‹ Musique et inconscienceChapitre 105 sur 146 · A/A1I.I.AS · texte numérisé non relu

A/A1I.I.AS

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ni idéal, ni excitation salutaire. La confusion, le mensonge, rillusion perpétuelle sont les formes que revêt cet étrange devenir ; et cette disposition se trahit par les traits que nous y avons démêlés, par cette logique nulle ou contradictoire, par cette esthétique indilTérente, par cette morale négative.

Le passage à l'inconscient, contrastant d'ailleurs au pôle opposé avec le passage à l'acte de la personne, tient à une autre raison. D'ordinaire, les éléments qui font partie d'un système conscient relèvent d'une mesure pratique, toujours la même chez le même individu, ce qui nous permet d'établir leur importance ainsi que leur degré d'utilisation. Il y a donc un niveau mental au-dessous duquel les états psychologiques sont méconnaissables ou perdent leur caractéristique ordinaire. Or, l'écrasement que la conscience intellectuelle fait subir à la conscience affective, le défaut d'adaptation de cette dernière, le caractère arbitraire et imaginatif de ses produits empêchent l'application de la mesure commune. Nous manquons à son égard de points de repère et de moyens positifs d'évaluation. La vie affective devient ainsi une donnée sans importance apparente et dont nous ne songeons plus à faire état, parce qu'elle échappe à tout critérium psychologique. Du môme coup, elle nous paraît correspondre à un zéro de conscience. L'absence de règle commune entre le conscient et le subconscient contribue à refouler ce dernier loin des réalités mesurables et précises, et à le donner comme un point mort.

Mais, heureusement pour nous, certaines formes réputées inférieures de la vie mentale nous ramènent parfois à nos origines. A défaut des suggestions artistiques qui s'adressent directement à ce fond reculé de l'àme, d'autres

LES MESSAGES UK l/l\CO\SCIENT .^OJ

avcilisseincnls venus du rôvc, do l'imagination cl de la voloiit»; instinctive favorisent encore son évolution, rendent possibles ses transformations. Ils attestent qu'il ne cesse de se produire une circulation continue d'imagos et de sentiments donnés dans une disposition alTective fondamentale, et cette disposition, se poursuivant sans trêve ni cesse, constitue notre configuration intime, notre degré de résistance à la douleur, la violence, relative avec chacun, de l'abandon au plaisir. Mais cette vie affective diffuse se prête si peu aux localisations psychologiques qu'il nous semble assister aux révélations d'un monde étranger, toutes les fois qu'un accident émotionnel ou qu'une crise passagère nous y ramènent. Sans doute, l'interruption soudaine de la contiiniilé entre le monde émrttif et notre représentation intellectuelle est pour beaucoup dans cette illusion ; mais ce qui la rend plus inévitable, c'est certainement l'oubli où le personnage affectif est ordinairement tenu et le mod*^ d'existence isolée et solitaire qui lui est propre. Bien qu'il soit contemporain de notre vie et qu'à certains égards il soit le plus ancien et le plus persistant parmi les phénomènes de la conscience, il nous apparaît comme une espèce psychologique inconnue et anonyme. Son existence toujours précaire, toujours menacée, serait même rayée de l'ordre mental si les formes attardées de l'évolution ne la garantissaient à propos, des envahissements de la pensée pure et du travail de rationalisation dont celle-ci donne le signal. Ce type ancien et persistant, contrarié par les habitudes nouvelles contractées au cours du développement mental, toujours remis en question, mais qui persévère avec la ténacité admirable de la nature, c'est bien un moi, si l'on entend par là un mode d'organisation de la vie intérieure et un système d'états ayant une existence indépcndonlo ;

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c'est le moi subconscient (siibwakinfj), avec les caractères que nous avons énumérés plus haut et qui en font un personnage agissant et redoutable. L'inconscient correspond ainsi à une forme éteinte de la conscience qui n'a plus d'objet bien marqué ni de correspondances précises avec le reste de l'organisme psychologique. Il est bien, à ce titre, une conscience désaffectée.

