‹ Musique et inconscienceChapitre 54 sur 146 · I. Ibii}., |). 'i to · texte numérisé non relu

I. Ibii}., |). 'i to

ciircUe nous fait pénétrer et, bien loin de nous disperser au dehors, c'est au dedans qu'elle nous ramène. Mais celte disposition intérieure qui est inhérente à sa nature nous permettra aussitôt de comprendre une de ses plus étranges apj-li cations. Quand elle sera donnée en connexion avec un événement ou une circonstance extérieure, c'est aussi àpénénétrer dans leur essence intime qu'elle tendra ; elle se transportera insensiblement à l'intérieur et comme au centre do cet événement ou de cet acte, et elle nous y introduira à sa suite. Installée au cœur même des êtres, dans le principe de leur unité et de leur vie, elle en suscitera du dedans, celte fois-ci, limage simplifiée; elle semblera donc en restituer la vérité interne souvent déformée dans leur réfraction à travers les centres perceptifs. Brusquement elle nous en dévoile la signification cachée ; sans le secours du langage, elle nous en donne le commentaire le plus exact et le plus clair. Même quand elle provoque cette image instantanée du monde, la musique ne se fait point extérieure ni représentative ; elle suit la marche opposée à celle de la perception : elle nous parle toujours de la volonté dont nous saisissons en nous les contre-coups pénibles ou joyeux ; elle s'applique encore à ces mouvements de la spontanéité qui forment la substance des événements et l'àme invisible des actes. Même objective, elle n'éprouve jamais le besoin de devenir [)iltoresque ou descriptive.

A eut on saisir directement le sens de ce symbolisme et le voir en quelque sorte à l'œuvre dans une expérience musicale réfléchie? ^ eut on surtout comprendre sa portée m /f' ricurc el la manière donl il nous révèle ce ([uc notre allcnlion^ distraite par la vue et trompée par l'usage des mois, n'avait j)u remarquer? Un exemple analysé par ^^ agnor nous le montrera. « Dans une nuit d'insomnie à Venise, je

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me mis ;m balcon de ma fenèlre autlesMis du (iiaïul Canal, Comme nn ivve profond, la ville lantasliqne des lagunes s'étendait dans Tondjre ilcvani moi. Du >ilenc(' le plus absolu s'éleva ra|)pel plaintif et rau(jue d'un gondolier qui venait de s'éveiller sur sa barque ; il appela plusieurs fois jusqu'à ce que, de bien loin, le même lent a[)pel lui répondit le long du canal nocturne: je reconnus la vieille phrase mélodique douloureuse sur laquelle le Tasse avait écrit les vers connus, phrase vieille de siècles et certainement antérieure aux canaux de A enise et à sa population. Après des pauses solennelles, ce dialogue aux sonorités lointaines s'anima enfin el parut se f(Muhc dans un unisson, puis, auprès comme au loin, le sommeil ayant repris son empire, les sons s'éteignirent. Que pouvait me dire d'elle, à la lumière du soleil, la Venise fourmillante et bigarrée, que ce rêve nocturne et sonore n'eût porté avec infiiiiinrnl [)lus d'intensité aux régions profondes de ma conscience' !' »

Cette vérification en fait foi : loin de déserter le monde de la contemplation pour se répanch'e parmi les formes, c'est [)ar cette vie intérieure que la musique entre en contact immédiat avec la nature et qu'elle nous en révèle le fond ; à mesure qu'elle devient plus intime, qu'elle se détache des lois de la connaissance extérieure, temps, espace et causalité, elle retrouve aussi les éléments profonds et ignorés d'états qui ne valent plus })ar la matérialité de leur forme, mais par la qualité de leur vie. Cette vie, qui est leur essence ménie, elle la saisit sans elTort parvenue en riioiume à la conscience, épanouie dans le désir ou l'angoisse, ilans la sensation pure ou la |)ui(' émotion. l'^lic suscite ai^^i du sein de nousmêmes, par riiiternK'diaire du cri el du chant", une image

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