‹ Musique et inconscienceChapitre 16 sur 146 · GÉMI-: ET VOI.ONTK · texte numérisé non relu

GÉMI-: ET VOI.ONTK

•on comprendre la loi de dérivation, il sullira de la ralla cher à la théorie de la connaissance telle que Scliopenhauer la fornude. Or, celte théorie met im|)licit(!ment aii\ prises (ien.v loiiclions et comme deux Ivix's distincts de la connais sancc qui! importe d'abord de dissocier ; la connaissance pratique dont les sciences font partie, qui ne poursuit d'autn' but que la satisfaction immédiate du void )ir-vi\Te, et la connaissance pure à hupitllc linl se rapporte, « dé tachée du service de la volonté », désintéressée et contemplative par essence'. On peut donc défmir Part la con Icmpldlion (Ifs choses indcpciiflamnicnt du jjrincqic de raison. [)ar opposition à la contemplation soumise à ce principe, qui est colle de rexpérience et des sciences. L'essence du génie consiste dans une ajjtitude prépondérante à cette contemplation ; elle réclame un oubli complet de la personne et de ses relations ordinaires avec les objets utilisables ; elle n'est autre chose que la plus complète objectivité, ou direction objective de Tesprit, par opposition à la direction subjective, tournée vers la propre personne, vers la volonté. Le génie consiste donc dans la lacidté de se maintenir au sein de rinliiilion [)ure, de s'y absorber entièrement et de détacher la connaissance de la volonté au service de laquelle elle est originairement asservie : il devient ainsi, comme par enchantement^ l'expression candide de l.i nature du momie, le miroir de l'univers.

A cette connaissance désintéressée et compréhensive, s'oppose point par point celle que provoque l'explication rai sonnée des choses. Cette dernière en elTct s'applique h établir des relations entre les phénomènes sans les saisir dans leur principe ; elle les l'ait entrer i- dans le courant

Sa LE RÉALISME MUSICAL

incessant des causes et des effets, sous les quatre formesque le principe de raison suffisante exige » : elle ne les voit pas en dehors de leur utilisation immédiate. La connaissance soumise au principe de raison est ainsi commandéepar la relation des objets au besoin et à la vie. Et comme, à ce point de vue qui ne demande que la définition des rapports, la notion abstraite est suffisante et même le plus souvent préférable, Thomme ordinaire néglige la simple intuition; il cherche bien vite, pour tout ce qui s'offre à lui, le concept correspondant dans lequel il pourra résumer son expérience, « comme le paresseux cherche une chaise »,. après quoi il n'y prend plus aucun intérêt. Cette connaissance dégénérée, soumise à des buts pratiques et prochains, ne ressemble à aucun degré à l'intuition qui est pour Thomme de génie le soleil qui dévoile le monde, tandis qu'elle se borne à être pour Thomme ordinaire « la lanterne qui éclaire sa route ». C'est que l'homme ordinaire, ce produit de fabrication en gros de la nature, comme elle en crée par milliers tous les jours, est incapable d'une perception complètement désintéressée. Il fait spontanément retour à la loi de l'intellect qui n'est pas une faculté indépendante, mais une fonction physiologique, une fonction du cerveau. Lié originairement à la vie naturelle, saffinant et dépérissant avec elle, l'intellect en perçoit immédiatement les contre-coups ; il se borne à prévoir pour elle. Ses prévisions se ressentent de celte prudence machinale : elles ne dépassent pas la portée d'une providence organique. Dans un passage célèbre, Schopenhauer restitue, en termes saisissants, les données d'une telle faculté. Rattachée au cerveau dont elle fait partie intégrante et demandant aux organes des sens des informations sur le dehors, elle est selon lui comparable à un veilleur qui n'a d'autre mission que d'assurer

l'intellect, fonction du ceuveau 33

1a tranquillité d'une ville et qui, du linut de la toui' où il est placé, peut ann()ncer les dangers qui la menacent et -donner pronipteinent Talarme. Cette « sentinelle vigilante « est rintellect. Même quand il subordonne les notions abstraites d'après le principe de raison suffisante, il s'épuise en des calculs intéressés et en des prévisions pratiqiies, se bornant à s'adapter promptement aux cboses pour en tirer If meilleur parti possible. Ne cherchons donc pas en lui la moindre initiative pensante : l'attitude spéculative n'est pas son fait; la promptitude à agir la pratiquement abolie. On croirait entendre Malebranche parlant des sens et en décomposant le mécanisme pour les rattacher à la logique môme de la vie ; ou mieux Ton croirait entendre par avance un psychologue contemporain nous révélant le caractère utilitaire de la connaissance, [)romple à mettre à profit les promesses ou les menaces de la nature, et dénonçant en elle cette aptitude toute pratique qui lui permet de répondre immédiatement aux interpellations des choses par des réactions a|)propriées'. Pour Schopenhauer, déjà, Tintellect « souillé de volonté », accablé de préoccupations utilitaires, ne lait que prolonger la vie ; il est comme une sorte de processus vital cl ne réussit pas à briser le lien qui le rattache à l'égoïsme primitif; en sorte qu'ifest, pour deux raisons, éloigné de la pensée pure, d'abord parce que, jouet de la représentation, il demeure entaché du péché de la forme extérieure, et ensuite parce que, phn sensiblement que partout ailleurs, on retrouve en lui cet attachement animal à la vie qui pèse comme une fatalité originelle sur tout ce ([ui est humain.

Mais cette connaissance utilitaire lournie par 1 intellect

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