‹ Musique et inconscienceChapitre 106 sur 146 · I . ViiIuijU-, p. I aG · texte numérisé non relu

I . ViiIuijU-, p. I aG

■A. Ibill.

LA DISSOLI IION IMLIUIXIU: 3 I .'i

lil's capables de iiianlfcster l'enliseincnt de la volonté dan< les terres mouvantes et mal assurées de Tinconscient. Que rinconscient nous présente la forme d'une activité qui s'endort ou d'une conscience qui s'atténue, fju'il soit à ce titie une cause de torpeur et di; renoncement à M»i-mème,. qu'il procède enfin comme un stupéfiant de l'activité, personne n'en doute. Mais on a moins noté, croyons-nous, l'espèce de dissolution' (ju'il ijroxoquc d.ins les systèmes organisés de la conscience et la nature de l'imperceptible vertige ou du glissement qui le suit. Avec son à peu près continuel et ses dispositions fuyantes, il nous fait songer à un nonêtre psychologique où les choses preiincnl bien vite une existence de reflet et lloltcnt, à demi-brisées, comme en un mirage. C'est bien là cette espèce de nature, je ne dis pas hypocrite, mais Icjujours à demi-sincère et toujours vaine', dont parle Sainte lieuve. On le comprend d'ailleurs sans peine : dans ces teintes dégradées, dans ce clair-obscur delà vie mentale, les actions ordinaires ne conservent pas l(Migtemps leur caractère réel et leurs proportions normales; elles ne conservent [)as en tout cas la netteté de leurs rapports, l'allés font rclonr |teii à \)rn à linconsistancc et à la bizarrerie des rêves. l'Mles deviennent l'objet d'une déformation systéinatique, soit qu'elles profitent du grossissement confus des songes, soit qu'elles s'atténuent et s'estompent au point de se confondre en une ligne vmiforme et grise : elhs perdent letir relief habituel cl, laute de relations précises entre elles, elles flottent et se brisent comme dans un cadre à transformation. Nous somiues \raim(Mil en présence d'un amorphisme conscient,

I. ToiilelDis ce |>lu''iiotnène a rlr sigiiiilo par M. I.alaixlo, la nissolnlion ()/)/) i,s-(-c ('( l'Evoliitiitii.

a. Sainle-Beuvc, VoliiiUr. \>. nii.

3l^ LA GENÈSE DE l"iNCONSCIE>'T

d'un principe proléiforme qui introduit dans ses expressions immédiates quelque chose de lindéfmi et de Tincertain dont il est lui-même pénétré.

Que deviennent, par suite, les formes construites de la personnalité quand elles se transportent dans cette région indistincte oîi tout nous parle de vertige et dalanguissemenl:*On le devine. Des confusions et des compromis s'organisent, empruntant à ce monde trouble, véritable domaine de l'équivoque psychologique, un air de vraisemblance qui déconcerterait la raison, mais qui suffit pour engager l'action. Ici, tout nous parle de vague, d'à peu près et de possibilités Imaginatives. jNos suggestions ont vite fait, par suite, de profiter :1e ces approximations mêmes, pour franchir l'intervalle qui les séparait de la réalité. Elles entraînent ainsi le consentement du vouloir, et elles trouvent naturellement leur place parmi les puissances charmées de notre personnalité. La résistance d'ailleurs est singulièrement difficile sur ce nouveau terrain. La vie subconsciente ne connaît pas, à l'instar du rêve, l'usage de règlesprécises et de normes infaillibles. Elle n'est pas protégéecontre elle-même par l'affirmation énergique d'un idéal intérieur. Cet idéal, qui fait la force des sages et la grandeur des héros, n'est plus là pour limiter les suggestions du rêve et en faire éclater l'étrangeté. Dans ce monde irrationnel, voué à l'absurde, où rien ne nous rappelle l'objectivité et la certitude, où la contradiction est de règle, il n'est point d'impulsion que l'imagination n'encourage, car elle demeure seule, clairvoyante et subtile, à la place des méthodes et des traditions de la pensée. On se demande j)arfois, non sans surprise, comment un caractère plein de décision et d'énergie s'est défait. On oublie de chercher la fissure imperceptible par où l'inconscient s'est introduit^

LA DISSOLUTION INTERIELHE 3l5

avec la vague puissance indéfinie qui le pénètre. On ne voit pas c[ue ce caractère s'est aboli pour s'être laissé envahir ]);ii' (oui un monde de possibilités contradictoires, pour avoir glissé à son tour dans les visions irréelles et fuyantes, pour s'être unicpienicnl complu à sentir couler la vie au lieu de la construire, «couler, s'en aller doucement ». Le charme de sentir s'est substitué en lui à la volonté de produire. Cette substitution donne le signal de reffondremenl d'un monde. Le moi moral s'émietle et se brise, comme l'on verrait, d'après Platon, les relations précises de l'ordre intelligible se réfracter, puis se perdre dans l'inconsistance du non-être. Le bien résulte souvent d'une conversion inconsciente. Mais les suggestions morbides ont la même origine ; elles émanent d'im être qui trouve dans la langueur, le trouble et la crise une vie défaillante. L'inconscient est un défi jeté à la responsabilité. L'immoralité et le mal résultent prescpie toujours de cette ambiguïté des états au sein du monde subconscient. C'est en lui qu'ils germent à la faveur du mélange des idées qui s'y produisent: ils ne sont que l'illusion à laquelle il donne lieu.

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