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LE >n riii: misical et l emmucssion de i.\ .ioie o
candide do la mélodie humaine » ', devient un chant haletant, saccade, «ans grâce, sans jKjhlesse. une course vertigineuse à la liherlé. Kt relli'l jinxliiit n est ni le recueillenienl. ni l'enthousiasme, mais Tagitation purement phvsitjue qu'une marche hrillante et, conune (»n dit, cnlevce, pourrait aussi bien nous donner. Convenons donc d'une signification psychologi(pie définie pour ce morceau célèbre. Hesliluons lui le sens de haute allégresse dans lequel il convient de rentendre. et lendous-lui la noblesse et la sérénité perdues.
Cette restitution est d'autant plus nécessaire rpie toute Tcruvre de I>eelho\en est orientée dans ce sens. Si elle dédaigne la gaieté, le jeu* superficiel des formes, elle comprend, elle l'ait comprendre ce qu'il y a de profond dans la joie; elle l'exprime et l'épuisé; elle la suit depuis ses origines Imaginatives et sensibles jusqu'en son épanouissement spirituel, depuis le moment où elle est une attitude câline et riante de l'àmc, jusqu'à l'instant suprême où elle devient enthousiasme, jubilation, lyrisme intérieur. Ce point est hors de doute. Mais mettons les choses au pis; donnons gain de cause aux partisans de l'opinion que nous venons d'écarter. Même en chantant la liberté, Beethoven l'eut entendue tout autrement. L'esprit germanique, qui est en lui, ne conçoit pas cette liherlé à la fran- (;aise; la vraie liherlé C(»rres[»ond i(i au [ilu^ haut degré d'autonomie ou d'indépendance intérieure. Naturellement pénétré de spino/isme, plus encore c[ue des tendances politiques et humanitaires de son siècle. Heelhovon eût vn dans celle liherlé ral1Van(hi>s(iii(Mil des passions, et son chant eût été sensiblement le même, car il cùl célébré la lin de l'escla-
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vage inlérieur et linitialion à la vraie vie, la vie de Tesprit: si bien qu'il eut encore retrouvé la joie de Tàme confinant, à ces hauteuis, à la liberté essentielle qu'elle consacre et glorifie.
Mais d'ailleurs, oi!i prend-on que Beethoven fasse ordinairement état des émotions qui déterminent ses prédilections politiques ou qui inspirent son action? Il semble qu'il y ait en lui une solution de continuité entre la pratique et la pensée. Il a pu ressentir l'amour, par exemple, le patriotisme ; mais ces sentiments ne se prolongent pas en mélodie. Ils restent dans le cercle restreint des préférences ou des répulsions pratiques; ou, s'ils se survivent dans sa pensée, c'est au priv d'une transformation complète oij ils ont perdu leur caractère individuel pour revêtir une forme sereine et universelle : si bien que ce n'est pas une autobiographie qu'il faut y chercher, mais comme le symbole éternel de l'esprit de Ihommc, l'écho infiniment discret de la plainte ou de la joie humaines. Pour comprendre la musique de Beethoven, ne remontons pas à ses origines sensibles, puisque cette musique est justement un eiTort pour rompre tonte attache à la vulgarité de ces origines '.
En nul musicien peut-être, et en nul artiste, on ne vit pareille disproportion entre le tempérament et le génie, les brusqueries du caractère et la sublimité de l'inspiration. Les formes agiles (juc l'imagination souriante de Haydn fait surgir de toutes parts dans l'Ame expriment sa nature, comme le cantahilc sentimental de Mozart traduit la grâce et la finesse de l'esprit. Chopin écrit avec ses nerfs. Schuniann fait de sa vie la matière de son rêve, et de ce rêve
i.\oir,àrc propos, la licUc l'Iudr de M. IJomaiii lî.ilhiiicl sur Bcolhovon.
