CONTENU DE LEMOIION MUSICALE
droit de nous demander si rcxpérienrc nuisicale ol la jouissance qu'elle comporte ne tiennent pas justement à ce que nous traitons les données de la sensibilité comme des ma tériaux dociles que nous sonmies libres d'ordonner au gré de notre fantaisie et à ce que nous croyons les voir se distribuer d'elles-mêmes en ensembles, scandées par une invisible main.
Il est extrêmement (blficile, sinon impossible, d'indiquer avec précision l'attitude pbysique correspondant, en cliaque cas donné, au sentiment musical. Ce qui frap[)e surtout, dans les diflerents cas soumis à l'analyse, c'est la réduction progressive de l'énergie motrice et le lent évanouissement de nos facultés de résistance ; il y a là une attitude abandonnée et docile, cmincinmenl suf/çjesliljle. un état alTectil pur très peu propice à Taction, mais singulièrement propice au rêve. Sous Tinfluence dissolvante des formes musicales, notre sensibilité, relàcbée et détendue, voit l'aptitude à l'action faire place en elle à la promptitude imaginalive. Selon les basards ou les caprices de la suggestion, les rêves les [)lus variés et les fantaisies les pins libres pourront éclore sur un terrain si bien préparé. Pareillement, nous verrions l'attitude pbysique se modilier quand la sensibilité subit l'influence d'accords majestueux, de rytbmes lents accompagnés dbarmonics graves et riclies. Connue si notre corps perdait tout d'un coup son altitude pratique pour sympatbiser aussitôt avec l'impression funèbre ou béroïque du morceau, on a la sensation presque imperceptible (pie la sensibilité alleclivc réalise poui' elle et joue à sa manière les accords [terçus. l-^Ue en exécute aussilêtt une transcription matérielle qui sera le point de départ de rcllexions et de rêveries sans nombre. Que l'on démêle celle
lôS RESTITUTION DU SENTIMENT MUSICAL
action du corps pendant Taudilion dune marche funèbre, par exemple : on retrouvera sans peine l'indication discrète d'une tristesse organique, comme si nous percevions en nous un ralentissement de la vie et une sensation pénible d'écrasement. Une marche héroïque, mimée imperceptiblement par le corps, donnera lieu à une attitude dont les linéaments à peine indiqués sont ceux du courage et de la fierté, parfois même à la sensation dune véritable mégalomanie physique. Enfin un air de musique entraînant ou impérieux, en libérant tout d'un coup les forces secrètes de la sensibilité, en élevant le ton de la vie physique, produit une impression d'intensité qui se confond avec l'exaltation même de notre existence organique. Des attitudes variées du corps, des dispositions différentes et comme des synthèses fie la sensibilité affective, voilà ce que l'analyse démêle tout d'alford à l'ori(jine de l'émotion musicale ; voilà ce qui constitue l'essence du plaisir qu'elle renferme et qui n'est que le sentiment immédiat dune variation survenue au principe même de la vie.
Sans doute ce n'est là que la puissance inférieure et comme les plus bas degrés de lexpérience musicale, et il serait injuste de la réduire uniquement à la matérialité de ses principes. Une analyse attentive notera bien vite, en elle, l'intervention de facultés Imaginatives et intellectuelles (jiii traduisent bientôt en leur langage ces attitudes du corps et qui font de ces dispositions organiques, habilement provoquées en nous, autant de mines à exploiter, autant de synthèses primitives à interpréter et à expliquer. Disons-le bien vite : loul linlérètde l'expérience musicale, en dehors de la jouissance très spéciale qui est d'abord seule donnée et qui lient sans doute à la réduction progressive de lelTorl, sera de suivre cette image, de Tordre physique oîi