‹ Musique et inconscienceChapitre 25 sur 146 · I. T. II. p. !rSi · texte numérisé non relu

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MUSIQUE ET NATIKE 4o

\(rlii cl polie la l<'li<il(', on voit ncitcmcnl Icdcsscin de Scliopcnliaucr : cet ail nest ni un jeu tlécevanl, ni une forme tlu lève, ni un produit de la fantaisie ; il repose nu plus profond de la naiurcdes choses et de riioinmo.

Si Ton examine en détail rcnsciuhle des voix rpii com- [)osent riiarmonic, on reconnaîtra dans les [)lus graves, dans la basse fondamentale « les échelons inférieurs de Tobjeclivalit)n de la volonté » savoir, la nature inorganique, la masse des planètes. iLes sons supérieurs, plus mobiles et [)his fugitifs, naissent des vibrations concomitantes du son fondamental à peu près comme le corps et les organismes naissent par dévelop[)ement graduel de la masse planétaire q»ii est à la fois leur porteur et leur origine^ La basse fondamentale est donc pour Iharmonie ce qu'est pour le monde la nature inorganique, toute proche de la (iitalité, soumise aux lois de Tinertie et de la pesanteur. Aussi sa marche est-elle lente et lourde : elle ne monte ou ne descend que péniblement, par grands intervalles. Entre ce représentant de la matière brute et la partie d'en haut, (pii conduit le chant et exécute la mélodie, on peut retrouver l'analogue des réalisations graduelles de la volonté. L(>s voix les [)lus rapprochées de la basse correspondent aux degrés inléricins do la nature, aux corps inorgaiii([ii('> qui ont déjà ce[)endant un coumiencemenl d'individualité. Li> notes plus élevées reinésentent le monde v(-g('-tal et apiinplct celles qui luaiclient parallèlement à ce dernier, ont un mouvement plus rapide, mais sans suite mélodique bien précise et sans signification indépendante. Cette absence d'enchaînement régulier et de mobilité essentielle, celte suspension du devenir, de la continuité, trouve son analogue dans les êtres inférieurs à l'honnne. .\uiiin de ces êtres n'a une conscience continue qui puisse ilégager la si- Bazaim.as. i

gnificalion profonde de sa vie ; aucun n'a d'histoire ; aucun ne parcourt une série de développements intellectuels : chacun reste semhlahle à lui-même, figé dans le type invariable que son espèce lui impose. Les intervalles réguliers de la gamme sont parallèles à la série graduelle des espèces n xes darTs Ta nature. Lesdcrog^ions aux proportions ari tl i métiques qui les c<»nslituent sont analogues aux déviations du lv[>c de Tespèce dans l'indnrrfïïT^rTlescnssonïïnces com- )>lètes peuvent être couqiarées aux altérations des genres naturels et aux mélanges auxquels parfois ils donnent lieu. Poursuivons Tanalogie : c'est une loi fondamentale en harmonie que la basse doit être beaucoup plus éloignée des trois voix supérieures (ténor, alto, soprano) que celles-ci ne s'écartent entre elles '. De là FelTet ample et puissant de l'harmonie large où la basse reste éloignée. Cette règle, qui n'est nullement arbitraire puisqu'elle a sa raison d'être dans l'origine naturelle du système musical, nous offre aussi l'analogue de cette propriété fondamentale delà nature en vertu de laquelle les êtres organisés sont infiniment plus voisins les uns des autres que de la masse inorganique qui leur sert de support et à laquelle ils demeurent tous attachés. Ajoutez à cela une dernière correspondance : la partie supérieure, qui conduit le chant, est en rap[)orl direct avec

la'nassc la ])lus prolonde, comme la j)arti(' consciente de l'uni\er>. cdlr (jiii 7cpanouii dans 1 lioniiTu'. roprésenle aussi et porte en elle à son origine les idées de la pesanteur et des propriétés physiques, c'est-à-dire les degrés les plus bas de Tobjectivation de la volonté. D'ailleurs dans

I. «Elle ne peut s'en rapproclicr que dune octave, mais le plus souvent elle reste bien au-dessous, ce qui rejette alors l'accord parfait de trois sons dans la troisième octave, à partir de la fondamentale », 076-11.

