LE STABAT DE ROSSIM
laisse à tout ce qu'il touche ; rien qui rappelle le ton superbe et convaincu, l'emphatique assurance avec laquelle les révélateurs imposent leurs idées au monde. Dans un temps comme le nôtre, où les dogmes nouveaux pullulent, en religion comme en fait d'art, le rôle de révélateur a bien perdu de son mérite, les hommes d'esprit n'en veulent plus. Aussi, voyez avec quel soin il évite ce qui pourrait ressembler à ces grands airs qu'on se donne aujourd'hui à tout propos! Il sent de quel poids une messe de lui, un morceau capital et de longue haleine, serait en pareille question, et ne veut pas engager si loin sa responsabilité ; il lui suffit, pour cette fois, de tenter le terrain, se réservant peut-être, si l'épreuve réussit, de compléter plus tard son entreprise, et d'aborder de plus vastes sujets. En attendant, le grand maître se contente d'un simple cantique ; la prose élégiaque et douce du Stabat convient à son inspiration : il la traduit en idées mélodieuses, voilà tout. 11 ne s'agit ici ni d'un Sanctus, ni d'un Lacrxjmosa, ni d'aucun autre morceau de haute consécration, mais d'un hymne détaché, d'une fantaisie en prose latine sur un motif de lÉvangile, c'est-à-dire d'un sujet qu'on pourrait, au besoin, appeler intermédiaire, et qui ne nous semble point devoir imposer au musicien cette rigidité de ton que réclament les choses appartenant spécialement au dogme. De toute manière, il n'y aurait donc point à crier tant au scandale. Je nie, pour ma part, que le sentiment religieux manque dansleS/a6fii deRossini, le sentimciil leligioux, tel que Tenlendent les Italiens, pathétique, suave, harmonieux, d'une mélancolie louchante,
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langoureuse, point sombre, allant jusqu'aux larmes, jamais jusqu'à répouvante, et ramenant la vie dans la mort, plutôt que la mort dans la vie. Cette musique vous émeut et vous élève, vous respirez à l'aise en l'écoutant; au moins, cette fois, l'art domine le plain-chant. Il y a là, j'en conviens, l'enchantement de la mélodie et de la couleur, cette sérénité douce et calme, cette onction divinement humaine que respire le génie italien de la renaissance ; mais ne voir dans ces nobles phrases d'une si lumineuse inspiration, dans cette harmonie qui procède avec tant de magnificence, autre chose que l'élément dramatique proprement dit, serait en méconnaître à plaisir le sens et la portée. 11 est des impressions qui vous entraînent sans que vous puissiez vous en rendre compte, et décident de vos opinions souvent à votre insu. Ainsi , je soupçonne certains critiques , fort à cheval sur le sentiment religieux , d'avoir été quelque peu dupes d'euxmêmes on cette alTaire. Et d'abord on leur a chanté le Stahat de Rossini à la lueur de la rampe, à la clarté des lustres, en plein théâtre, dans une salle tout élégante et mignonne, presque aussi parfumée que Notre-Dame de Lorette. Comment, en pareil lieu, une musique ferait-elle pour n'être point dramatique et mondaine .^Quelle fortune d'avoir un si beau thème tout trouvé I Et d'ailleurs, comptez les virtuoses qui se chargent d'exécuter l'oratorio du grand maître : la Grisi, Tamburini, Mario, c'est-à-dire Figaro, Rosina, Almaviva, c'est-à-dire l'opéra houfTe incarné.
Changez la scène et les acteurs ; à la place de la salle