LA LOI DE HÉORESSION
rationnel qui la refoule ou qui la transforme. Elle survit aux conditions qui la provoquèrent, et elle se mêle à notre réalité piésente, comme les iiuages du rêve se fondent à demi-brisées dans les représentations de la veille. Il n'est point rare que nous en mesurions la portée, non dans Torganisalion et Téquilibro de la conscience, mais seulement quand sa désagrégation libère les Ibrces élémentaires que contenaient ses intimes perfections. L'expérience de Tinconscient correspond ainsi à un phénomène de recul dû à Toptique intérieure. Il signale le passage d'une de nos images du plan de la perce|)tion, où l'enserre le réseau des forces uiotrices, au plan de raiTeclivilé et de la pure tendance. A vrai dire, il est le plus souvent lié à une contre-révolution, à wnc régession qui nous fait remonter le cours de la vie inenlale jusqu'à ses formes les plus anciennes.
Mais pour comprendre la nature t\c cet excédent laissé en liberté au cours de l'évolution des forces psyclii(jues, il importe avant tout de s'expliquer sur le sens de celte évolution. Or, les causes qui lui conviennent ne sont forcément ni l'intérêt de l'individu, sous forme d'égoïsme instinctif ou de génie calculateur, ni l'influence sociale. Dans la natiue individuelle, comme dans la nature organique, on compte bien des changements brusques, sans raison apjwrcnte, affectant une forme révolutionnaire. Les explosions qui marquent l'origine de certaines crises, ne sont pas produites, au terme d'un changement continu, par lintégralion de changements élémentaires, pas plus que l'explosion de la [)ontlre ne résulte de l'accumulation lente de petits changements. S'il s'jagit do rintelligencc et de la rélloxiou, nous pouvons en suivre aisément le pro-
cessas. LVnlreprise est ])liis malaisée quand nous pénétrons clans la vie affective et surtout dans la vie subconsciente. L'examen des conversions instantanées, des mutations de sentiments très fréquentes chez les imaginatifs, les sensibles, les spontanés, n'autoriseraient pas, en tous cas, la reprise de l'évolutionnisme classique. Ici, la doctrine des mutations brusques du naturaliste de Yries serait plutôt de mise. Dans cette progression irrégulière, on devrait distinguer la variation normale des variations fortuites, et pour cela s'attacher à l'action des ensembles ou des masses, des grands courants qui ont préparé ces mutations. Dans la conscience on découvrirait, croyons- nous, variant avec des conditions organiques, psychologiques et sociales, de véritables révolutions, des changements instantanés suivis, il est vrai, d'un travail souvent habile de raccord et de transposition. La conscience est alors dans une période non évolutive, mais révolutionnaire. On parlerait à bon droit de tension émotionnelle, d'élan originel, de force explosive des sentiments ; on pourrait chercher dans cette phase peu pacifique le principe discontinu d'une série parfois continue. L'incubation persistante et prolongée n'explique pas tout. Il } il les décisions du génie, de rhéroïsme et de la sainteté. Il y a aussi les lubies et les initiatives folles. Ce n'est pas forcément une loi d'économie et de finalité instinctive qui dirige le travail de composition des forces psychiques. Elles s'hainionisont souvent avec une lenteur extrême et se mettent péniblement en lumière sur le tableau obscur des phénomènes.
Il y aurait lieu de faire une part considérable au jeu naturel de ces forces psychiques. Il y aurait lieu surtout de leur restituer unecertaijie direction interne, sans rapport avec l'utilité individuelle ou colleclive, et qu'on pourrait
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.appeler ni(irj>lt()/o(/itjiii'. D'une lelle dispn^ilion on trouverail des exemples dans raj)parihf)n sporadicpic des tendances, dans les phénomènes de croissance mentale et d'équilibre intellectuel. On verrait, d'antre part, que beaucoup de faits alTectifs échappent à l'action utile. Le plaisir et la douleur, a-t-on dit, ne sont pas prophètes. C'est qu'ils ont une valeur par eux-mêmes. L'explosion joyeuse est souvent sans rapport avec l'économie de la vie consciente qu'elle menace plutôt de bouleverser. Il y a en elle U14 luxe qui met en éveil l'imagination, qui prépare l'entraînement irrésistible et qui signale l'apparition du monde alTeclif donné avec les lois d'un développement tout nouveau. De même, la sensation ne se ramène pasà une réponse mécaniquement appropriée aux promesses ou au\ menaces de la nature. Elle n'entre pas tf)ujours dans les vues d'une sagesse aussi étroitement circonspecte. Elle renferme une grande part d'inutilité et de fantaisie. Elle nous donne l'idée d'une réaction, sans doute, mais qui dépasse à chaque instant son but en se trompant souvent d'objet. La sensation, quand elle résulte des centres supérieurs, comporte un éclat inutile — fut-ce le rayonnement interne du plaisir et l'élévation du ton vital — qui en fait un détail intéressant par lui-même, original, valable en soi. A ce titre, elle est à l'origine du développement imaginatif de l'esprit ; elle est le principe d'un progrès ultérieur que nous n'ambitionnerions pas do produire, si tout en nous était conduit selon le mécanisme de l'action utile. Ainsi, le jeu de la perception, l'agencement des images, la production de vrais motifs ornementaux ne sont pas toujours dus à une survivance cpie la sélection autoriserait. Un grand nombre de formes prétendues utilitaires s'inscrivent naturellement dans une suite de produits sensibles ou imaginalifs sans relation iuunédiale à la logicjue in
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terne de la vie, encore moins au calcul vital. Nous faisons retour à une conception « indifîérentiste » de l'évolution intérieure : la sélection psychologique serait un effet artificiel de Tutilisation antérieure, non une cause. L'équilibre mental, le choix, l'agencement des parties résulteraient d'une adaptation tardive imposée, au cours d'un vrai dressage, à des forces indifférentes. Il en résulte que la loi de production des phénomènes psychologiques ne coïncide pas toujours nvec la loi de leur utilisation ou de leur économie. Cette disposition est l'effet d'une adaptation volontaire, d'une conquête de la réflexion sur la nature, de l'industrie psychologique sur la spontanéité. Dans l'ordre du moi sensible, au contraire, il n'y aurait pas de finalité consciente ni inconsciente; il y aurait simplement une espèce psychologique qui perce peu à peu malgré les obstacles, comme par l'effet d'une pression interne. La finalité est imposée plus tard, et du dehors, par un type intellectuel de conscience qui fait de l'adaptation voulue la loi de l'être pensant. — On accordera facilement, s'il en est ainsi, que la totalité de notre existence mentale ne soit pas forcément comprise dans l'ordre surajouté de la conscience réfléchie, ni que l'attribution à cette conscience ne soit pas le but imique de notre développement interne. Rien dès lors ne nous empêche d'admettre, pour certaines de ces formes réputées inférieures, la possibilité de vivre en dehors de la caractéristique consciente. Elles seront irréprésentables dans leur origine et dans leur parcours, mais saisissables dans leurs produits. Elles manifestent tardivement leur présence par le sentiment d'un enrichissement intime qui se révèle dans le pragmatisme de la vie, dans l'effusion de la force intérieure, non dans le système trop lointain de la pensée. Ce (jue nous connaissons olaircmonl de nous-mêmes, par