‹ Mussolini, batisseur d'avenirChapitre 17 sur 36 · LUEUR · texte numérisé non relu

LUEUR

gument devient grave s’il est considéré sous le rapport du deuxième mariage que le mari de la disparue (ou la femme du disparu) peut avoir contracté. Dans le cas où, à contrat de mariage signé, l’on oppose la survivance de la première épouse ou du premier époux, quels sont les effets juridiques vis-à-vis du mariage ? Est-ce le premier mariage qui doit compter, ou le deuxième ? Pour trancher la question 1l importe auparavant de fixer de façon absolue le principe de l’indissolubilité du mariage. Si ce principe est admis d'une manière implacable, les conséquences en deviennent purement logiques et inexorables. Dans le cas de l’absence, la validité sera donc l’apanage exclusif du premier mariage : le deuxième étant considéré comme nul dès son origine.

« Ainsi la nécessité sociale de l’indissolu=

biité du mariage éloigne toute autre préoccupation d'ordre particulier et ne s'arrête mème pas devant l'injustice possible du fait spécifique. Il est évident que la réaffirmation du mariage primitif peut entraîner toute une série d’iniquités; mais celles-ci sont bien plus supportables que le danger de fêler une institution indispensable à la stabilité sociale.

HU Si Sur ce principe, on croit pouvoir transiger et admettre des raisons d'équité, alors toute solution est impossible dans les cas spécifiques. Et, de même qu on peut résoudre, dans le sens favorable au deuxième mariage, le cas de l’absent, ou de labsente, qui reparaît, de même on peut trouver petit à petit le chemin pour s'évader du principe strict et rigoureux de lPindissolubilité du mariage.

Ici encore, je m'en remettrai à la Commission parlementaire qui doit concourir avec le Gouvernement à l'élaboration de la nouvelle loi; mais mon point de vue est nettement défavorable aux solutions accommodantes qui, sous un aspect flatteur, ouvrent le chemin à des prétentions bien plus grandes et bien moins équitables.

« Un autre problème qui a intéressé la Chambre est celui de la recherche de la paternité.lci1 deux systèmes diamétralement opposés sont en présence : le Code italien qui défend toute investigation (sauf dans le cas d'enlèvement ou de viol) et le Code autrichien qui autorise, et même très larsement, la recherche de là paternité.

« Il est vrai que les effets juridiques des deux systèmes sont différents: en tout

cas, il faut résoudre ce problème: à savoir si, à la recherche de la paternité, on doit opposer encore l'obstacle insurmontable et l’exclusivisme de l'article 189 du Code civil italien.

« La solution de ce problème ne peut se trouver que dans un sens libéral. Il y a sur ce point désormais, l’unanimité des consentements : on ne discute guère que sur les limites à assigner à l’admission de la preuve de la paternité. Ces limites doivent-elles être déterminées d’après les cinq points mentionnés par les projets de la loi Scialoja et Meda, par la Commission parlementaire? Ou bien doit-on plutôt les étendre à tous les cas où une relation intime est là pour établir de toute façon la paternité? Cette deuxième solution est très dangereuse :

elle peut, si on adopte, même en cette matière, l'extension du principe de la complicité réciproque, se faire l’initiatrice de toute une série de spéculations à base de chantage, beaucoup plus dangereuses qu'utiles au principe moral et social, le seul que la réforme doive viser. »

Relativement au mariage, l’orateur reconnait comme un fait. incontestable que, surtout dans les provinces méridionales de l'Italie où le sentiment unitare de la famille est très vif et constitue sans doute une admirable force morale, la répugnance pour l'institution du divorce est profonde et générale.

«Je dois ajouter, dit-il, que cette répugnance est partagée par le peuple entier de toute l'Italie. Elle a ses racines dans la bourgeoisie qui travaille et dans

toute la partie saine de notre pays. C'est un argument formidable que celui-ci, contre l'institution du divorce. Je ne donne aucune importance à l'argument d’après lequel l'Italie est restée parmi les dernières nations du monde civilisé qui repoussent encore le divorce. Cette insistance, cette fermeté de notre nation est, à mon avis, très estimable, car elle signifie une plus grande stabilité des rapports famihaux et une plus haute conception du mariage et des devoirs moraux que celui-ci comporte.

Oh nest pas le cas de parler de divorce : non plus que de le faire passer en contrebande sous le nom de l’annulation pour cause survenue.

