I. T. II
l/.Vin DE LA SENSIBH.HK 8q
intérieure pour susciter en nous les réactions triviales, les contre-coups de la vie physique et renouer, par delà les l'acultcs contemplatives du rêve, nos attaches à Taninialité de notre première origine. Ln tel excès n'est {)as à craindre, car, dans la théorie de Schopenhaucr, la musique ne sera pas une « tranche de vie », fût-ce de « vie intérieure >', mais elle restera toujours im art, c'est-à-dire une œuvre délicate d'ohjectivité et de contemplation. C'est dire que Schopcnhauer 0[)[)ose uetlement la condition réelle de la volonté et son usage esthétique. Dans sa condition réelle. la volonté est elhvmème agitée et inquiète, ce n'est plus à des sons et à des rapports nunu'iifjues que nous avons alTaire : nos émotions nous sont inqiosécs ; elles ne nous sont pas suggérées ; elles proviennent d'une réalité -qui agit irrésistiblement sur nous, non d'une pensée qui rêve et qui uK'dite. ( )r l'art demande poui- se produire l'intervention du second élément ; il ne va pas sans ce détachement progressif à l'égard de la matérialité et de l'action : il impli(pie le passage de la volonté à la représentation. I)ira-t-on que la uiusicpu^ l'ait (>\ce[)lioii j>ui-;(prelle est, à lencontre des autres arts, toute « maculée de volonté », puisqu'elle se rattache immédiatement aux fonctions de joie et de peine dont notre sensibilité est le lieu, puisqu'enlin elle déchaîne ces puissances profondes d'émotion que la vie ne sait pas toucher;' lîref, les dilTércnls arts se produisaient dans la contcnq)lalion pure en brisant nos attaches à la sensibilité; la nmsifpie renouerait au contraire ces attaches : elle serait véritablement un mi 'le lu sensibilité ; elle manifesterait l(> moi (''inolir en lui-mèuje, ilans ses angoisses cl tlans ses espoirs, dans ses cauchemars, dans ses obsessions, dans ses épouvantes, en un mot, dans sa double altitude d'exaltation et de dépression. En d'autres termes.
f)0 SIGNIFICATION PSYCHOLOGIQUE DE LA MUSIQUE
à l'art les joies de la pensée pure et de la connaissance alfranchie du service de la volonté ; à la musique la volonté, cest-à-dire la réalité avec ses terreurs et ses misères sans nombre. — A cette question que son esthétique nous met en droit de poser, Schopenhauer répond nettement : la musique a sans doute pour objet les agitations de la volonté, mais transportées préalablement dans le domaine de la pure représentation qui est le théâtre exclusif de toute production artistique^. Comme les autres arts, elle demande donc que la volonté reste hors de jeu et que nous nous érigions en sujets purement connaissants. Aussi la musique vraiment esthétique n'excite-t-elle pas les affections de la volonté, c'est-à-dire la douleur ou le bien-être affectifs, mais seulement ce qui les remplace ou ce qui en suggère discrètement ridée. Elle recourt à des combinaisons qui agréent à notre entendement pour nous présenter l'image de la volonté satisfaite, comme elle demande à des combinaisons (jui le contrarient plus ou moins de nous donner l'image de la douleur à ses différents degrés. Il v a toujours entre la réalité et la musique cette imaije contemplée qui sert d'intermédiaire. Nous ne jouons pas directement avec les données, même idéales, de la sensibilité. Les agitations de la volonté sont traitées esthétiquement. Elles perdent de leur brutalité et de leur vigueur animales. Elles se convertissent en idées et s'épanouissent en rêves ; elles s'adressent à mie pensée méditai ive qui les recueille el les combine librement. C'est pourquoi la musique ne nous fait jamais souffrir réellement, mais reste encore un plaisiidans ses accords les plus douloureux : nous écoutons toujours avec bonheur les mélodies, même les plus tristes,