‹ Musique et inconscienceChapitre 10 sur 146 · I.F. MVriW: Mt SICAL ICI" L KXPRESSION DES SEMIMENTS I · texte numérisé non relu

I.F. MVriW: Mt SICAL ICI" L KXPRESSION DES SEMIMENTS I

lions naliirc'llcs [xtur Ifs ériger en émotions eslhéliques. Nous savons sons quelles impressions immédiales il composa cette symphonie écrite au cours du printemps, au sein d'une nature jeune et riante à laquelle il pouvait demander ses inspirations. Mais lise/ le litre : « Sensations agréables et sereines qui s'éveillent chez l'homme arrivant à la campagne» ; vous comprendrez que la description portera moins sur un paysage que sur un état d'àme. Cette opinion se confirme si vous lisez au verso de la première page de l'édition de 1809, cette observation où se montre clairement l'intention de Beethoven : « Plutôt une expression de sensations qu'une peinture ». Mais ceci est peu : vous n'êtes encore qu'à la surface de l'œuvre ; vous êtes loin des sources où l'inspiration a puisé. Plusieurs années après, dans ces mêmes lieux qu'il avait chantés, comme sous la pression d'anciens souvenirs quil lient à ne plus perdre, il note lièvreusement ces mots qui sont une sorte de mémorial, et (jui éclairent d'un trait lumineux les profondeurs où se recueille son génie :

« Toul-I'iiissant — clans les hois je suis licuroiix. heureux liaiis les Iiois — où cliacpu' arbre parle par toi.

« O Dieu 1 quelle splendeur — ilans ces forèb, sur les eollines — c'est le calme, le calme pour te servir. ■>

Ces paroles de recueillement et de paix nous révèlent le secret de Beethoven. Il ne Aiit pas vme peinture. Il ne s'en tient pas, malgré ime première indication, à l'expression de ses sentiments. Il pénètre dans cette région reculée {\c ràmc où l(Mil est félicité, elTusion causée par la divine présence. Pascal voulait que la vraie religion fût Dieu sensible au coMir. La musique de Beethoven, dédaigneuse des formes convenues du senlimciil. provofjno ime sem- B.v/AiLi.As. a

lô IMUOnLCTION

hlable expérience. Voici que de toutes paris, sous Taction doucement dissolvante des formes musicales, les forces résistantes du moi se fondent comme sous une invisible main ; c'est une disparition de Tégoïsme suivie d'un très haut attendrissement : « Paix, joie, pleurs de joie, » disait pareillement Pascal. Dans Tun comme dans l'autre, c'est la simplicité du cœur, la délivrance de l'àme devant la vraie lumière et la vraie joie qui font éclater le néant de notre science et de nos plaisirs*. Mais tandis que Pascal se laisse accabler par le drame religieux dont il poursuit le dénouement, Beethoven résout harmoniquement ces oppositions : il s'agit pour lui de retrouver le type originel de l'innocence afin de célébrer l'homme bon et d'en écrire la mélodie*. Aussi invite-t-il Tliumanité à remonter à son berceau et à saisir avec un regard candide d'enfant les réalités d'un monde rayonnant de jeunesse et de beauté : novitas Jîorida iniindi. Il nous montre ainsi que le paradis perdu n'est pas derrière nous, mais au dedans et au plus profond de nous-mêmes : nous pouvons le retrouver et nous y retremper, si nous voulons.

Dans l'œuvre de Beethoven, nous venons de signaler tous les degrés et toutes les nuances de la joie ; mais en explorant les sources de cette joie, nous avons tenu à montrer qu'elle ne tient pas seulement à la souplesse des apparitions souriantes qui jaillissent à Tenvi de tous les points de l'âme. A ce compte, il n'y aurait là rien de bien différent des formes agiles et aériennes dont Haydn nous montre le gracieux épanouissement, et dont Mozart saisit au passage le vol hardi et léger. Ce ravissement tient plutôt à un exercice profond de l'àme qui insensiblement s'éveille,

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