathique, dans le sentiment? La source du génie est une, il n'v a que l’application qui varie, et l’application relève du fait de la volonté seule. Après tout, l’homme n’a de critérium qu'en lui-même, qu’en scs propres passions, et lorsqu’il est arrivé au terme suprême, au rayon le plus épuré, le plits radieux de cette échelle do Jacob, s’il ne touche à la Divinité, il s’en est rapproché le plus possible. On rencontre dans Mozart, dans Beethoven, dans Rossini, dans Bcllini même, certaines phrases plus essentiellement religieuses, plus sacrées que les hymnes do la liturgie qui nous viennent pour la plupart du paganisme grec. Nous ne sommes plus au xiv* siècle. Condamner lâ mélodie comme hétérodoxe, et n’accepter pour le dogme que la formule, c’est faire absolument comme ces moines ascétiques qui répudiaient les fleurs avec leur parfum, les oiseaux avec leurs chansons comme choses sensuelles et venant du diable. Dieu merci, les siècles ont marché, et, quand nous avons respiré une rose de mai ou que nous avons écouté chanter le rossignol au clair de lune, nous ne nous croyons pas damnés pour cela. Le catholicisme n’est plus ce qu’il était au temps de Grégoire VU cl même de Léon X} il ne s’agit pas plus aujourd’hui en musique des madrigaux do Palestrina qu’il n’est question en peinture des séraphins h dalmatiques de Cimnbuë ou des martyrs béats de Fra Angelo de Fiesolc. Puisque le domaine des sons a tellement grandi, pourquoi le sanctuaire reste**

rait-il seul fermé aux conquêtes de l’art nouveau? Plus do sentiment, de pathétique et d’expression, la mélodie infusée avec mesure et tempérance, une forme rigoureuse et solennelle, mais libre, et pour jamais secouant les routines scholastiques : où serait le péril d’une semblable révolution conduite par un homme de génie et de goût ; et n’appartient-il pas au grand réformateur lyrique de notre temps d’y mettre la main ? On va m’objecter le drame, les habitudes théâtrales de l’auteur de Semiramide et do Guillaume Tell. D’abord il me semble que Rossini a prouvé, dans son Slabal, qu’il savait les dépouiller en temps et lieu, ces habitudes; et d’ailleurs, quand il en resterait quelque chose, l’animation et la vie, la musique religieuse y gagnerait justement ce qui lui manque aujourd’hui. Non, l’élément dramatique, épique, ne saurait être exclu d’une œuvre d’art, quelle qu’elle soit. Est-ce donc une lettre morte que la prose latine des liturgies, et savez-vous au monde un drame plus coloré, plus tumultueux, plus grandiose que ce Dies irœ, qui a produit en peinture la chapelle Sixtine? De quel nom appelleriezvous une messe qui ferait le pendant du Jugement dernier de Michel-Ange?

Le Stabat de Rossini nous semble plutôt une tentative habile, ingénieuse, dans une voie de réforme devenue aujourd’hui indispensable, que le résultat d’un système arrêté d’avance et définitif. Aussi, rien qui rappelle dans cette partition d'une importance évidemment secondaire pour le grand maître, mais que rehaussent, aux yeux de tous, ces marques distinctives et profondes que le géni»

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