I02 RESTITUTION DL SENTIMENT MUSICAL
être possédés par le monde tlu musicien. De ce monde, qui ne se décrit avec rien, le musicien, par la disposition de ses sons, jette en quelque sorte le filet sur nous, ou bien encore il arrose notre foculté perceptive avec les gouttes merveilleuses de ses accords, Tenivre et la rend sans force pour tout autre perception que celle de notre monde, interne *. » Retenons les principaux traits de cette description. Celte ivresse, cette promptitude imaginative qui se solde par une impuissance pratique, létat d'exaltation où nous sommes jetés, la réduction des facultés motrices et verbales, l'assimilation au somnambulisme sont autant d'indications précieuses, saisies sur le vif, comme dans des expériences de laboratoire et confirmant nos vues sur la nature du rêve musical, doué de consistance et de continuité, mais possédant, à Tencontre des songes ordinaires, un pouvoir incomparable de suggestion et d'inhibition.
Ce n'est pas tout : dans ses rapports avec les attitudes extérieures ce songe spontanément construit va manifester un de ses nouveaux aspects ; il ira jusqu'à exprimer, — toujours au dire de AVagner, — l'essence la plus intime du geste ou des dispositions motrices du corps, avec une telle intelligibilité immédiate que notre vue perd sa puissance de perception intensive, « si bien que nous comprenons les gestes sans les voir eux-mêmes- ». Nous sommes bien en présence d'un véritable état d'hypnose, d'une obsession grandissante, exclusive, discrétionnaire même, qui exerce simultanément son pouvoir réducteur sur deux ordres de représentations : les représentations visuelles et les représentations