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l'i-lc-incnl iiicl(j(liqiic qui fail, venons-nous de voir, [),'ulic iiilégrantc do l'harmonie, comme la conscience fait j)artie intégrante de l'univers, nous reirouvons l'expression immédiate d'une histoire qui se sait et d'uce pensée qui se pense. La niéludio correspond au degré d'ohjertivnlion le phis élevi- (le 1,1 voldiiU-, l;i \ic el l'.i-^piratidn r('l]('i liic de 1 liiiiiinic. \ii'si présonlt^-l-rllc Iriiilmiriciiienl cl la i('l'iiI;i rilé d'un enscndjlc où tout se compose et s'équilihre : i-llr cs| conliinn' coiiinie le j^j^strme de la vie iiitérirujc ; cllf nous ollVc. à l'imaiic de ci'llc \ic. une siiili' conscicnlc et iimilcr roiiipiic, ii'iii[ili(' de sens d d'iulciilions. Kn un mol elle correspond à ce point, unique dans rexislence universelle, où le principe de cette existence se condense et s'exalte dans la conscience de l'homme comme en un fover moral intense, et où, ayant pénétré par degré la loi de ses destinées, il résume son histoire. 1 histoire de ses douleurs, de ses a.spirations vaines, pour en extraire et en éterniser le sens. En un moi, elle est tout ensemble riche cl continue comme la vie. méditative comme la pensée. \ous verrons un peu plus laid ce qu'est au juste la mélodie pour .Schopcnhaucr el quel est le contenu émolif fju'tlle recouvre, ^lous verrons en un mot le seiilimeni surgir des lirofondeurs de la conscience en même temps que sa tradiulion musicale et ne l'aire qu'un avec elle. Bref, lilliriue sonore se confond, au début, avec im des ihéincles plus profonds de notre sensibilité. Il signale une attitude sul)jecli\e de la conscience; il fait retour à mi mouvement pathétique de notre àme. Mais pour le nu» nirnl nous ne voulons que situer la mélodie dans le niond»* (lu son, c'est-à-dire dans l'image de l'univers que la uuisicpie ne cesse de faire jaillir en nous des [)rofondeurs de la sensibilité. C'est elle qui conduit le chant, qui dégage.

02 SIGNiriCATION OBJECTIVE DE LA MUSIQUE

en une lormule infiniment lumineuse et mobile, la signification de l'ensemble. Elle progresse librement, tandis que les autres parties sont discontinues. Elle parait les emporter après elle dans son mouvement total : elle prêle une pensée et une conscience à cette « végétation » de sentiments qui, semblables au règne des plantes, aspirent vainement à la vie consciente : grâce à elle, ils y parviennent ; elle nous permet de donner un terme à leurs multiples efforts, une forme à leur rêve intérieur. La mélodie réalise donc la symphonie, •conTjxi.&-^a réflexion aclièvc la conscience, comme l;T|)('nséc claire s'ajonteji la lUMisée confuse et la

parole au ijalbutiement. Mais elle fait plus que de réaliser les virtualités musicales répandues dans la svmplionie; à l'instar de celte pensée infatigable qui, dans le monde, prend conscience des forces inférieures, elle signale à sa manière le degré le plus élevé d'objectivation de la volonté, qu'elle saisit dans la pensée même de l'iiomme considéré comme le centre vibrant et douloureux de l'univers. Elle représente donc, dans la musique, l'élément conscient et anthropomorphique. Pour tout dire, elle symbolise le règne humain. Mais elle ne se tiendra pas à l'expression superficielle de la volonté considérée dans celle de ses manifestation qui constituent la conduite humaine '. Elle en louchera le fond. Elle racontera son histoire la plus cachée. Elle peindra chaque agitation, chaque essor, chaque mouvement du vouloir. Elle nous laissera percevoir les courants les plus profonds et les plus indeslrucliblcs de la conscience. Elle en suscitera, elle en gouvernera les attitudes à son gré. Elle scandera les mouvements de ràmc. El par là se termine l'image complète du monde, doiméc [>ar la musique

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