‹ MusiqueChapitre 27 sur 61 · DEUX COMPOSITEURS FRANÇAIS IDI · texte numérisé non relu

DEUX COMPOSITEURS FRANÇAIS IDI

pareil, de lui avoir appris '< que la science n'enlève rien à l'expression ».

Est-il bien nécessaire, à présent, de rechercher le témoignage des musiciens étrangers, surtout des Allemands, pour l'opposer aux écrivains français qui seraient enclins à rabaisser, à railler ce charmant compositeur, celui qui nous a laissé le modèle accompli de Topéra-comique français, ni trop sérieux, ni trop futile, à la fois galant, tendre, aimable et chevaleresque? Au moins sera-ce instructif et amusant, ne fût-ce que pour aviser certains présomptueux qu'on peut avoir un génie hors pair, comme Weber, et tenir Boieldieu en grande estime, et que c'est montrer un esprit bien étroit que de voir seulement dans une œuvre musicale certaines maladresses de prosodie, certains effets de voix singuliers, que de prêter l'oreille uniquement aux la-i-tou des montagnards écossais, atin d'amener une plaisanterie facile et de qualifier la Dame blanche « un opéra tyrolien dont l'action se passe en Ecosse ». Le compositeur allemand Reichardt, que l'Opéra de Paris avait fait venir tout exprès en i8o3, pour lui commander un Tamerlan qu'on ne joua pas, et qui était choyé, fêté par la société du Consulat, avait déjà trouvé que la musique de Ma tante Aurore était « délicieuse »\ mais c'est peu que Reichardt, tandis que Weber possède une bien autre autorité. Et lorsque celui-ci fit jouer Jean de Paris sur le théâtre de Dresde, où il occupait le poste de directeur de la musique, — c'était en mai 1817, — il publia dans le Journal de Dresde un long

article, ainsi qu'il avait coutume de le faire avant tout nouvel opéra, pour en indiquer au moins le sujet à ses compatriotes. Cette note est assez développée et débute par des considérations sur le genre de l'opéra-comique français au commencement du siècle qui sont quelque peu nuageuses; mais la comparaison entre l'opéra français, l'opéra italien et l'opéra allemand est bien déduite, et toute la fin de l'article est aussi remarquable par la netteté de la pensée que par le bonheur de l'expression.

« Il appartient aux plus grands maîtres de l'art de tirer les éléments de leurs ijcuvres de l'esprit même des nations, de les assembler, de les fondre et de les imposer au reste du monde. Dans le petit nombre de ceux-ci, Boieldieu est presque en droit de revendiquer le premier rang parmi les compositeurs qui vivent actuellement en France, bien que l'opinion publique mette Isouard (Nicolo) à ses côtés. Tous deux possèdent assurément un admirable talent; mais ce qui place Boieldieu bien au-dessus de tous ses émules, c'est la mélodie coulante et bien menée, le plan des morceaux séparés et le plan général, l'instrumentation excellente et soignée, toutes qualités qui distinguent un maître et donnent droit de vie éternelle et de classicilc à son œuvre dans le royaume de l'art, (^es qualités, il les partngc, à la vérité, avec Méhul ; mais son penchant le portant vers la forme italienne, sa mélodie s'en trouve plus pure, sans qu'il sacrifie pour cela, bien entendu, le sens des paroles. Ce trait carac-

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