Mémoires, I
2. « La musique, aujourd'hui dans la force de sa jeunesse, esi émancipée, libre : elle fait ce qu'elle veut. — Beaucoup de vieilles règles n'ont plus cours; elles furent faites par des observateurs inattentifs ou par des esprits routiniers, pour d'autres esprits routiniers. — De nouveaux besoins de l'esprit, du cœur et du sens
Et il s'agit surtout de l'émanciper de la domination de la parole ; il faut la relever de son rôle humilié au service de la poésie :
Je suis pour la musique libre. Oui, libre et fière, et souveraine et conquérante, je veux qu'elle prenne tout, qu'elle s'assimile tout, qu'il n'y ait plus pour elle ni Alpes ni Pyrénées; mais, pour ses conquêtes, il faut qu'elle combatte en personne, et non par ses lieutenants. Je veux bien qu'elle ait, s'il se peut, de bons vers rangés en bataille; mais il faut qu'elle aille elle-même au feu comme Napoléon, qu'elle marche au premier rang de la phalange, comme Alexandre. Elle est si puissante, qu'elle vaincrait seule en certains cas, et qu'elle a mille fois le droit de dire comme Médée : « Moi seule, et c'est assez * ! »
Berlioz proteste énergiquement contre « la théorie impie de Gluck ^ », et le « crime «de Wagner, qui asservissent la musique à la parole. La musique est la poésie suprême, et ne reconnaît point de maître 3. Il s'agit donc
de l'ouïe, imposent de nouvelles tentatives, et même, dans certains cas, l'infraction des anciennes lois. — Diverses formes sont par trop usées pour èlre encore admises. — Tout est bon, d'ailleurs, ou tout est mauvais, suivant l'usage qu'on en fait, et la raison qui en amène l'usage.... Le son et la sonorité sont au-dessous de l'idée. L'idée est au-dessous du sentiment et de la passion. » (Profession de foi de Berlioz à propos des concerts de Wagner à Paris, en 1860. A travers chants, 312.)
Comparer le mot de Beethoven :
« Il n'y a pas de règle qu'on ne pi ,1 Masser à cause de : SchÔner (plus beau). »