VI INTRODUCTION
expositions, ameutait toute la ville autour de son Massacre de Scio; et, calme et souriant, portant son génie sur son front si ouvert, sur sa joue en fleur, sur sa lèvre vermeille, comme on porte la santé, Rossini, au milieu de ce carillon romantique, nous arrivait d'Italie, avec le Siège de Corinthe dans sa malle et Guillaume Tell dans son cerveau. Aujourd'hui, notre apathique indifféreqce ne sait que penser lorsqu'on lui parle de cette fièvre chaude sans intermittence qui travaillait l'élite des esprits, de cet enthousiasme qui semblait chercher où se prendre, et passait d'une égale fureur de la Grèce renaissante à la première représentation à'Hernani, à ces cours de la Sorbonne où l'on allait comme des croisés en Terre- Sainte.
J'ai nommé le Théâtre-Italien : ce fut là son ère glorieuse en France, sa période vraiment royale, et M. Vitet eut l'insigne mérite et la rare distinction de comprendre le premier tout ce que les chefs-d'œuvre d'un art jusquelà étudié de son côté frivole, pouvaient fournir de hautes considérations h la critique. Ne soyons pas les dupes de certains scrupules excessifs ; il y a façon de tout dire avec ^oût, avec style, et si la goutte de rosée vaut un monde, c'est à coup sûr dans le royaume de l'intelligence. Qui ne
INTRODUCTION. Vil
se souvient des charmants bulletins que rédigeait au Globe, à cette époque, l'ingénieux liistorien de la Ligue. A l'Académie royale de musique, au Théâtre-Italien, à rOpéra-Comique, pas une représentation de quelque importance, pas un début qui ne fût aussitôt apprécié. S'agissait- il du Comte Ory ou de la Dame Blanche, du Fretjschûtz ou de la Sémiramidej 4 l'instant ces questions si nouvelles pour nous étaient touchées, littérairement, philosophiquement. L'art musical eut, à l'égal des arts du dessin, son esthétique, appliquant autant que possible aux conquêtes réelles de l'esprit du jour, mais à yn point de vue plvis libéral, plus excentrique, les traditions de style de d'Alembert et de liousscau. Qu'on n'aille pas croire, cependant, que la critique en prit une terminologie pédantesque et tournât définitivement à Ya^salu. Quand on emprunterait aux Allemands ce qu'ils ont de bon : le sens philosophique , le goût de la réflexion , une certaine habitude de l'infini, qu'ils conservent même eu présence des chefs-d'œuvre d'un art trop souvent abandonné chez nous au caquetage, je ne vois pas où serait le grand mal, et la critique française ne saurait avoir rien à perdre à parler de Mozart et de Beethoven, de AVeber et de Méhul, dans ce ton relevé , dans ce haut langage dont on pari