‹ Musique et inconscienceChapitre 107 sur 146 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Si, mesurant le chemin parcouru, nous opposons aux formes d'inconscient dont nous venons de rétablir la genèse le moi de la conscience distincte, objet habituel des analyses de la pensée spéculative, nous comprendrons les difficultés auxquelles se trouve exposée cette psychologie de l'inconscient. Elle s'efforce de décrire un objet donné dans le double processus de dissolution et d'évolution créatrice, à moins qu'il n'ait dans les formes les plus fuyantes et les plus élémentaires de la vie son mode propre d'exis tence. De là, la nécessité de faire fléchir les procédés analytiques de l'investigation vers la méthode synthétique des analogies et des approximations, seule possible en cette obscure matière. La ililliculté du problème de linconscicnt, celle du moins qui a engendré toutes les autrca, tient donc à la contradiction qui se marque entre ses conditions positives et les habitudes traditionnelles de la recherche psychologique. On se demande s'il est possible de déterminer au juste de telles conditions, quand la forme d'activité qui les implique va s'atténuant dans les perspectives de la vie consciente jusqu'à n'y apparaître que comme un point insaisissable ou connue une l'égion vague, domaine du mythe et du merveilleux. Mais ce n'est là, à vrai dire, qu'un phénomène de recul que nous avons dû rectifier. Nous n'avons eu qu'à remonter le courant qui nous éloigne insensiblement du type primitif de la conscience; nous n'avons eu qu'à dépasser les formes de celle nouvelle menlalilc

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<jui, encouragée par une culture rationnelle et pratique, devait intercepter dans l'esprit le spectacle d'un monde naissant.

Or — nous venons de le voir — le trajet à effectuer n'est pas aussi long, ni surtout aussi pénible qu'on parait le croire. Ce trajet se réduit même à bien peu de chose, si Ton songe aux accidents d'optique qui lui ont donné un prolongement illusoire. La conscience primitive ne paraît si éloignée de nous, que parce qu'elle est à certains égards une forme évanouissante de l'activité, une forme éteinte. Mais elle se réveille à l'occasion et se recompose avec une promptitude surprenante, lorsqu'un appel lui est directement adressé, venu de ce monde de la sensibilité et de l'instinct qui constitue son domaine. C'est ainsi que les évocations du lyrisme passionnel, de l'expérience religieuse, et surtout du rêve musical qui comprend les éléments de l'un et de l'autre, sont pour elle une occasion toujours renouvelée d'apparaître et de s'affirmer. La vérité paraît donc être que cette forme de conscience s'est produite comme la dernière expression d'un monde voué à l'oubli. Sa physionomie est bien vite devenue obscure. Faute d'adaptation suffisante avec la nouvelle condition de l'homme, elle a été de plus en plus refoulée dans les ombres de la condition primitive, et elle a vécu inutilisée, indifférente à l'ordre nouveau qui se préparait, espèce de nature que la pensée traîne après elle et qu'elle ne réussit pas à s'assimiler. Aussi nous est-il singulièrement difficile de la saisir dans son plan de formation, si nous appliquons à un état qui nous est si [)cu familier les formes d'une organisation consciente qui n'a cessé de se diriger en sens contraire. Que serait, en elTct, pour la réflexion de l'homme parvenu à la maturité scientifique, l'âge des légendes? Comment le prendrait-il au sérieux? Comment songerait-il, du

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liaiil (le sa pensée critique, à s'ap[)liqueiavec quclcjue syrnp.ilhic à ce domaine enchanté du merveilleux;' C'est exactement ce qui est arrivé pour linconscient : il n'a cessé de pAlir et de s'cflacer devant Téclat grandissant de la conscience intellectuelle. L'cITel dV'loigncment que nous avons signalé n'est donc pas un recul véritable ; il se réduit à un jeu d'opposition (pii met en contraste l'aspectaftectif et l'aspect réfléchi <lc l'activité mentale, les facultés spontanées et les facultés ciitiqucs, le mythe et la raison, la légende et l'histoire.

D'ailleurs, il n'est pas dit qu'une telle dépréciation soit justifiée. La science établit des faits, elle n'indique pas de préférences. Un ingénieux historien l'a bien montré à propos de certaines figures de l'antiquité f[ui, après a\oir occupé l'attention des hommes, étaient rapidement devenues incertaines et énigmatiqucs. Car les historiens les plus rapprochés les ont vu bien souvent à travers les premiers hrouillards d'une mentalité nouvelle qui devait, durant tant de siècles, intercepter le ravissant spectacle du monde classi(pie et païen'. Puis le brouillard s'est épaissi, jusqu'à ce qu'elles aient apparu comme des fantômes. Mais, à mesure qu'il se dissipait sous des conditions plus favorables à leur compréhension vraie, les regards se sont de nouveau tournés vers elles. Elles se sont remises peu à peu en pleine lumière : on n'a eu qu'à les fixer avec un peu d'attention pour les comprendre. — Nous croyons qu'il en est de même [)0ur l'inconscient. Il n'est devenu obscur et énigmalique que par défaut d'adaptation à un nouveau mode de penser qui devait renqilir l'esprit des hommes. Il est le représentant d'un monde où l'imagination et TalToctivité avaient le

I. Gugliclino l'crrcro. Voir nolammont I.i iloriiii-n- ronfcTcncc du Collège de France. (Année i<jof>).

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