i.i; Mviiir: misicvl i;t l eih kmion ue la sensibiliti; 7
ennobli, laliinfiil de son génie. Ln longue dun nalnrcj cniporlé, inquiet, romantique et pesslnnistc ù la fois, apparaît clairement an lond de l'œuvre de Wagner; et c'est toute une vie de recueillement et d'adoration que les médilalions musicales de Bach nous l'ont deviner. Chez tous ces artistes, l'inspiration vient rejoindre la personne; le génie est un prolongement de la vie. l']n Beethoven, nous ne découvrons rien de tel. Sa rudesse et sa misanthropie hien connues contrastent profondément avec la hauteur et la sérénité de sa musique. On dirait qu'elle est une revanche de l'artiste sur l'homme. Toute ligne de communication est rompue, ici, entre les préoccupations qui accablent la sensibilité, et les ap[)arltions qui \isitent et enchantent la pensée. Le rêve, on le sait, ne prolonge pas tovijours la veille: fjue de fois il nous en console! C'est justement pour Beethoven le rôle dc'-Nolu à la musique. Aussi, dédaigneux de tout ce qui serait local, en quelque sorte, et personnel, s'(^st-il complu ilans son rêve intérieur, non seulement [)our l'ennoblir, mais encore pour le sublimer el en faire le Symbole éternel de cet autre monde que l'intuition religieuse découvre el où, dans les profondeurs de l'amour, tout est lumière, beauté, harmonie. Celte u sublimation » des matériau.\ emi)runtés à la vie aussi intense (|u'tin la supiiK^e, celle transposition du chant iiilimi> dans les formes épurées de la mélodie, ce passage de rindiviilualilé. toujours restreinte par quelque endroit en raison de la malérialiti' (jui s'\ miM»-. à l'esprit qui prend enliu cmi-^cieni'e île la libellé iiiliiiie de xm rêve : voilà ce di>iii la uMi-i(|ue (le l>eelho\en nous donne l'c^vemple accom[)li. l!ll(> ne iiaîl jias des sens, mais de la peMsé(\ elle ne plonge pas simplement ses racines dans le caractère et dan> la \ie. elb'esl l'épanouissement ilun rêve qui délivre
^ IMRODLCTION
justement du caractère et qui console de la vie. Si elle s'adresse à des sentiments éprouvés et, comme on aime à dire, vécus, notez que c'est aux moins matériels et aux moins réalisables : la joie, la liberté, Tamour intellectuel de Dieu, le sens de rhéroïsme et de la gloire. Et encore, quand elle leur fait appel, prend-elle soin d'atténuer ce qui serait en eux trop vivace, la promptitude à l'action, pour ne retenir que l'aptitude au rêve, comme si elle voulait les débarrasser eux aussi de la tâche originelle,, de cet amour encore trop animal de la vie qui pèse comme une fatalité sur tout ce qui est humain.
Aussi, tandis cjue la poésie et la musique, même chez les plus grands, dans Berlioz, dans Chopin, se ressentent visiblement de l'action et se colorent trop crûment des nuances du caractère, en sorte qu'elles nous font simplement changer de souci sans nous alléger du poids de la réalité^ la musique de Beethoven marque la prédominance, elle assure le retour de ces forces de désintéressement et de sympathie, d'adoration et de joie, par lesquelles nous réussissons à être et à valoir quelque chose ; tout le reste s'évanouit comme un songe qui nous a trop longtemps obsédés, et dont l'importunité, enfm reconnue, n'a d'égale qu& l'inanité. En même temps apparaît notre être véritable, jusque-là refoulé et méconnu. En sorte que nous sommes doublement reconnaissants à Tartiste, et de ce qu'il a fait fondre les puissances rebelles du moi qui introduisaient partout la rigidité et la résistance, et de ce qu'ils nous a tendus enfin à nous-mêmes, en nous invitant à nous trouver là où nous sommes vraiment, mais où nous ne songions pas ànous cliercher, dans le cœur et dans la pensée, qui constituent notre essence.
Ce goût d'idéahté, ce détachement absolu à l'égard du
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réel et do ce qui le raj)[)ellcrait Irrip brulaleuieiil, c\[)li(jiio la prédilection de Beetlioven pour la musique inslrumenlalc et le peu d'inléuM rjuil accorde à la parole, trop visiblement entachée d'égoïsme et de médiocrité, car il cherche la pensée et le sentiment bien au delà des limites de l'expression que le langage a su leur donner. Mais voici, par suite, un inh'ressant problème, et c'est revenir à notre sujet que de le poser : comment comprendre ce retour imprévu au langage devant son impuissance constatée!* Cette intervention des paroles, ce saut bnisfjue de la musique instrumentale dans la musique vocale doit correspondre à une nécessité suprême analogue à celle (Wagner Ta profondément compris) qui provoque le cri d'angoisse de l'homme lorsqu'il s'éveille soudain d'un profond sommeil, après un rêve oppressant'. Pour ma part, je n'hésiterai pas à Y voir relTcl dune sollicitation toute-puissante adressée par la mélodie, qui se fait de plus en plus insinuante, à la parole qui, trop consciente jusque-là de ses limites, demeurait hors du cercle enchanté, mais qui se laisse à la fin gagner par I appel. « Je ne vcuv plus être étrangère à l'harmonie, malgré mes défaillances et mes bornes, et je m'y mêle », voilà ce que semble dire la parole articulée en face du tourbillon musical qui la gagne insensiblement, et qui finit [)ar l'emporter dans son cercle de gravitation. Ce ne sot)t pas les pensées e\[uin)ées jtar les paroles (jui dès lors nous occupent, mais, comme le remarque si profondément Wagner, c'est la mélodie intime du chonir auquel nous nous sentons nous-mêmes portés à mêler nos voix, « pour partiiiper au service divin idéal, comme cela arrivait dans los Passions do Si-basticn