INTRODUCTION. XI
teinplation philosophique , au-dessus de cette vie identique et multiple. N'était-ce pas un véritable Athénien, celui qui prétendait qu'on ne devait jamais assister sans nausique au spectacle d'un chef-d'œuvre de l'art plastique, comme aussi, d'autre part, il fallait se garder d'entendre une symphonie, si ce n'était au sein d'une harmonieuse et royale architecture. Quant à moi, le véritable critique en matière d'art n'est pas l'analyseur qui ergote, mais l'homme qui comprend et qui sont ; le véritable critique me rappelle ces divinités de la fable qui, à force de séjourner au creux d'un arbre ou d'un rocher, finissaient par vivre de la propre vie du chêne oy du granit. Comme la Dryade mystique et l'Oréadp séculaire, il habite au cœur même de cette création dont l'ensemble et l'harmonie se révèlent à lui. Il étudie les couleurs, respire les sons, saisit les points de vue, et naturel- Iprpent le sens philosophique le porte à comparer, car la philosophie, ici, c'est l'idéal de la science, c'est l'intelligence même. Ce que j'aime chez M. Yitet, c'est justement un esprit philosophique disposant des connaissances les plus variées , une érudition intelligente sans ces^e éprise d'analogie, et qui jamais, par la discussion du moment, ne se laisse distraire du point de vue général, de
%n INTRODUCTION.
cette idée d'ensemble et d'harmonie qu'un goût fin, délicat, nourri d'études et d'expérience , imprime aux natures élevées. Qu'il s'agisse d'architecture comme dans Notre-Dame de Noyon, de peinture comme dans Eustache Lesueur, ou de musique comme dans ses excellents travaux sur Rossini, avec lui on peut toujours s'attendre à une critique d'autant plus compétente que la spécialité n'y vient point à tout propos rétrécir l'horizon, d'autant plus docte et sérieuse que le sentiment en vivifie les hautes qualités techniques. Quel que soit le sujet qu'il traite, M. Yitet trouve toujours moyen de le rattacher à la famille commune. Le trait sera tantôt une comparaison musicale jetée au beau milieu d'une discussion de peinture, tantôt un terme architectural survenant en pleine musique. Il y a chez lui comme un rayonnement continu du centre à la circonférence, qui, dans l'histoire d'Eustache Lesueur, va vous rappeler le dilettante exquis, l'habile connaisseur en tablature, de même qu'une autre fois il trahira l'archéologue dans l'appréciation de Mozart ou de Weber. Ici l'écrivain , ayant à parler de la musique dramatique et des mille accessoires qu'elle traîne forcément après elle, fait allusion au duomo de Milan, à cette architecture qui, se sentant trop froide, trop inanimée, em-