I. Wagner, UecOioiin, p. 3'i. Trad. Las\igne
L IDEI-; IJU MONDE £J I
Ainsi s'expllcjuo le rang [nivllrgié que Scli<i|)enliaireiassigne à la musique : « elle nous [)arle de Tèlre, alors que les autres aris nous parlent Tlë I a|)[)arence. » (>'esl bien celle lorme spécieuse, ce culte ou ce gôùt persistant de l'apparence, qui pèse comme une fatalité inéluctable sur tous les arts. Ils ne réussissent pas, malgré tous leurs jjrestiges, à rompre celte atlarlir' à la repn'senlation. Ils impliqueronl loujoiiis je ne sais (pioi de sn|)( liiciel et de ficlil. C'est par d'incessants appels à la conscience inmiédialo (fue^ nous a\ons de noiis-iiiriiies, (|u il- donnent à Irinproduits une signilication piolofide ; sans cette inlervtMition, ils ne nous laisseraient inèuie |)as soupeonner Tètre intéiienr des choses (|ue noire couse iei^ce de nons-uiènies nous donne senie c((nnne ('tant itlentigne à notre être })r(^pre. Aussi le procédé liabiluel des arts consiste-t-il à |)rovoqner en nous une contemplation des objets tpii nous laissent Iroids et d/'smh'i-e^sés. en l'carlani ('(^-^ ('motions j)articulièrement jorles l'I |ii'-iii''lranle- (pii naissent de ce (jue les objets se mettent en rapport avec notre volonté ; et, du même coup, ces arts parviennent-ils à |)réparer ()our Tesprit un repos dans lequel notre contemplation s'abîme et notre volonté se perd. Ce pur [)laisir de Tapparencc, où notre sensibilité secom[)Iaîl. est le terme iorcé de tout art né de la contemplation et se mouvant au sein de la représentation ; et c'en est aussi la limite ou le manque, car la pensée n'y trouve pas cette réalité qu'elle chcrcbe ni celle pli'nitntle de l'existence ou du xnuloir à laquelle le monde de la représrtitation est lui-même suspendu. V.n un mol, elle ne sort pas des formaliti's et des s\nibiili-s qu'elle manie parfois a\ec une babileté >oplii>|i(pu' : elle ne nous parle pas de l'èlre. C'e^t un jeu décevant cpii la cliarme d'abord, mais qui linil par la las<cr. Eprise de réalité, prompte à
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ff l\2 LE REALISME MUSICAL
deviner, dans la contemplation des apparences, la conception de ridée que ces apparences suggèrent, la conscience, selon la ATie profonde de AA agner, devrait enfin se sentir contrainte de s'écrier avec Faust : « Quel spectacle ? Mais aussi, rien qu'un spectacle ! Oui te saisirai-je, nature infinie ? » A cet appel répond, avec une certitude absolue, la musique. Elle nous délivre comme par enchantement des impressions extérieures et des jeux de concepts auxquels notre intelligence est pliée, pour nous transporter au sein des sentiments obscurs qui s'agitent confusément au fond de nous-mèmc^. Par colh^vn^ inh-neiu^ç ([u'clle révèle et qu'elle excite, elle nous fait entrer en contact immédiat avec la nature dont nous jouissons directement sans passer par lc> intermédiaires de la connaissance extérieure, le temps, res|)aç£^et la causalité qui, momentanément, se suspendent. Le monde des sons, au milieu duquel elle nous transporte, possède une intclli,i;ibiiil(' inmiédiate : car les éléments qui le comi^osenl et qui vont du cri à la plainte, en [lassanl par les alti'-nnalioiis du cliant cl par la modulaliou iiilinimcnt tendre du désir, se trouvent être aussi les él('-ments fondamentaux des manifestations de la sensibilité bumaine et nous l'onl entrer inslanlanément en commerce avec la réalité de ^uni\l^l■^^ où imit est désir et douleur. C'est en vertu de cette intelligibilité immédiate que le son coïncide avec l'essence des ètix:s telle qu'elle se révèle à noire sensdjibteou qu'elle tend à s'y condenser. Sans avoir à recourir aux concepts, nous comprendrons immédiatement ce que nous dit un cri tic détresse, de souffrance ou de joie, et nous lui répondrons aussitôt par une altitude appropriée. C'est donc la volonté qui d'abord refoulée par les images extérieures remonte peu à peu à la surlace et se révèle subitement à nous. Désormais, devant
LE OUAMi: iMvrnsKi. V{
<.'cllc révélalinii, il no nous osl plus [tcniiiN fie nous niiiintenir [tiuini les fdtmos cl do nK'cnniiaîlro ce iiiondo de l;i réalité dont nous venons de louclicr le fond. L"ap|).'i ronce s'est dissipée ; la réalité seule reste. Le son, ininir'dialement svmpalliiquo, permet à la réalité foncière do descendre au plus pinfiiud (II' uni II' Cl m^ciiiii c, et il accuse du rnénic coup le nialonlondu dont nous étions dupes lorsque nous opposions la rc[)réscntation et la volonté, réalisant la première dans un ordre à part et morcelant la seconde dans d(>s individualités passagères. Il n"osl plus possible désormais de nier que rcsssence fondamentale du monde ne soit pas complètement identique avec nous' : et voilà cet id)îme, illusion de la représentation, aboli.
Convenons-en loulofuis. Quelle (juo soit l'indépendance <ie la musique à 1 égard des autres arts, il y a dans le drame ou la tragédie un élément qui les rapproche singulièrement '/// momie ferme (II) se meiil le miisielen. Ce rapprochement n"a pas échappi' à W agner quand il fail la théorie du drame musical, cl Ion peut dire que la théorie de Schopcnhauer est au principe de la combinaison ou de la synthèse de ces deux arts. La tragédie, œuvre suprême du génie poétique, a poui- bul de nous montrer |(> ci'ité terrible <le la vie, les angoisses de l'humanité, le pouvoir ironique du hasani, Téchec forcé de la justice ot do la bonté". Deuiandor à la Iragétlie qu\dlo se conforme à la justice, telle que la réalise dans la |)rali(pit> uu plat o[)timismc, c'est méconnaiiro onlièrouH-u! rt^ssonce Iragiquedu moudoqu'ollo prélond retrouver. La tragédie a déjà, elle aussi, une signilicalion mélaphvsique. Elle [ilaco sous nos vimix lo conllil