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DEUX COMPOSITEURS !• R A N Ç A I S I

Babet avec Frontin : Vous notes plus à votre place^ ou, mieux encore, celui demeuré célèbre sous le nom de Duo du Chambertin, avez-vous observé, ou plutôt avez-vous senti — car il n'est pas ici besoin de réflexion — comment le musicien y avait subordonné la partie vocale à la parole, en soulignant chaque phrase d'une instrumentation tout à fait spirituelle? Avez-vous remarqué combien cette façon de procéder différait de celle que les successeurs de Boieldieu auraient immanquablement adoptée; en un mot, comme il a bien fait de suivre exactement le dialogue au lieu de hacher, de couper, de disloquer les paroles, pour les adapter à de petits airs sautillants ou les accommoder avec des vocalises, ainsi que l'auraient fait Aubcr, Herold, Adam, tous ceux, en un mot, qui vinrent un peu plus tard et subirent entièrement la domination de Rossini? Le Nouveau Seigneur de village^ étant de 1 8 1 3, échappait encore entièrement à l'influence rossinienne et se rattachait directement à l'école française de Monsigny, de Gréiry, de Berton, de Mchul, à l'école où le juste accord de la musique avec la scène, avec la parole, était le principal objectif des compositeurs et leur semblait bien préférable aux agréments de la virtuosité vocale pour charmer ou toucher le public. Mais, dès que les ouvrages de Rossini eurent pénétré en France, il aurait fallu plus de force et de convielion que n'en possédait Boieldieu pour résister aux envahissements de la muse italienne. Et de là provient le mélange de musique purement

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française ci de virtuosité foncièrement italienne, qu'on trouve dans le plus populaire de ses ouvrages, dans celte Dame blanche où son talent, après sept années de repos, semble avoir acquis une puissance, une ampleur inattendues, mais où ridée mélodique, fraîche et piquante au début, se recouvre à la tin de vocalises inutiles et qui jurent avec les premières mesures de l'air ou du morceau, presque toujours très exactement prosodiées et d'une diction très juste. Il n'est peutcire pas de meilleur exemple à citer que le joli duo de la Peiir^ au premier acte de la Dame blanche^ où Faccent comique des paroles est, par ' instants, souligné de la façon- la plus plaisante, où, rinstant d'après, les deux chanteurs vocalisent à l'italienne et ne se soucient de rien autre que de faire briller leur voix légère. Il n'y a plus la ni paysanne coquette ni galant officier : il n'y a que deux chanteurs qui roucoulent pour roucouler.

Celte distinciion, si facile à poursuivre, à jusiilier, sur la valeur relative des différentes pages ou même des divers fragments de morceaux dans une même partition, résulte donc des influences successives que lioieldieu a subies, car l'une de SCS qualités caractéristiques fut de marcher avec son temps, de ne pas rejeter de parti pris les nouveaux procédés. Mais s'il les mettait en pratique, il le faisait avec une rare intelligence, et, tout en accueillant la musique plus brillante de Rossini, il était trop profondément imbu des principes de IVcolc cxprcs>ive el dramatique de Méhul, de

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Berion, de Cherubini, pour ne pas discerner que Tiniiiation aveugle de cette nouvelle musique italienne, si pimpante et si scintillante, détruirait la vérité, ruinerait le sentiment en musique et les remplacerait par une grâce superficielle, par un babillage spirituel. Il n'avait que trop raison. De là vient sa supériorité indiscutable sur tous ceux qui lui succédèrent à l'Opéra-Comique et qui, eux, se sont laissé enivrer par les fumées capiteuses de la mélodie rossinienne, sans pouvoir s'élever, comme leur modèle, aux grandes et sublimes inspirations de Moïse et de Guillaume Tell.

<( Je croirais le don d'improviser un fléau plutôt qu'un don », écrivait Boieldieu à propos de la musique italienne. Et ailleurs : « Je crois que l'on peut faire de très bonne musique en copiant Mozart, Haydn, Cimarosa, etc., etc., et qu'on ne sera jamais qu'un singe en copiant Rossini. Pourquoi? C'est que Mozart, Haydn, Cimarosa, etc., etc., parlent toujours au cœur, à l'esprit. Ils parlent toujours le langage du sentiment et de la raison, tandis que Rossini est plein de traits, de bons mots dans sa musique. On ne peut pas copier ce genre; il faut le voler tout à fait ou se taire, quand on ne peut inventer d'autres bons mots, ce qui serait une nouvelle crcaiion. a Savcz-vous que le musicien qui pensait et parlait de la sorte en 1823 marquait par là une rare justesse de pensée et une grande lucidité de vue, tout comme lorsqu'il remerciait publiquement Cherubini, comme d'un bienfait sans

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