‹ Mussolini, batisseur d'avenirChapitre 12 sur 36 · VE · texte numérisé non relu

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gouvernement prévoyant ; des ouvriers inquiets de voir leur sort à la merci de l’olgarchie mongole ; presque toujours des petites gens et même des pauvres qui avaient bien moins souci de soutenir une opinion, de faire œuvre de polémistes, qué de défendre l'intégrité et la dignité de leur patrie menacées par les fauteurs de troubles et les perturbateurs à gages.

Tels furent les volontaires de la première heure, dont les rangs se trouvèrent bientôt grossis par tous les apports venus des profondeurs de la nation. Le Fascisme est donc, nous le répétons, un mouvement foncièrement national pour une politique nationale, pour l'Italie alma mater. Jacques Bainville a dit fort justement:

« Le Fascisme est un phénomène latin dans lequel des souvenirs de la Rome

Sérénité.

antique et de la dictature du salut public entrent pour une part certaine. » Salut public, voilà les justes mots qui éclairent l’action fasciste.

Mais l’acheminement au salut public se subdivise en étapes. La prémière fut guer= rière et s’acheva par la déroute du com= munisme ; la seconde ñe fait que com= mencer, ellé est pacifique, elle doit enséignér à l'Italie et, après elle, au monde entier, que les deux faces de la médaille frappée au symbole dés Faisceaux sont pareillement belles.

Au seuil de cette seconde période, à l’aurore de ce statisme, 1l est bien évident que le Fascisme a le plus grand intérêt à

se donner au pays comme un modèle de discipline, Ce ne doit pas être seulement

pour lui une question d’amour-propre, c’est aussi une garantie de durée, En prémier lieu il est indispensable qu’en se substituant par la force — ou, plus exactement, par l'autorité = à une ère d’anarchie et de confusion, il sache se montrer méthodique avec rigueur et calme avec majesté. C’est par une démonstration permanente de bonne tenue, de calmé et de sang-froid qu’il achèvera de convertir et de s'attacher les lointains cœurs paysans, peu éxpérts en soubresauts politiques. Tumultueux et outrancier hier encore, le Fascisme ne peut être aujourd'hui que l’incarnation de l’ordre. La violeñnce a été son chemin, mais la pacification ést son but.

En second lieu, si le Fascisme a triomphé de ses antagonistes extérieurs, rien ne prouve qu'il n'ait point, dans son sein, des ferments de dissociation. Mussolini, lui, possède au plus haut point, nous l’avons dit, le sens subtil de la mesure, mais il lui reste à l’imposer à ses compagnons de lutte. C’est là peut-être que les pires dificultés l’attendent. Aussi longtemps que le Fascisme fut une force en plein travail, 1l pouvait se dispenser de programme défini et s’en tenir à l'idéal sommaire : de la « table rase ». Et Mussolini pouvait se borner à des déclarations comme celle-ci :

« Le Fascisme est une grande mobilisation de forces matérielles et morales.

Qu'est-ce qu'il se propose ? Nous laffirmons sans fausse modestie : gouverner la

nation avec le programme nécessaire pour assurer la grandeur matérielle et morale du peuple italien. Nous ne croyons pas aux programmes dogmatiques, à cette sorte de cadres rigides qui devraient contenir et sacrifier la variable, changeante et complexe réalité.

« Nous nous permettons le luxe de surpasser en nous-mêmes les antithèses dans lesquelles s’abrutissent les autres, et qui se résument en un monosyllabe affirmatif ou négatif. Nous nous permettons le luxe d’être des aristocrates et des démocrates, des conservateurs et des fauteurs de progrès, des réactionnaires et des révolutionnaires, des légalitaires et des illégalitaires, selon les circonstances de temps, de lieu et de milieu dans lesquelles nous sommes

forcés de vivre et d'agir. »

Une politique neuve.

À cette excellente phraséologie de combat, devait succéder un plan de gouvernement. Le Fascisme entrait dans l’orbe des réalisations, dans la nécessité concrète.

Ses adversaires, évidemment, l’y attendaient avec une malicieuse curiosité.

Or, les premiers actes de Mussolini, en tant que Président du Conseil, montrent un rare courage et donnent une mesure toute nouvelle du métier d'homme d’État.

A peine porté au pouvoir, il jette dans la routine parlementaire une perturbation splendide. Il accepte la démission de quatre ministres et sous-secrétaires d’État du parti populaire et décide de ne pas les remplacer. Aidé de ses purs Fascistes,

il gouverne seul. S'il agit de la sorte, sil restaure ainsi le dogme autorité, ce n’est point pour satisfaire à une inclination personnelle, c’est avec le plein concours de l'opinion publique. L'Italie voulait un chef, elle l’a en Mussolini. Donc les partis d’extrème gauche, en France ou ailleurs, sont mal venus de critiquer sa manière. À dire vrai ils se mêlent de ce qui ne les regarde pas et surtout de ce quils ne comprennent pas. La mentalité italienne, les besoins, les aspirations de l'Italie n'ont rien de comparable à ceux des pays voisins. C’est une grave erreur de prêter à autrui des intentions que l’on aurait so-même. En usant à tort et à travers du mot Fascisme et en le défigurant, les contradicteurs' commettent une lourde faute et de politique et de politesse.

