‹ Musique et inconscienceChapitre 18 sur 146 · MUSIQUE KT VOLONTÉ · texte numérisé non relu

MUSIQUE KT VOLONTÉ

(jiianlilr d'intelligence considérablcnicnt supérieure à celle (|uc nécessite le service de la volonté, cointiic la heauté est le cri de joie de la nature, (juand elle se joue librement, la sublime inutilité des forces eidin disponibles. Il est cet excé dent de notre faculté spéculative qui nous permet de percevoir réellenienl le monde et dCii susciter une image parfaitement pure et parfaitement di'sintéressée ; c'est lui rpii le saisit objectivement, au lieu de l'asservir à notre usage, <'t (|ui fait alors Tartiste, le poète et le pbllosophe '.

C'est lui aussi qui fait le musicien, car on pourrait le définir le génie s'appliquant à saisir la volonté, non dans ses apparitions objectives, dans les idées du monde, mais en elle-même. Dans la musique, plus que partout ailleurs, l'action du génie est manifestement indépendante de toute réflexion, de toute intention consciente, de tout mécanisme de concepts. Et, en même tem[)s, c'est dans la musique qu'elle va peut-être le plus loin, car elle ne s'arrête plus aux formes de l'espace, du temps et de la causalité dont les autres arts avaient encore à tenir compte. Elle se joue de la représentation ; elle nous montre l'inanité de ses formes ; elle manifeste, dans la réalité saisissante du cliant et du cri, celte essence du monde (jue la connaissance abstraite transpose dans ses notions. « Le musicien nous révèle l'essence intinle du monde; il énonce la sagesse la plus profonde dans im langage que sa raison ne comprend pas, ainsi qu'une somnambule magnéli(jue dévoile, durant son Mtmiiieil, des clioses dont elle n'a aucune notion (piand elle est éveillée -. »

Il y aurait donc trois degrés île connaissance et cnmme

a. T. II, p. I17.

trois expériences radicalement distinctes que la théorie de Schopenliauer se plaît à opposer : la connaissance par notions : la contemplation désintéressée particulière au sujet connaissant, trahissant le détachement de la pensée à l'égard de la volonté de vivre ; enfin, l'intuition appliquée à cette volonté elle-même pour la saisir dans ses révélations immédiates et dans ses réactions spontanées, c'est-à-dire dans les sentiments. On n'entendrait pas la profonde explication de Schopenhauer si l'on n'insistait préalablement sur ces contrastes et si Ion ne les ramenait à une antinomie fondamentale : celle du concept et du sentiment, de la réflexion et de la spontanéité, de la pensée qui construit un système de notions et du cœur qui croit saisir directement en lui le rythme continu de la vie universelle. Si, comme nous espérons le montrer, la musique est un art tout en profondeur, se produisant à l'opposé des formes pures el dos pures notions ; si elle est essentiellement un art instinctif, fait de rêve et d'émotion, Fart du cœur en un mot, on comprendra toute l'importance que doit prendre, pour son développement ultérieur, la réhabilitation de ces formes de pensée. Si l'on ajoute que ces dernières sont directement rattachées au principe de la volonté, on conviendra que le rêve, le sentiment et l'intuition impliqués dans toute musifjiie valent doublement en quelque sorte, par leur détachement inné à l'égard des notions abstraites, siutilitaires et si trompeuses, et par la portée de leurs révélations, qui vont bien au delà des apparences. On se fera parla une idée approchée de la signification objective de la musique et l'on comprendra maintenant le sens de ce réalisme musical dans lequel Schopenhauer la résout. Mais on le comprendrait mieux encore si l'on prenait la peine de remarquer la plTtce exceptionnelle qu'il assrgnç- à la

Page 1