‹ MusiqueChapitre 23 sur 61 · RAMEAU I · texte numérisé non relu

RAMEAU I

par son énergie barbare, que le musicien Mouret, déjà très jaloux de Rameau, en perdit, assure-t-on, le peu de cervelle qui lui restait, et qu'une fois enfermé à Charenton, il eut de fréquents accès de folie où il chantait à tue-téte le fameux air des démons, de Castor.

Les principaux sujets de la danse et du chant tenaient les premiers rôles : M^i" Eremans, Fel, Rabou et le sieur Lepage dans le prologue; dans l'opéra même, M^i" Antier et Pellissier, les sieurs Tribou, Chassé, Dun, Cuvillier; sans oublier les deux athlètes, Albert et Bernard, ni les danseuses, M^^^^ Salle, Petitpas, Durocher, Carville, Saint-Germain, Leduc, etc. Le Mercure annonce, dès la fin d'octobre, que «le nouvel ouvrage a été extrêmement applaudi », et il se réserve d'en parler plus au long. Il attend ainsi deux grands mois, et, après ce temps donné à la réflexion, il porte gravement le jugement qui

sliit : « Le concours des spectateurs fut

des plus complets, attendu la célébrité de l'auteur de la musique; les applaudissements que M. Rameau s'était attirés dans ses deux premiers opéras donnaient une grande idée du troisième; ce n'est pas à nous de juger si celte idée a été remplie; le public n'est pas encore d'accord sur ce point, et ce n'est que par lui que nous devons nous déterminer. D'ailleurs nos extraits n'ont ordinairement que le poème pour objet. Ce sera donc uniquement sur ce qu'on appelle les paroles que nous nous arrêterons.... ". J'aime cette prudente réserve, et si elle prouve que les œuvres de génie

furent de tout temps peu accessibles au public, elle montre aussi qu'en ce temps, les gens mêmes qui, par leur position, devaient juger une œuvre d'art, s'abstenaient quelquefois d'en parler, quand ils n'y comprenaient rien, et qu'ils n'injuriaient pas toujours l'artiste dont les créations les déroutaient : exception rare, bel exemple à suivre pour la postérité qui, naturellement, ne l'a pas suivi.

Le dimanche 8 décembre, l'Académie de musique donnait déjà la vingt-et-unième représentation de Castor et Pollux^ et comme en ce tempsla, aussi bien qu'aujourd'hui, un grand succès n'allait pas sans quelque parodie, les Comédiens italiens donnaient, cinq jours après, une pièce, en vaudeville, intitulée Castor et Pollux, de la faconde Riccoboni et Romagnesi, avec nombreux divertissements et décorations « très bien caractérisées ». La parodie profita de la vogue du modèle et tint l'affiche pendant un assez long temps. Ce qui prouve mieux encore qu'une parodie la continuité du succès, c'est la série des reprises effectuées à l'Opéra pendant quarante-sept années de suite et le chiffre élevé des recettes à chaque « remise ». La première date de janvier 1754, Cl le célèbre Jélyotte y jouait le rôle de Castor. A la seconde, effectuée dix ans plus tard, les principaux personnages étaient joués par Pilhii, Gélin, 1. arrivée, les demoiselles Chevalier Cl Sophie Arnould. C'est lors de cette reprise, exécutée d'abord à Fontainebleau, que Rameau, se promenant le soir dans une salle écartée cl

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