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DEUX COMPOSITEURS FRANÇAIS

« Ça? c'est du Boieldieu! » répondait un jour Georges Bizet, en faisant la moue, à qui lui demandait son avis sur un nouvel opéra, où ce qu'on est convenu d'appeler a la mélodie » coulait à pleins bords. Le futur auteur de Carmen était alors dans la période de ses débuts, et l'irritation qu'il devait ressentir en s'entendant traiter de wagnérien farouche, en voyant ses œuvres tomber l'une après l'autre sous les coups d'une critique aveugle, excitait encore le dédain que tout compositeur entrant dans la carrière croit devoir marquer pour l'opéra-comique en général, pour son plus illustre représentant en particulier. Un peu plus tard, et lorsqu'il aurait eu perdu, avec l'âge, un peu de cette fièvre agressive, avec le succès, un peu de cette amertume dépitée, Bizet aurait salué sans doute en Boieldieu un des compositeurs qui, dans un genre secondaire, avec une science très restreinte, font le plus d'honneur à Técole française, et dont certains K morceaux ont chance de durer parce qu'ils re- ■ posent sur la justesse de l'expression, sur la

vcrité dans la diction, qui sont deux des conditions essentielles de vie pour toute œuvre ou toute page de musique dramatique.

C'est un prétexte à railleries courantes que le genre troubadour ou galant, auquel appartiennent la plupart des sujets traités par Boieldicu; mais il est plus lacile aux beaux esprits d'aujourd'hui de s'en moquer qu'il ne l'eût été à Hoieldieu de s'y soustraire, car, à moins qu'on ne se trouve en face d'un génie créateur de premier ordre, il n'est pas de branche de ja littérature ou de l'art qui puisse échapper aux intluences combinées d'une époque, d'un régime ou d'une société. Mais ce n'est là que le revêtement extérieur d'une œuvre, et l'important est de savoir si, sous cet appareil purement de mode, les sentiments gais ou tristes, tendres ou chevaleresques, qui animent les personnages, sont traduits avec assez de sincérité, de précision, pour n'avoir pas à redouter les changements de mode ou les atteintes du temps. En effet, les contemporains sont facilement charmés par des œuvres conformes à leurs préférences passagères, mais il n'en va pas de même avec la postérité, qui trouve assez ridicules, le plus souvent, les agréments qui ont fait tout d'abord le succès d'une création musicale, et cjui, cependant, l'admire encore, en dépit de ces rides, lorsqu'il s'en dégage une chaleur de sentiments, une vérité d'expression sur les(iuelles le temps ne peut absolument rien.

Or, c'est par là justement que, sinon des

Dosiii au pliysioiioslraco, gravé par Quciicdy (iSiiy.

tuuvres entières, au moins certains fragments des partitions de Boieldieu ont chance de vivre encore longtemps. Sa science était assez mince, et ce n'est que lentement qu'il est arrivé à donner plus d'ampleur à sa musique; mais la mélodie chez lui coulait de source, elle avait une grâce, un charme particuliers, tant qu'il ne cherchait pas à rendre des situations trop pathétiques, des sentiments trop élevés, et, par instants, ses motifs chantants sont si bien appropriés à la scène, aux paroles, qu'ils en sont comme inséparables. Il n'est presque pas d'ouvrages de Boieldieu qui ne renferment un ou plusieurs morceaux qui se sont gravés dans la mémoire du public, soit par l'élégance ou le charme de la mélodie, comme les couplets : Simple, innocente et joliette, de la Fête du village voisin; comme la romance : Du noble éclat du diadème, dans le Petit Chaperon rouge; soit par le juste accord de la phrase chantée avec la parole, comme le duo de la vieille Hllc et du jardinier : Quoi, vous ave\ connu l'amour? ou celui de la soubrette et du valet : De toi, Frontin, je me défie, dans Ma Tante Aurore. Mais le plus joli de ses ouvrages, celui où se irouvcni réunis, dans un seul acte, les morceaux les plus tins, celui qui restera sans doute au répcrioire, à côté de réternelle Dame blanche, c'est celle gracieuse et C(njueiie comédie, le Nouveau Seigneur de village, où chaque scène est traitée de la façon la plus piquante, où chaque personnage est dépeint d'un trait simple et juste. Avezvous jamais entciulu chanter le ravissant duo de

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