Nous venons de signaler une des lois les plus importantes par lesquelles se manifeste dans le devenir psychologique, un procès de dissolution. Nous la formulerons ainsi : l'inconscient, que l'on considère son influence soit dans les sentiments soit dans l'action, manifeste partout cette continuité d'éléments passionnels qui irait d'un mouvement naturels la raine du vouloir et à la destruction de l' intelligence: Dira-ton que ce cjui est ainsi diminution ou dégradation pour le principe pensant se trouve en fait compensé par le travail invenlifque les formes dynamiques de l'inconscient exécutent comme en un jeu particulièrement heureux et fécond ? Mais, nous croyons Tavoir établi, celte force créatrice n'est le plus souvent qu'usurpée ou imitée d'ailleurs. L'envahissement de Tintelligence par la vie sensilive et spontanée serait même le signal d'une irrémédiable décadence, si l'élan qu'elle communique en retour, n'était orienté par un jugement confirmatif, par une idée innnanenlc. Tout au plus recueillons-nous de cette elTusion de la force intérieure, avec un sentiment de puissance, un excédent d'activité indifférente en soi à toute combinaison, mais qui s'emploiera à soutenir le travail intellectuel, une fois engagé. Cette énergie disponible servira désormais à actionner la promptitude imaginalive ou émo-

L ACCROISSEMENT IMEUNE ET LE DEVEMK .>0(|

lionncllc qui est, pour rcs[)iil en quètc d'inspiration, un puissant secours. Mais, abandonnée à elle-nième, elle menacerait d'inlroduirc dans notre ('([uilibre nicnlal, avec des forces incessamment renouvelées et refaites, un prinripe d'or^'anisation imprévisible et déconcertant.

On conçoit cependant que le procès de dissolution (pic nous venons de décrire, soit souvent suivi d'un processus de combinaison (jui marque pour le devenir intérieur une nouvelle pliase. Nous formulerons ainsi cette seconde loi : In conscience s' accroît indéfiniment par l'adjonction d'éléments nouveaux. La notion du devenir se confond en elle avec la loidun accroissement interne. Si, sur d'autres points (lu monde moral, on voit se produire des disjonctions ou des déjierditions, les forces, détacliées ainsi du courant conscient qui les vivifiait, se reforment (comme des ondes en •-cns contraire) à la suite du mouvement auquel elles ne ])articipent j)lus, débris vivants qui viennent composer un autre monde. C'est cet ordre, obtenu par voie d'inversion ou par régression naturelle, que nous avons étudié en dernier lieu. Il ne constitue pas tout l'inconscient, puisque nous avons vu encore en ce dernier l'énergie indivisée et comme l'élan originel d'une conscience naissante.

Au contraire, dans la représentation conceptuelle (pie nous en formons, le moi devient, au lieu de cette réalité mouvante, un terme sur lequel le lenq)> ne mord pas. .\u lieu d'un système susceptible d'accroissement ou de déperdition graduelle, il se comporte comme vm objet incapable de recueillii- la suite d'incessantes transformations en un centre d'intériorité. Nous fermons les yeux sur ce double mouvement de création et de destruction (pii modifie à cliacpie instant son état foncier. Nous prrd(»ns de vue cet être qui trouve dans le cbangemenf, le trouble et la crise son

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mode d'existence propre. Une psychologie clairvoyante pourrait cependant noter, au sein de la fluidité des éléments oiî baigne ce système rigide, deux courants en sens inverses qui provoquent d'incessantes variations : Tun tendant à intégrer en lui des données nouvelles, l'autre ne cessant de ronger ses contours pour englober dans une sphère neutre ou anonyme, qui se referme sur eux, les états individualisés.

De cet échange entre les données conceptuelles ou statiques et les forces dynamiques, résulte à chaque instant le moi saisi dans la réalité de son mouvement. Si l'inconscient désigne le lieu où s'opèrent ces métamorphoses, la zone naturaliste oii s'élaborent et d'où jaillissent à chaque Instant des forces incalculables, 11 -correspond bien au moment d'origine de la conscience. De celle-ci on peut dire, comme du langage, qu'elle débute comme une poésie et finit comme une algèbre. Si elle entend rester de la poésie, elle doit partir d'une source plus naturelle et plus profonde que la pensée réfléchie : l'inconscient est cette source. La pensée réfléchie se rapproche du courant vital pour s'y vivifier à son tour, tandis qu'avec son aptitude plastique, celui-ci modèle son action sur les formes qu'elle lui présente et qu'il remplira à sa manière des intuitions successives et des élans de l'énergie qu'il contient. Fécondité, d'ailleurs, vraiment imprévisible : car ces variations créatrices, une fois amorcées, continuent leur mouvement, même si la pensée qui leur a donné le branle exécute une pause. Le courant vital, inconscient, ramène des positions successives, en nombre illimité, des acquisitions nouvelles qu'il ne cesse d'insérer dans son cours. Le système ébauché par l'intelligence se retrouve ainsi ranime, vivifié par l'intuition. D'où cette dernière proposition qui exprime le

