‹ Musique d'autrefois et d'aujourd'huiChapitre 12 sur 22 · LA MUSIQUE TCHÈQUE · texte numérisé non relu

LA MUSIQUE TCHÈQUE

L'oreille humaine y découvrit lentement Tharmonie, pendant que les artistes peu à peu y acquéraient ce qui constitue le « métier », et se plaisaient à ce spécieux labeur au point de tirer vanité d'une science de convention ou d'en naïvement respecter les règles arbitraires à l'égal de dogmes révélés. Longtemps la musique ainsi demeura peu ou prou « savante » et longtemps il n'y eut guère d'ouvrage de maître renommé qui ne sentît l'école ou ne s'en réclamât ouvertement. Somme et résultat d'expédients d'ordre avant tout didactique accumulés par la tradition, le « métier » bien souvent nous semble y être le but plutôt que le moyen. Or, ce métier, si vénéré par candeur ou nécessité, y apparaît aussi où que ce soit identique ; exporté, reçu ou imité, unanimement cultivé avec sollicitude des deux côtés des Alpes et du Rhin, et son importance en étend sur l'ensemble des œuvres comme un manteau d'artificielle et insipide scolas tique, dont l'uniforme travestit, dénature et confond jusqu'aux plus ou moins disparates emprunts glanés dans les mélopées populaires.

La libération fut graduelle et corrélative à la dextérité croissante, laissant percer d'abord la personnalité propre de l'artiste créateur, puis d'autres traits plus généraux, mais particuliers à la race, à la contrée, au milieu, et, à mesiu^e qu'il s'affranchit d'une discipline indispensable jadis ou de superstitions pédantes, l'art musical, en ses aspects divers,

s'atteste toujours plus tangiblement comme un produit de la nature ambiante, analogue au fruit mûri sous le soleil du climat, pendant à l'arbre jailli du sol qui lui fournit sa sève. Cette émancipation de la tyrannie du « métier » est définitive aujourd'hui. Sa science nous indiffère. Le génie modèle et construit son œuvre à sa fantaisie, et les formes consacrées ne sont plus pour nous que des moyens dont l'usage est facultatif et l'importance secondaire. Le principal est ce qu'y met le musicien et, quand il y met quelque chose, nous ne sommes plus gênés pour le discerner et en jouir. Les peuples arrivés sur le tard de la culture musicale ne se sont pas montrés jusqu'ici créateurs de formes. Ils en trouvèrent de toutes faites et leurs compositeurs « nationaux » les ont adoptées en commençant par les plus simples, puis en continuant par les plus libres, pour se risquer enfin aux plus sévères et traverser la crise didactique où nous vîmes échouer les Russes avec Tschaikowsky, Glazounoff et consorts. Comme la slave y intronisée par Glinka, la musique tchèque apparut d'abord au théâtre. Le premier, Frédéric Smetana (1824-1884), l'introduisit par surcroît au concert, où Antoine Dvorak (1841-1905) sut l'imposer. Mais tandis qu'à l'instar de Liszt, qui fut son maître, Smetana composa des poèmes symphoniques, Dvorak, élève de Smetana, fit des trios, quatuors ou symphonies dont l'allure classique lui valut sa célébrité en Allemagne. Pour-

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