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La théorie de Scliopcnliauor nous sciviia du moins à raiactériscr la véiilable inspiration et comme le génie do la musique. L'ordonnance architectoniqne des rythmes. la sNiiiélilc extéiicuie (|nc le déruMlcinrnl des images motrices lenti à y maintenir sont encore autant darti lices de la ie[)rés('ntation, autant d'essais pour ramener la musique à des données exlensives ou quantitatives. Hien l<nn de nous déli\rcr du fantôme tie l'espace et d(.' nous arracher à ce que \\ agner appelle, en un mol que neùl pas désavoué Schopenhauer, le péché de la forme exté rieure, cette musique dégénérée s'appli(jue uniquement à des dispositions symélri(jues et renonce pour un attrait extérieur à sa vocation vérital)lc. (|ui est de nous révéler resscnce des choses, de nous en rendre la vision et comme le contact spirituel, de nous les l'aire saisir non du dehors, mais du dedans, au principe même de leur intériorité. Hrel. elle ne nous fait ni penser ni rêver, et elle se montre inlîdèle à sa mission. Selon la profonde formule de larl musical énoncée par Schopenhauer, la musique doit lomprc avec la représentation, c'est-à-dire avec les formes (lu leuqis, de l'espace et d(> la causalité, avec tout mécani^mi' de concepts, pour se re[)lacer dans la vie instinctive de l'énu»lion et de la subjectivité. Au témoignage de ANagner. qui est ici doublement compétent, ce passage du dehois au dedans, des artifices île la rej)résenlation à la realile essenlielle des ètrcs serait susceptible dune xérilicalion immédiale. lieclhoven. selon lui, aurait tiré la umsique d'un altaiss(Muent prolond en la déliviaul de l'arlilicieii^e i-oiru|)-
lion qui parlout ailleurs la ramenait aux attraits de la forme extérieure ou à Futilité de l'action. Mais « du fait qu"il releva la musique, rabaissée à un simple art d'agrément, à la hauteur de sa mission sublime, en partant de son essence même, il nous a ouvert la compréhension d\m art par lequel le monde s'explique aussi clairement à toute conscience que pourrait le faire, pour tout penseur familier avec la spéculation, la philosophie la plus profonde'. » Faisons retour à Schopenhauer et appliquons-lui aussitôt le bénéfice de cette vérification décisive : le progrès etTépanouissement de la musique sont assurés lorsqu'un profond artiste l'engage dans le sens de l'intériorité, de l'essence, ou de la « volonté », en la délivrant du péché delà forme extérieure ou de la « représentation ». Expliquons-nous en termes plus clairs encore : des deux directions entre lesquelles la musique moderne paraissait devoir longtemps hésiter, Tune qui la tournait vers la danse et vers les constructions rythmiques, l'autre qui l'orientait vers la pensée pure, l'émotion et le sentiment, elle a choisi la dernière et s'est avancée résolument, dédaigneuse des formalités extérieures, dans le monde de la plus intime conscience ; elle s'est enfoncée de plus en plus dans son rêve intérieur, cl elle lui a donné une forme.
Or c'est bien dans ce monde que Beethoven nous donne accès.. \près avoir reçu des Italiens la musique avec quelquesxmes de ses formes, il introduit dans ces formes ce qu'il y avait do plus intime en lui". Il déserte pour cela im art inférieur qui se perd dans la représentation superficielle du monde ou qui aspire au privilège de médiocres divertissements :
t. Declhovrii. p. 47.
2. Ce n'esl plus, comme la mélodie artificielle, « un fantôme de son, étonnamment vide, au service exclusif de la mode )>, p. 71.
« Ces fiivolilcs étaient écrites pour rornemenl dos lètes, des tables royales et pour ramusemcnl de la haute société, et le virtuose plaçait son adresse devant son œuvre, et non derrière, comme la liiiiiiéro pour l'écran. » C'est cette image superficielle que Beethoven replace insensiblement entre le monde des apparences, oîi elle se mouvait jusque-là exclusivement, et l'intériorité profonde des êtres, où elle va s'enfoncer de plus on [)lus. Aussi la voyons nous s'animer merveilleusement et évoquer devant nous un monde nouveau « dont le plus grand chef-d'œuvre de Raphaël ne peut nous donner le pressentiment ». Qu'on essaie de caractériser l'impression immédiatement ressentie et d'analyser le contenu de cette nouvelle expérience, on y retrouvera, comme en une vérification inattendue, tous les traits que Schopenhauer avait notés dans sa peinture du sentiment musical : nous éprouvons « une animation spirituelle, une activité tantôt légère, tantôt elTrayaiile, une vibration fébrile, une joie, une aspiration, une inquiétude, une douleur, un ravissement qui ne paraissent venir (pie du plus profond de notre être' ». Car, chose singulière 1 il nesl pas d'accident technique par lequel I artiste, pour so rendre intelligible, se place en un rapport conventionnel avec le monde extérieur, qui ne reprenne aussitôt un sens spirituel cl f[ui n'acquière la plus haute signilication comme é[)anchemenl inuiiéiliat de son émotion itilériiMue. « H n'y a plusdegarniture.il nva plus de voilo à la mélodie, mais tout (IimIimiI mélodie, toute voix de raccouqtagnemenl, toute note rythmique et même les pauses ■'. » Mais n'oublions pas que cette mélodie, qui envahit la musique et qui l'emporte dans un cercle denchantement. va rejoindre la mélodie ininternMupue de la con-