I . \\ agiicr, licclliovcn, p. ao
a. Ibiil., p. 28.
interne des réalités objectives saisies, cette fois, au principe de leur intériorité et comme au vif de leur être. Et, comme si sa portée expressive dépassait de l'infini les limites de la sensibilité où elle paraît se renfermer', elle nous donne une image du monde : elle nous le montre déchu ou radieux, dans son mélange d'angoisse et d'espoir. Si elle est si profondément émouvante, c'est qu'elle résonne en nous comme l'écho de la plainte universelle.
Cet effet de la musique, qui surélève le ton de la vie et qui accroit par cela seul la puissance d'information de l'entendement même, sera facile à comprendre si l'on tente un rapprochement avec une remarque de Schopênhauer. Il admet que l'élément secondaire, l'intellect, établit, grâce à la clarté de la conscience et à la précision des connaissances qui dépendent de lui, une différence fondamentale dans la manière dètre d'un individu. Plus la conscience s'élève, en effet, et plus les pensées sont claires et coordonnées, plus les intuitions sont nettes, plus intimes sont les mouvements delà sensibilité. Par là tout gagne en profondeur, l'émotion, la mélancolie, la joie, la douleur. « Les esprits ordinaires ne sont pas même capables d'un vrai mouvement de joie; ils passeni loiii' vie dans une espèce d'hébétement. C'est que leur conscience ne présente, dans une maigre image du monde extérieur, que leur propre existence avec les motifs (ju'il est nécessaire d'appréhender pour la maintenir. Au contraire, une conscience large et excitée est
I. « Alors que clioz l'arlisle de la forme la volonté inriividuello est réduite au silence par la pure contcm|ilalion, cite s'éveille chez le musicien comme volonté universelle et, comme telle, au-dessus de toute contemplation se reconnaît comme proprement consciente de soi. » « La volonté se sent une au-dessus de toutes les limites de l'individualité, car par l'ouïe, la porte est ouverte par oi!i le monde pénètre eu elle, comme elle en lui. » Ibid, p. s6.
MUSIQUE ET INTERIOMITi: I I .3
comme une chambre obscure clans laquelle se projcllc ri mage complète et inaltérée du monde. » Le microcosme qu'elle porte avec elle se prend insensiblement à agir et à vivre; il tend à se projeter hors d'elle. Grâce à Texallalion musicale, le champ de notre conscience gagne en portée et on vigueur : c'est bien une image concrète du monde qu'elle suscite de son propre fond et cjui s'y met en relief.
Qu'une telle conception transforme complètement l'art musical en retrouvant sous les éléments de son langage les données de la conscience, c'est une conséquence qu'il est à peine besoin d'indiquer. D'ailleurs sur ce point essentiel la pensée de Schopenhaucr n'a jamais varié. Le langage musical a une valeur par lui-même : il lui suffît de traduire directement la sensibilité pour acquérir sa force expressive. Les intermédiaires sont rendus inutiles entre les émotions et les différentes articulations de ce langage : de lui-même, il suscite les combinaisons émotives les plus variées, les expériences sentimentales les plus riches, et il s^y épanouit. Il n'a qu'un but : le bien-être ou le malaise de la volonté qu'il exprime en les suggérant. Tout élément extérieur — concept, décor, livret — ne fait que détourner ce symbolisme de sa véritable fin, qui estde parler au cœur. Les constructions harmoniques de l'orchestre, les ensembles rythmiques des airs de danse, en nous détournant de la spiritualité ou du caractère intérieur de cet art « très pur et très saint », lui enlèvent sa valeur : car ils nous empêchent de percevoir sous l'entassement des moyens la voix profonde de la sensibilité qui chante seule dans la mélodie". Quant à l'applicpierà un but dilTércnt et à l'utiliser,