CONSTITUTION DYNAMIQUE DES SENTIMENTS
.ipp.'iraît donc comme celle d'un système mohil<.', dune (ir^'anisalion complexe et délicale, correspondant à une cerlalne tension de la vie plutôt qu'à une forme statique (le la pensée. Elle ressemble moins aux synthèses immobiles opérées par la connaissance qu'à ces unités organiques (le contraction spontanément dressées par la vie émotionnelle et auxquelles se mesure la richesse d'une sensibilité, l'ourlant la pensée ne les constitue pas ; elles ne résultent pas d'un acte de raison, mais d'un acte vital, si Ton peut ainsi parler : la pensée, se surajoutant à elles, pourra développer leur contenu sous la l'orme historique d'une >uile bien liée. Mais cette unité restera jusqu'au bout extérieure et explicative. Construite artificiellement par la raison, réalisée après coup, elle demeurera incapable d'égaler limité de sentiment à laquelle elle s'ajoute et qui est, avec cet alïlux de sève et ce redoublement de vie, un pur produit de la nature.
Nous dirons, pour conclure, que le symbolisme musical, dont nous venons d'analyser les éléments, nous laisse deviner la réalité psychologique dans sa force primitive de création <l de synthèse spontanée. Déjà, à [)ropos de l'architecture, Schopenhauer faisait remarquer que les constructions de col art n'agissent pas toujours d'une façon statique ou mathématique, mais encore dynamiquement, car ce qui parle en elles à notre esprit, ce n'est pas purement la forme et la symétrie, mais les degrés inférieurs tle réalisation de la m»lonté, les idées primitives, les forces élémentaires de la nature. Cet élément dynamique explique la beauté des ruines, ce qui montre clairement que la symétrie n'est pas indis- |icnsal)lt\ C'est encore ce (pii o\pli(pie lespère de mouvement rvlhmé que nous démêlons au sein de l'immobilité d'une statue, et c'est touj(^urs en vertu du même
liAZAILl..\S. y
lÔO LE SYMBOLISME MUSICAL
principe que nous devinons dans ce qui esl très gracieux une tendance à s'offrir, comme une sympathie agissantetoujours sur le point de se donner. Ce dynamisme artistique, annoncé par les autres arts, se retrouve dans la musique dont il explique le charme. L'analyse démêlerait ici cette force inépuisable de la sympathie soudainement excitée, cette souplesse de la vie, ces apparitions légères et consolatrices qui se manifestent sur les divers points de la conscience et qui composent le fond infiniment variable de l'expérience musicale. Mais ce qu'elle démêle surtout, c'est la production de courants pathétiques et le retour de nos émotions, trop souvent disséminées ou déformées, à quelques attitudes extrêmement simples de Tàme, à quelques forces élémentaires de notre sensibilité en voie de se composer ou de se dissoudre. Le plaisir que nous éprouvons alors ne tient pas seulement à ce que, selon une formule de Schiller, nous jouons avec le fond de nous-mêmes ; c'est plutôt ce fond dynamique de la sensibilité que nous pressentons d'abord derrière les symboles auditifs, que nous saisissons ensuite non plus au repos, mais en mouvement. Avant celle expérience ou en dehors d'elle, nous n'avons qu'une idée extrêmement incomplète du développement de nos émotions qui se présentent à nous immobiles et fermées, au lieu de nous apparaître dans le grand courant inventif qui les prépare et qui les combine libicmenl : nous linissons même par nous délourner de ce travail d'incessante formation pour n'en retenir (|ue les produits, et nous perdons le sens de celle continuelle métamorphose dont la conscience est le lieu. C'est celle aciivilé génératrice que la nnisiqtie nous rend. Nous dépassons le point de vue du jeu, encore conventionnel et extérieur, pour retrouver à la première origine de
constultion dynamique des seniimem.s loi
nos émotions les rniiUi[)los clans d'une aclivilé qui les ébanche et les renouvelle. Inlerprélée de la sorte, assimilée à une puissance d'organisation spontanée qui concentre la vie en la simplifiant et qui ramène Témolion à ses thèmes constitutifs pour la manifester dans l'individualité même de son mouvement, la musique fait retour à la vie de la conscience : elle en exprime le rythme profond. La conception de Schopenhauer, qui tend à établir une pareille ( oïncidence, n'est pas un simple symbolisme : c'est, dans toute la force du terme, un dynamisme musical. Mais nous sommes par là invités à dé[)asser les limites de l'explication encore approximative quelle nous proposait, pour envisager le sentiment musical en dehors de tout symbole, dans sa réalité même, et le considérer comme un cas très important do la vie des émotions, comme une expérience originale de la sensibilité.