CORRELATION DE L INCONSCIENT ET DU CONSCIENT
instant en doute ce caractère « dynamogéniqtie » ; mais celle production de forces a lieu le plus souvent sans plan rationnel ; elle nous fait songer à la production des formes dans la nature qui nuilliplie les vivants sans se soucier de leur destination, sans subordonner sa fécondité à un principe supérieur. Toutefois, ce qui met un terme à Tambiguïlé des produits de Tinconscienl n'est autre que lélément réfléchi ou idéal qui en oriente le cours et qui en règle désormais Tapparilion, comme par le puissant eflet d'une méthode immanente. Celte subordination de l'inconscient au conscient, cette mainmise de la pensée sur les ressources invisibles qui se produisent au fond de nous-mêmes, voilà qui donne un sens à la fécondité intérieure et qui explique ces cas d'incubation, d'adaptation lente, de création imperceptible et sûre qui sont les signes du génie. N'est-ce pas d'ailleurs ce qui nous permettrait de com[)rendre la psychologie des conversions ? L n riche fond émotionnel d'abord donné, il ne suffirait pas, pour en voir résulter le but final, d'une progression régulière rpii on expliquât mécaniquement l'évolution. Le travail alToctif, le soulèvement interne de l'àme doivent aller de pair avec un véritable travail d'idées fpii mette fui aux ambiguïtés, communifjue une impulsion d'ensemble à cette masse indistincte et [)ralique la sélection d'en haut. Un amour intellectuel de Dieu — intellectuel paria forme d'universalité qu'il revêt — explique l'ampleur et la noblesse du sentiment religieux «hez Pascal. Sainte Thérèse n'eût [)oint lait de sa vie un miracle d'écpiiiibrc et de fécondité morale si le sentiment, qu'elle avait intense, n'avait contracté à l'appel de la réilexion la purelé et l'am- [)litude tl'uni' idt'-e. C'est donc le propre ilu moi subconscient d'accroître sa production aiïeclive, quand interviennent des éléments réiléchis. Y)cy\ l'apparition en nous </"(j/),s--
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traits émotionnels, beaucoup plus stables que les impressions disséminées, laissait entendre que l'organisation complète de la vie subconsciente résulte de l'intervention continue de la pensée. Mais les exemples de transformation radicale que nous avons analysés, les mutations psychologiques, les conversions, nous ont montré que sans Tattrait persistant d'une idée le travail inconscient ne serait qu'agitation vaine ; il nous offrirait simplement le spectacle de rêves qui s'annulent et de caprices qui se détruisent, d'une réalité mythique soumise à la loi de la transmutation indéfinie, au lieu de nous montrer un monde en formation et une individualité en marche. Or, l'activité des héros et des sages, au même titre que les conceptions fécondes du génie, n'est pas de la nature du rêve et ne participe pas à l'inconsistance de l'inconscient ; c'est, dans toute la force du terme, une idée pratique qui se dégage lentement. Il n'y a pour l'inconscient que deux conditions possibles : ou bien il se prêtera sans profit aux transmutations incessantes de l'imagination affective, et il se perdra de plus en plus dans la possibilité pure ; ou bien il fera retour aux éléments rationnels qui entrent dans la structure de l'esprit: il s'y rattachera fortement et se convertira en pensée. Le règne insconscient est ainsi, sous une forme affective et Imaginative, la préparation du règne conscient auquel il est suspendu. Mais ce n'est pas son terme d'application qui nous intéresse ; c'est plutôt sa condition d'origine. Aussi allons-nous rétablir ses caractères en négligeant résolument l'espèce de remaniement que nos facultés conscientes lui font subir, et en le considérant Ix l'extrémité opposée, au point précis de son attache avec la nature.
Les analyses qui précèdent nous ont permis do situer la
LE TYPE INCONSCIKM 'a6 l
réalité subconscienlc en y sou[K;(tnnanl une espèce psychologique dépassée actuellement par des formes de r<'\<ijii tion plus élevées ou plus utiles. Nous nous refusons donc à souscrire aux dcuv hypotlièscs qui Pavaient ex[)liquée. La conception scientifique ou mécaniste ne voit dans le subconscient qu'une forme déguisée de l'automatisme physiologique, le résultat d'une interprétation mentale imposée au mécanisme cérébral ; elle se met dans l'impossibilité de comprendre la transformation des données quantitatives en données qualitatives, et surtout elle ouvre devant nous toutes les difilcultés auxquelles donne lieu, sans issue possible, l'hypothèse d'une cérébration inconsciente. La conception psychologique n'est pas plus acceptable ; car en voyant dans l'inconscient une atténuation ou une dégradation de nolro activité dune part, ou bien une préparation, sous forme d'ébauche et de possibilité, de ce qui sera plus lard la personne, elle se met hors d'état de comprendre la nature hétérogène du moi inférieur. Dans les deux cas, il est vrai, on se conforme à la loi d'une continuité rigoureuse, et nul doute que cet accord ne soit un gage de validité pour une hypothèse explicalive. Mais il y a peut-être un sens plus net de la continuité qui tend à rechercher des formes intercalaires entre les formes extrêmes de la vie physique et lie la vie personnelle. L'inconscient serait cet intermédiaire: il correspondrait vraiment à une espèce de transition entre la réalité cosmique dont il résume les principaux caractères de richesse et de spontanéité, et la réalité mentale dont il facilite l'action. En un mol. à 1 hypothèse d'une continuité analytique qui tend à résoudre l'inconscient au conscient et l'inconscient au physique par voie île réduction et d équivalence, nous substituons Ihypothèse d'une continuité synthétique qui voit une succession i\c formes élagécs el comme
une hiérarchie de genres vivants. L'inconscient aurait un rôle de médiateur ; il serait un genre positif, intermédiaire entre le non-être et l'être, entre la pluralité de la matière et l'unité de la pensée pure.
Certes, nous n'ignorons pas que la méthode d'analyse inaugurée par M. William James n'est point favorable à cette conception. Si Ton suivait cette méthode jusqu'au bout, on devrait résoudre les formes ou genres fermés de la psychologie conventionnelle dans la pluralité d'impressions qui leur assurent un contenu positif. L'idée de détermination et de limite serait ainsi bannie de l'ordre mental, et l'inconscient ne ferait que reproduire ou parodier à sa manière cette disposition continue, disons-le même, cet amorphisme psychologique qui se retrouve déjà dans la réalité consciente. Rien de plus logique que cette conclusion. Si la personnalité elle-même, loin d'être tenue pour un genre suprême dans l'ordre psychologique, est regardée comme un simple moment de la vie et de l'esprit, comme une unité de concentration où se contractent un instant les pulsations de la conscience, on ne serait guère fondé à prétendre que l'inconscient présente un essai de détermination ou corresponde à un type spécifique et inférieur de l'activité. Or, c'est bien à cette conception du moi que les analyses de M. William James paraissent nous conduire. Selon l'interprétation d'un psychologue de son école, trop près de lui pour fausser sa pensée, c'est bien cette signification de la continuité et de l'incessante métamorphose de nos états intérieurs qu'il faudrait appliquer ici. « Chaque vague de conscience, chaque pensée qui passe, chaque battement de pensée connaît tout ce qui l'a précédé dans la conscience ; chaque battement de pensée en mourant, transmet son titre de propriétaire et son contenu