« La loi, en tant que régulatrice de rapports familiaux, prend un caractère

L'Italie et l'Europe.

essentiellement publicitaire: les intérêts privés doivent donc, pour une raison plus que compréhensible de soumission,

lui céder le pas. »

Les grandes lignes de la politique étrangère du nationalisme italien sont moins aisées à tracer, sans être, pour cela, imprécises. L'Italie a le juste souci d'obtenir de nouveaux accords relative-

ment à la situation de Fiume. On ne

peut raisonnablement envisager l’isolement de :ce port qui risques devenir, par le jeu des mésintelligences, un concurrent pour Trieste, alors qu'il doit en être l'associé. On ne neut admettre

davantage que Zara ne soit pas rattaché

au trañic adriatique. L'un des historiographes du Fascisme, Pietro Gorgolini, l’écrit fort justement: « Aucune rivalité ne doit opposer l’un à l’autre les ports des trois rivages. Gênes et Trieste, Fiume et Venise, Ancône et Bari ont chacun leurs intérêts particuliers, mais Gènes et Trieste, Fiume et Venise (et jusqu'à la française Marseille) ont le plus grand intérêt à s’entendre et à s'unir. Ils doivent s’unir pour faire face à la concurrence des ports septentrionaux. Et, à cet effet, nous conseillons de fonder un syndicat des ports italiens.

En ce qui concerne particulièrement notre expansion commerciale en Orient, nous pensons que l’Adriatique doit disposer de lignes rapides; effectivement suivies par des navires à nous, parfaitement aménagés et chargés de produits italiens.

Cherchons à vendre, en dépit d’un marasme universel dont il est permis d’entrevoir et d’escompter la fin. »

Il y a danscet exposé rapide une précieuse indication, l’amorce d’une entente des villes italo-françaises. S'il advient que les traités soient revisés, que les discordes s’effacent, grâce à une sage politique étrangère des questions économiques, l'espoir d’une fraternisation latine cessera brusquement d’être pure chimère et tous les espoirs seront permis.

Autour de Mussolini, parmi les Fascistes les plus éclairés, les plus actifs, des revendications se sont élevées, dès la première heure, inspirées par le plus noble patriotisme.

Le traité de Rapallo, hâtivement conclu, a retranché de lItalie cette rive dal-

mate qui pourtant est foncièrement romaine. Il est hors de doute que les revendications du Fascisme ne laisseront à l'Europe aucun repos tant que les communes dalmates ne seront pas redevenues italiennes. Ce litige non résolu, c’est la paix menacée. Et la jeune Italie ne peut pas ne pas songer que l’Albanie est riche de gisements et de mines, que son passage y a laissé des traces profondes. Elle eût souhaité exercer là une influence bienfaisante.

Quant à l’italianisation du Haut Adige, on peut la considérer comme un fait acquis, nen déplaise aux diplomaties opposées. Mussolini: n’a pas le moins du monde l'intention de déloger du Brenner, mais, bien au contraire, de s’y incruster plus profondément. Au surplus, les homélies du Président Wilson, si'fatales aux intérêts ita-

liens, n’ontrienchangéàrien ;les nationsplus ou moins bluffées par le traité de Versailles ont bien le droit de se souvenir que, le jour où l'Empereur d'Autriche François-Joseph décida de s’annexer la Bosnie et l’'Herzégovine, cet escamotage pur et simple de deux contrées libres indigna si peu le

monde que c’est tout juste si l’on en fit

la remarque.

Mais Mussolini lui-même par son important discours du 9 juin 1923, eut soin de déterminer avec toute l’exactitude désirable, l'attitude de son gouvernement dans la politique européenne.

« Sauf en ce qui concerne les frontières qu’elle a conquises, dit-il, lItahie a été exclue dans les traités de paix des avantages économiques et coloniaux. Les pactes solennels signés au cours de la guerre

sont toujours en vigueur, ils n'ont pas été remplacés par d’autres, et la situation d'infériorité faite à l’Itahe pèse encore lourdement sur l’économie de notre peuple. Il nous faut maintenant regagner le terrain et le temps perdus.

« Depuis le mois d'octobre, la situation s'est remarquablement améliorée ; tout le monde sat que l'Italie entend suivre une politique de sauvegarde énergique de ses intérêts nationaux ; elle veut être présente partout où ses intérêts vitaux sont en jeu : mais, en même temps, elle est favorable à une action politique d’ordre général tendant à normaliser le plus rapidement possible la situation du connent. Il est d’un intérêt primordial pour l'Italie de hâter le règlement pacifique de

la crise européenne.

« Cette crise, depuis le traité de Versailles, est dominée par la question des réparations. Vis-à-vis de ce problème, la situation fondamentale de litahe est la suivante : |

1° L'Allemagne peut et doit payer une somme qui désormais parait universellement précisée et qui est bien loin des plusieurs centaines de milliards dont on parla au lendemain de l'armistice ;

2° L'Italie ne pourrait pas tolérer des modifications ou bouleversements d'ordre territorial pouvant conduire à une hégéemonie dans l’ordre politique, économique et militaire ;

>° L'Italie est disposée à supporter sa quote-part de sacrifices, si cela est nécessaire pour la reconstruction de l’économie

européenne ;

4 Le gouvernement italien soutient aujourd'hui plus que jamais, surtout visà-vis de la dernière note allemande, que le problème des réparations et celui des dettes interalliées européennes sont intimement connexes et, dans une certaine façon, interdépendants.

