‹ Musiciens d'aujourd'huiChapitre 22 sur 47 · RICHARD NV A G N E R I D I · texte numérisé non relu

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qu'il vaut mieux conserver ces deux duos tels quels et qu'on finira bien par leur accorder l'attention, puis l'admiration qui leur est due. Alors attendons.

Mais si l'on attend et que le succès soit le moins du monde atténué par ces prétendues longueurs auxquelles les auditeurs refuseraient de se plier, quelle ne serait pas la joie de plus d'un compositeur français! Car ils sont presque tous les mêmes, les bons apôtres. Tant qu'ils ont pu espérer que Lo/z^w^rfw n'arriverait pas à la rampe, ils ont usé d'adresse, approuvant qu'on jouât ce chef-d'œuvre, insinuant qu'il était périlleux de l'essayer, et, dans le fond, pensant bien que leur vœu secret serait exaucé : que l'opéra de Wagner resterait éloigné de la capitale et leur laisserait le champ libre. A présent qu'il se joue et fait courir le monde, ils n'ont plus qu'une chance : c'est que les spectateurs non préparés trouvent cet opéra légèrement fastidieux et le classent bien vite au rang du Freischut:{ ou de Fidelio, dont on parle avec respect, mais qu'on ne joue jamais. Et tous en chœur: Gardez-vous de rien couper, de mutiler un chef-d'(cuvre aussi solidement équilibré.

Qu'on les interroge, et sous leurs réponses formidablement louangeuses, on devinera facilement leur secret espoir. Celui-ci, qui passait autrefois pour wagnérisie et s'en faisait gloire, opine en deux mots que l'auteur seul ou son représentant, s'il est mort, peut autoriser et pratiquer des coupures: or, comme on sait pertinemment que y[mc Wagner n'autorisei'a jamais le moindre

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retranchement, même de ceux qui se pratiquent partout en Allemagne et depuis longtemps, vous voyez ce que cela signifie au fond. Celui-là, plus loquace, assure que cette œuvre, encore que conçue dans une poétique propre aux sentiments légendaires de la race allemande, doit être écoutée dans toute son amplitude. Ouf! Puis il continue : « Il est aussi difficile de couper dans les ouvrages de Wagner qu'il le serait de réorchestrer un opéra de Gluck ou de Mozart; car, bien que la sonorité de ces derniers maîtres puisse paraître un peu insuffisante pour nos grands halls modernes, la question est de savoir si des théâtres de proportions moindres, dans lesquels tant de chefs-d'œuvre ont été produits, n'étaient pas plus accessibles aux moyens légitimes de la sonorité. Si donc personne n'oserait toucher à ces instrumentations, qui donc le ferait à la partition de Wagner? Quel peintre ne tressaillerait pas s'il devait continuer un tableau laissé inachevé par le Titien ou retrancher une partie de l'œuvre du grand créateur? » Mais n'est-ce pas ce même compositeur, un dévot de Wagner, à ce qu'il vous semble, et de plus élégant causeur, comme vous voyez, qui disait la veille de la représentation de Lohengrin: « Non, je n'irai pas ; qu'ai-je besoin

d'entendre ca? »

Conclusion : que les chefs responsables fassent ce qu'ils voudront; qu'ils coupent ou ne coupent pas. Dans les deux cas, ils auront de bonnes raisons à faire valoir et sauront comment se défendre. Et puis, voyez-vous, il en est des cou-

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pures comme de la barbe de Lohengrin. Si la valeur et le succès d'une semblable partition dépendaient de ces vétilles, elle ne compterait pas déjà quarante années de gloire et n'aurait pas devant elle un aussi brillant avenir.

La bataille plus politique encore que musicale qui vient de se livrer autour de Lohengrin a eu son contre-coup dans la presse étrangère et a provoqué, surtout en Autriche, une pluie de caricatures qui, toutes, enseignent que Lohengrin, pour trouver bon accueil en France, aurait dû déguiser son origine allemande et se présenter en moujik ou monté sur un ours de Sibérie. On ignorerait ces particularités et l'on s'en tiendrait aux caricatures françaises, presque toutes très grossières et d'un dessin pitoyable, si une revue de Paris n'avait imaginé de reproduire ces pièces satiriques, en les accompagnant d'un commentaire explicatif.

Et le mois précédent déjà, elle nous avait révélé plusieurs compositions burlesques sur M"™* Wagner, autrement dit « Frau Cosima », qui montrent combien l'excellence et le succès des représentations de Bayreuth excitent d'envie et d'irritation dans tout le monde théâtral d'Allemagne et d'Autriche : directeurs et surintendants ne cherchent en effet qu'à entraver les efforts de la veuve et des amis du grand compositeur. Mais les charges écloses en septembre ont encore plus de piquant et sont d'un intérêt plus général. Attention, messieurs les collectionneurs de dessins et de caricatures sur Richard Wagner!

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