‹ Musique et inconscienceChapitre 9 sur 146 · I. Les sonnets de Pétrarque, Iraduclion Cahadé · texte numérisé non relu

I. Les sonnets de Pétrarque, Iraduclion Cahadé

cette musique quand elle résonne tristement, quand elle nous montre la vanité de tout ce qui nous enchante, de cette immortalité que nous donnons aux héros, de la gloire même qui est périssable ?

Disons-le pourtant : ce retour mélancolique de Tàme sur ï;a condition n'est pas la note constante de la musique de Beethoven. Elle implique souvent un ravissement d'essence spéciale, causé par une expérience beaucoup plus profonde que nous voudrions maintenant définir avec quelque précision. Une forme de cette expérience, celle que nous avons vue exprimée dans la symphonie avec chœurs, est la joie produite en nous par l'exaltation de nos facultés supérieures. Mais l'aspect le plus fréquent sous lequel elle se présente, est la joie de l'innocence. Cet enchantement, avec les pures émotions qui s'y joignent et qui en reçoivent un paisible éclat, fait le fond de la symphonie pastorale. Un retour à l'état de nature, rendu possible par l'abolition du raisonnement, des idées morales d'eiïort et de devoir, une pure amoralilé provoquée en l'homme par le jeu de ses puissances natives, malgré les artifices de la société et les mensonges de la réflexion, bref, l'innocence retrouvée et qui célèbre son réveil avec les séductions du langage du cœur devenu enfin sensible à lui-même : voilà dans Tordre régulier et, par suite, bien inexact, de leur apparition, les pensées qui s'éveillent en nous au cours de cette lente méditation. On pourrait ne voir d'abord en elle qu'une peinture et la traiter comme une page de musique descriptive valant tout au plus par le mouvement et la couleur. Celle interprétation serait d'autant plus fâcheuse qu'il nous est donné, dans cette symphonie, de saisir sur le vif le procédé de composition que Beethoven suit d'instinct, et d'assister à la transposition qu'il fait spontanément subir à ses éuio-

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