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scient au contraire perd toute personnalité et toute indi- \idualité, en ce sens précis. Il ne connaît pas la pensée critique, il ne se dédouble pas pour se juger ou se remanier : il végète dans Tignorance de l'idéal. Il est absolument servile : il travaille sans aucune maxime directrice; il n'a aucune loi morale, aucune lr)i du tout. S'ériger en législateur de soi-même, ce qui est la caractérisque propre de la per- .sonne, est justement le privilège que l'inconscient perd manifestement. L'inconscient n'a pas de volonté ; il est ballotté (.à et là par toutes les suggestions qui surviennent : c'est essentiellement un moi fruste et primitif, un moi animal {hrulal selfy Par là s'expliquent ses caractères. Le moi subconscient est plastique : on en fait ce qu'on veut ; il est bien la matière ployable en tous sens que les moralistes manient et redoutent. Il a conuuc loi l'instabilité avec cette j)romj)titude imaginalive et cette absence de détermination durable que nous avons signalée en lui. On compiend même qu'il soit amorpbe et impersonnel, bien qu'il serve de principe à nos élans et à nos pensées les [)lus intimes. Ces ilifférents caractères, il les doit à son étrange suggestibilité : il ne procède pas par raisonnement ni par réflexion, mais par évocation rapide ou lente. Il pense sous la condition de la suggestion. Du reste, celte suf/gestibilité \anc de finesse et d'acuité avec la complexion profonde des êtres ; elle s'étend de la simplicité relative des idées fixes jusqu'aux procédés infiniment délicats de l'évocation artistique et aux inspirations du rêve poétique. Elle passe même [»ar les complexités du sentiment religieux qu'oit pourrait définir le sens myslicpic de Taclion divine, le senlinuMil île présence. D'ailleurs, à moins d'être fixé par des babiludes rigides et des pratiques extérieures, avant le pragmatisme de la vie, cette force de suggestion peut revêtir les aspects
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les plus opposés et les plus contradictoires. La richesse de certaines âmes tient uniquement à ce qu'elles sont un cenlro d'évocation en tous sens et qu'elles se portent aux excès contraires avec le même aveugle élan et la même ardeur. C'est donc la force de Tinconscient qui apparaît dans leurs œuvres et qui leur donne ce charme de candeur et d'iuirénuité que la nature communique à ses productions.
A cette nature hétérogène de l'inconscient se rattachent, en réalité, des particularités de la vie psychologique inexplicables en dehors de notre hypothèse. Une fois dissociés de la personnalité supérieure où elles ont été comprises, bien de nos idées et de nos impressions s'implantent dans le subconscient, c'est-à-dire, à parler net, qu'elles passent d'un pôle à l'autre de l'existence mentale. Elles cessent d'être des modes de la représentation pour devenir des formes atténuées de la vie ; elles vont du centre spéculatif, où elles se détachent en relief, au centre dynamique où elles se profilent en dégradé. Elles cessent donc d'être des fragments d'une conscience intellectuelle pour se convertir en éléments d'une conscience alTective beaucoup plus proche de la matérialité. Ce ne sont plus des idées, comme cette adjonction à un type supérieur de conscience leur en donnait le privilège, ce sont des formes de la vie instinctive. Il ne faut pas croire du reste qu'une telle mutation ne leur confère aucune caractéristique nouvelle. .\près avoir perdu celles que leur association à la conscience leur assurait, nos représentations acquièrent des propriétés inédites. On a souvent dit qu'elles sortent du subconscient, rajeunies et transfigurées. Mais cette explication ne serait que métaphorique si l'on ne voyait les raisons d'une pareille métamorphose. La force de transformation qui agit ainsi dans le secret et qui opère, alors que les démarches intellectuelles se suspendent, n'est
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anlrc juslcnicnt que la puissance prodiiclricc de la nature qui a monté ce type inférieur du moi cl qui ne cesse de l'actionner. Les éléments de la pensée réfléchie transportés dans la zone naturaliste de la conscience sont aussitôt Tobj(^t d'une importante modification. Ils contractent, dans ce commerce avec la nature, des propriétés vitales ou dynamiques que la réflexion n'aurait pu leur conférer et grâce auxquelles ils se détacheront nettement, [)ar la suite, de la froide intellectualilé des faits conscients. Et nous nous en apercevons bien vile quand l'incessante circulation des états intérieurs les ramène à nouveau dans la conscience. Us y font brusquement irruption connue des idées forces, des concepts impératifs, ou ils s'y insinuent sourdement comme des impulsions irrésistibles. C'est alors la logique de la vie qui signifie brutalement ses injonctions à la logique de la pensée. Les représentations dont nous avons suivi le va-et-vient ne reparaissent pas à vrai dire transformées : elles ont subi une mutation radicale ; elles parviennent maintenant à la surface de la vie active du sujet comme des forces naturelles ; elles se réalisent avec la véhémence irréfléchie et la fatalité des inslincts irrésistibles '.
Cette conscience émotive à laquelle nous réduisons le subconscient olTre tous les caractères que Ton attribue à ce dernier ; ou plutôt ces caractères s'expliquent grâce uniquement à une pareille réduction. On dit ainsi que l'inconscient est stupide et crédule, qu'il n'a ni sens critique, ni sentiment du rationnel. Mais n'est-ce pas le propre d'un type de conscience qui s'est mis, ilès l'origine, en dehors des règles de la pensée réfléchie et qui végète dans l'igno-