Soucieux d’avoir les mains libres pour

mener à bien sa dure tâche, Mussolini n'entend pas demeurer à la merci de la nervosité de la Chambre. Il ne veut pas que son effort soit subordonné à des mécontentements de couloirs, 1l exige à bon droit des garanties de temps. Aussi demande-t-il au Parlement, et obtient-il le vote de la loi de pleni potere, autrement dit une délégation du pouvoir législatif.

De plus 1l réclame l'abolition de cet abus, de cet exces qu'on appelle lc} votre confiance.

Réforme hardie, mais réforme salutaire et dont toutes les démocraties ont intérêt à retenir le principe. Eh, quoi ! un homme accepte le fardeau du gouvernement, expose sa vie publique et privée, son passé, sa personne aux critiques, aux brocards,

aux rancunes et à la haine ; appelé dans une heure difficile, cet homme consent à entreprendre de remettre d’aplomb le char embourbé, 1l s’y attelle, 1l stimule ses coéquipiers du geste et de la voix, 1l peine, il entrevoit le succès, 1l rassemble son ne pour l'ultime \eflort.… let, la veille de la réussite, sur une question secondaire, sur une interrogation qui le trouve distrait, désorienté, nerveux.

voilà que la confiance du Parlement lui est refusée et qu'il est contraint d’abandonner sa besogne, de renoncer à son gain légitime, de s’en aller enfin, pour laisser sa place à un autre qui, sur des plans personnels, recommencera ce qu'on lui interdit d'achever ! Mais c’est bel et bien de lanticivisme, c’est le fait d’une assemblée brouillonne et rudimentaire

que de trancher ainsi à tout instant le fil à quoi est suspendue cette épée de Damoclès. Sous cette menace perpétuelle le gouvernement ne peut plus compter, pour durer, que sur sa chance, sur sa popularité, sur son ascendant vis-à-vis des partis. À ce compte, le ministre qui plaît à l'assemblée parce qu’il amuse, qui décourage les meneurs de cabales parce qu'il les intimide, et enfin qui a pour luile hasard, demeurera au pouvoir dix fois plus longtemps, füt-1l politiquement incapable, que le véritable homme d’État, le penseur, le savant dénué de prestige et dépourvu d’aplomb. Cela s’est vu. Sans que nous nous permettions de désigner tel pays plutôt que tel autre, nous voyons, en jetant un regard en arrière, que les plus longs ministères n'ont pas toujours été les meilleurs.

Mussolini réprouve ces mœurs ; puisqu'on l’a choisi, c’est qu’on l’a jugé digne ; sil est digne, qu'on le laisse travailler.

Lorsqu'il aura terminé l’ouvrage, libre à quiconque de le blâmer, mais pas avant.

Certes, une réforme pareille n’est point du goût de tout le monde. Elle est propre à déconcerter les amateurs d’interpellations sournoises, tous ceux qui font profession de jeter des pelures d'orange sous les pas du gouvernement. Pour quantité de parlementaires, cette innovation équivaut à une atteinte à la liberté, car c'est toujours la liberté que l’on invoque, de même que l'on crie facilement à la dictature. Mais, la liberté, c’est un mot sur lequel il est temps que l’on s'accorde.

« Il n'existe pas de liberté, 1l n’y a que des libertés! > a dit excellemment Mus-

Le droit élémentaire au travail.

La nouvelle unité nationale.

solini. Et c’est bien le moins que l’on reconnaisse au ministre les mêmes prérogatives qu’on accorde à tout artisan, Savoir le droit de faire son travail du commen-

cement à la fin.

Et c’est incontestablement un gros travail ! Sans doute les commencements du Fascisme furent-ils pénibles, sans doute fallut-il batailler rudement pour anéantir l’hydre bolchevik, mais, déjà, les temps héroïques sont révolus. Maintenant s’accomplit l'œuvre profonde, privée d'éclat superficiel. Le Fascisme a promis de renouveler lItalie, d'instaurer un régime d'ordre, de clarté, de progrès, d'union surtout. Or, il a absorbé tous les mécon-

tentements, tous les espoirstrompés; illes a confondus au service de la bonne cause, qui consistait d’abord à courir sus aux Léninistes triomphants. Mais, passé la période aiguë, les Kascistes au repos se considèrent avec surprise, tant ils se voient différents les uns des autres. Celuilà est un intellectuel, celui-ci un paysan, le troisième un ouvrier, le suivant un bourgeois. Tous ont combattu pour l'idéal, mais, au repos, un précipité se forme. Cet idéal est variable ; les revendications de lintellectuel sontelles conciliables avec celles de louvrier, celles du marchand avec celles du producteur? La magnifique association d'énergies résultant d’un élan unanime subsisterat-elle, une fois la course achevée?

Oui, si Mussolini a pour lui le temps ;

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