L ACCnOISSEMENT INTKUM-: KT LK UriVE.MU .> I I

rôle de rinronscienl : Si l'espace est le lieu des corps et lu conscience le lieu des esprits, l'inconscient est le lien de leurs échamjcs et de leurs métamorphoses. 11 ne suffit pas de voir dans l'inconscicnl iiii j)rinci[)C de devenir dont téinoigncraient les comlnnaisons incessantes et les oscilialinns de raclivilc mentale : il faut voir encore celte loi du devenir à l'œuvre jusque dans Tinconscient lui-même, à Toriginc à peine soupçonnée de Taccrolssement ou de la décroissance internes. C'est la même loi, celle du Jieri, qui gouverne, du sein des possibilités indistinctes où la vie s'agite, la nature et les esprits.

En introduisant la loi du devenir jusque dans ces origines de la conscience, la psychologie de la genèse de Tinconscient nous a permis de démêler plusieurs aspects dans la réalité subliminale, plusieurs courants qui la traversent en y charriant des éléments bien différents et en lui imprimant des directions opposées. Confondu avec une conscience à l'état naissant, Tinconscient fait retour à la période déformation des tendances, c'est-à-dire des forces psychiques. Il n'est alors que la vie des tendances saisies à leur moment d'origine. Le plan de formation (\u\\ applique d'instinct se ramène, avons-nous vu, à la loi de combinaison des actes donnée en conformité avec un type primitif et fruste de conscience, le type affectif. Ce premier aspect de Tinconscicnt en ramèned'ailleurs un autre. l/acti\ilé de tendance^ qui se comporte en lui sans mélange de représentation, s'ér'uje en un dynamisme passionnel, systhne naturel de sentiments en mouvement capahle indifféremment de vœre d une vie propre, comme une ortianisation naturelle et cnmple.ve. ou de se lais.s'er capter par les fornws supérieures de Factivité. Mais, soit (|ue le dynamisme passionnel puisse écraser le conceptualisme de lintelligencc, soit qu'il recèle enlui.

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comme tout ce qui est vivant, un germe de dissolution, un autre aspect de l'inconscient s'offre à nous qui ramène justement l'instabilité primitive et qui résulte de la libération ou de la désagrégation de ces forces quelque temps unies. Cette condition nouvelle, qui marque la dissolution de la conscience ou son retour à des forces élémentaires, est sans contredit la plus significative : elle correspond aux procédés d'une analyse naturelle, car elle nous présente, dans un mouvement d'incessante décomposition, des énergies natives dissimulées jusque-là sous des formes d'emprunt. La conscience, sujette à cette versatilité mortelle, n'est plus un foyer persistant et vivant ' ; elle est comparable « à une machine ingénieuse qui s'électrise contrairement en un rien de temps wctoù, selon les fortes expressions de Sainte- Beuve, le centre, à force de voyager d'un pôle à l'autre, n'existe plus nulle part. Notre personne morale se réduit à n'être qu'un composé délié «de courants et de lluides, un amas mobile et tournoyant, une scène commode à mille jeux^ », un cadre à transformation. Ce troisième aspect de l'inconscient, en nous montrant l'inconsistance et comme l'inquiétude foncière de la vie psychologique, nous fait mieux sentir le prix d'une organisation rationnelle qui utilise nos ressources ignorées et qui les arrête un moment sur la voie de l'inévitable décomposition.

C'est cependant dans cet ordre voué à la dissolution et à l'alanguissement progressif que l'on pourrait le mieux saisir les procédés de l'inconscient, quand il gagne d'un mouvement d'insensible destruction les systèmes organisés de la conscience distincte. Il conviendrait, il est vrai, d'ajouter à celte remarque générale l'observation de faits posi-

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