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dépasse la portée des conceptions esthétiques, quelles (ju'elles soient, pour laire retour à la vie profonde de rame : il n'est que cette vie prenant conscience d'elle en se jouant des obstacles qui s'y opposaient jusque-là ; ou encore, il se confond avec cette vie parvenue à un degré extrême de tension et d'intensité. Wagner en convient : le charme magique, l'enchantement c[ue nous cause une œuvre de Beethoven, par exemple, laissent percevoir par delà les désignations métaphoriques des mots une singulière attitude de la conscience : c'est — rappelons à dessein les termes dont ils se sert — une agitation de pensées, une animation spirituelle, une activité tantôt légère, tantôt effrayante, une vibration fébrile, une joie, une aspiration, une inquiétude, une douleur, un ravissement qui ne peuvent venir que du plus profond de notre être. Ne considérons plus les moyens techniques employés pour l'exposition des formes musicales: ce ne sont là que des intermédiaires qui établissent un rapport conventionnel avec le monde extérieur, comme le rythme est un intermédiaire forcé entre les mouvements de la conscience et les divisions du temps ; il reste que ces formes elles-mêmes n'acquièrent leur sens définitif que si on les saisit comme l'expression immédiate de l'émotion intérieure. Ici, dans la musique [)uro, il n'y a plus simplement de cadre ou de dessein mélodicjuc : tout devient mélodie, « toute voix de l'accompagnement, toute note rythmique et jusqu'aux pauses », parce que toute expression suscite le rythme de la conscience tour à tour exaltée et apaisée.
De son côlj!*, que prétend Schopenhauer !' Il prétend lui aussi, comme le dit A\'agner, qiie « la musique nous parle niii(|urment en éveillant en nous avec la plus grande netteté et (hui^ Vf -s nuances les plus diverses, l'idée la plus univcr-
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-('Ile du sciiliincnt, obscur on lui-uiènic'. » Elle est donc une révélation du monde inlérieur, (jui passe le plus souvent inaperçue de chacun de nous. V cet égard, on verrait s'élal)lir une coïncidence, non entre la musique et l'essence objective des êtres, mais plus simplement entre le monde des sons cl le mond(.' mobile de nos sentiments. Cette tendance du son à déterminer spontanément tlos « Iijuiik «niques » spirituelles, ce qu'on poiurail encore appeler celle sympatbie nalurellc du monde des sons pour le monde de la vie intérieure, tient à la constitution même du langage musical qui va du cri d'effroi jusqu'aux harmonies les plus douces, de la plainte cl du mvu'mure jusqu'au cliant cntliousiasle el triomphal. La conscience éveillée, tournée vers le monde extérieur, s'exprimera dans le symbolisme visuel et dans le symbolisme tactile qui la traduiront clairement en ce qu'elle a de communicable et dutilisable ; car elle va chercher d'instinct les signes de la représentation visuelle. Mais, au contraire, la conscience saisie sous sa seconde face, tournée vers l'intérieur, deviendra saris force pour la représentation spatiale et demandera au son el aux nuaiues du son de lui révéler les sentiments qui s'agitent en nous pour en restituer le rythme. La musique, avec ses formes agiles et souples, st)n monde d'esprits ailés et vivants, la suite mélodique, la variété de ses accents, y parviendra comme en un jeu supérieur (pii nous charme et qui nous console. Les éléments de la représenlalion extérieure sont donc rejetés, ou si le monde des sons les attire à lui, c'est pour tourner vers l'intérieur la connaissance sensible et nous ramener à la contemplation de nos sentiment- saisis dans leur jHireté originelle.