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L'N GOURMET CRITIQUE ET MUSICIEN

Juillet 1877.

Grimod de la Reynière, troisième du nom, fils et petit-fils de gourmets (son grand-père était mort d'indigestion), le plus lettré des gourmands et le plus gourmand des lettré, touche par plus d'un point à l'histoire du théâtre, car Tart manducatoire et l'art théâtral l'absorbèrent tout entier, avec cette différence que le premier n'était qu'une distraction, tandis que le second était l'objet de sa constante préoccupation. Et cependant son Almanach des Gourmands a fait plus encore pour son renom que son Censeur dramatique. L'amateur de spectacles s'était révélé bien avant le gourmand chez Grimod de la Reynière, qui commença par être collaborateur au Journal des Théâtres, dirige par Levacher de Chamois; il n'avait que dix-neuf ans lorsqu'il se voua avec une impitoyable rigueur a à la défense du goût et de la vérité ». Cette collaboration avec Chamois cessait en 1778; mais il retrouvait bientôt un autre organe où il s'escrimait avec la même indépendance, le Journal helvétique^ et, tout lier de sa mission d'aristarque international, il s'intitu-

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lait dès lors et s'intitulera longtemps encore, en tête de ses lettres privées comme sur la couverture de ses ouvrages : « Rédacteur pour la partie dramatique du Journal de Neiifchdtel. » Il fut toute sa vie durant très bien vu des auteurs et des comédiens, qu'il traitait sans distinguer, réconciliant Collin d'Harleville avec la Comédie française, épousant enfin une comédienne du théâtre de Lyon, et vivant jusqu'à quatre-vingts ans passés, grâce à de sages maximes, dont une au moins trouve bien sa place ici : « Le vin du cru, un dîner sans cérémonie et de la musique d'' amateur sont trois choses également à craindre '. »

Grimod de la Reynière, fils d'un fermier général qui recevait dans ses salons les personnages les plus titrés du royaume, estimait les lettres par-dessus tout, et pour lui tel ou tel homme de talent, mal nippé, sans le sou, valait cent fois plus qu'un grand seigneur de la cour, si ce seigneur n'était qu'un sot. Il passait ses journées dans la fréquentation des gens de lettres, qu'il flattait et hébergeait; les soirs, il allait au théâtre, dont il était devenu un des critiques les plus écoutés. Elevé au sein de la Comédie, au courant des moindres intrigues, lié avec la plupart des habitués de Tancien parterre, bien que fort jeune, il avait conquis sur son entourage une influence qu'il justifiait d'ailleurs par Tà-propos et la justesse de ses arrêts.

La Reynière entendait la plaisanterie, mais il

I. Grimod de la Reynière et son groupe, par M. G. I)csncircsierrcs (un vol. in- 12, avec portrait, clic/. Didier).

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avait par instants l'humeur vive et batailleuse. Un soir, au parterre de l'Opéra, pendant une représentation d'Armide, il se sent pressé par la foule. « Qui est-ce qui pousse donc de cette manière? s'écrie-i-il sans se retourner; c'est sans doute quelque garçon perruquier. » Un militaire, M. de Case, fils aussi de fermier général, prenant pour lui rinterpellation, lui répondit : « C'est moi qui pousse; donne-moi ton adresse, j'irai demain te donner un coup de peigne. » Le lendemain, les deux adversaires se rencontrèrent aux Champs-Elysées, en plein jour, et se battirent au pistolet devant plus de trois mille personnes. M. de Case tomba; la balle lui avait crevé les yeux et labouré la tête : il mourut quelques heures après. La leçon était rude pour une poussée à l'Opéra.

Toute sa vie, où qu'il fût, Grimod éprouva un irrésistible attrait pour le théâtre. Alors même qu'il était détenu à l'abbaye de Domèvre, il insérait divers articles d^ns les Affiches de Met:[, et il n'avait pas de plus doux passe-temps que de dire son avis, dans un journal de Nancy, sur le talent des comédiens, qui l'eussent bien dispensé de celte besogne. Arrive-t-il à Lyon après avoir recouvré la liberté de voyager en France et à Tétrangcr, mais non de revenir à Paris, il se lie aussitôt avec l'entrepreneur du théâtre de cette ville. « Le directeur, écrit-il à Mercier, l'auteur du Tableau de Paris, est votre ami; ce mot renferme son éloge et me dispense de vous répéter cunibicn il est fait pour cire celui de tous les

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