«II n'y a pas de doute que l’occupation de la Rhur n'ait rendu extrêmement aiguë la crise des réparations. Il faut préciser dans leurs lignes principales les termes des projets italien, anglais et allemand pour avoir le tableau de Îla situation dans ses coïncidences et ses diversités, et déduire quelques prévisions sur la possibilité d’un accord. Pour cela, il faudra aussi expliquer pourquoi, à Paris, l'Italie n'a pas pu accepter le projet de M. Bonar Law et pourquoi elle a dû

refuser le récent mémoradum Cuno-Ro= senberg.

« La dette capitale allemande qui, dans les projets anglais et italien, est fixée au chiffre de ç0o milliards, est réduite dans le projet allemand à moins d’un tiers. Ilest difficile, sinon impossible, de déterminer dans un tel projet la partie italienne et le sacrifice que l’on demandait à l’Italie. Etant donné les sollicitations venues de divers côtés, surtout de la part de PAngleterre et de l'Italie, l'Allemagne a reconnu insuffisantes ses propositions, et hier soir son ambassadeur, M. Neurath, m'a présenté une nouvelle note allemande sur le contenu et la nature de laquelle je ne peux pas me prononcer, pour une raison évidente de réserve, car une action diplo-

matique entre alliés va s'engager et se poursuivre. Je me bornerai seulement à dire que, dans la note allemande, on ne demande plus, pour traiter, l'évacuation préventive de la Rhur, ce qui pourrait laisser croire à la renonciation par l’Allemagne de la résistance passive, dont l’utilité, même pour l'obtention des buts allemands, semble toujours plus douteuse, et dont la cessation serait profitable pour une plus rapide solution. ne

« Mais le problème des réparations n’est pas seulement franco-allemand, 1l est aussi hongrois, bulgare et autrichien. Il est utile de préciser la situation relativement à ces trois pays ex-ennemis.

«Le total des réparations hongroises, qui na pas été fixé par le traité de paix dit de Trianon, n'a pas encore été déter-

miné par la Commission des Réparations, et la Hongrie, jusqu’à présent, ne nous a donné que des fournitures limitées en nature; le gouvernement hongrois, en dénonçant ses graves conditions économiques, a récemment envisagé la nécessité d’un emprunt à l’étranger qui, pour réussir, devait être garanti sur les douanes, le monopole des tabacs et, en l’occurrence, sur d’autres ressources. Il était nécessaire pour cela que ces ressources fussent libérées du gage des réparations.

« L'Italie a cru indispensable de concéder à la Hongrie la libération temporaire de quelques ressources, afin qu’elle puisse poursuivre sa restauration économique moyennant un emprunt étranger. L'Italie fut, en principe, favorable à la demande hongroise, d'accord en cela avec l’Angle-

terre. La Commission des Réparations accepta la thèse française êt de la Petite- Entente, tendant à ne pas s'opposer à la demande anglaise de suspension temporaire des privilèges sur les ressources hongroises, nécessaires à garantir les emprunts autorisés, mais à n'accorder cette facilité qu’à la condition qu’une partie du produit de l'emprunt soit destinée aux réparations. L'Italie et l'Angleterre ne crurent pas devoir adhérer à ces conditions, car les prèteurs étrangers n'auraient pas consenti à l’opération si le produit n'était pas destiné uniquement à la restauration économique de l'Etat débiteur. La Commission des Réparations décida d'envoyer en Hongrie une commission pour constater sur les lieux la situation économique et financière du pays. En attendant, il n’est

pas exclu que la Commission des Réparations puisse examiner quelques transactions complémentaires.

« Au sujet des réparations bulgares, l'Italie, l'Angleterre et la France conclurent un accord avec le gouvernement bulgare pour lui faciliter le payement de sa dette, fixée par le traité de Neuilly:

L'accord fut approuvé par la Commission des Réparations, sous réserve de nos droits pour le remboursement des dépenses de l’armée d'occupation.

« Des négociations pour le règlement de notre crédit sont en cours avec le gouvernement bulgare. |

« En ce qui concerne l’Autriche, le gouvernement italien, avec les gouvernements signataires des protocoles de Genève du

4 octobre 1922, s’est employé à obtenir

que l'emprunt en faveur de l'Autriche fût promptement et largement réalisé.

« En ajournant la perception des réparations autrichiennes et en donnant son adhésion à un concours direct d'emprunt,

l'Italie a voulu offrir son appui à lin-

tégrité territoriale de l'Autriche.

« La Conférence de Lausanne, qui reprit ses travaux le 23 avril, avance lentement à travers des difficultés sérieuses résultant de la délicatesse et de la complexité des questions qu'elle doit examiner. L'action de la délégation italienne a été toujours marquée par une pleine objectivité et son efficacité à été reconnue. et appréciée à sa juste valeur. L'Italie doit estimer comme étant de son intérêt vital le retour à la situation normale, la liberté du commerce

dans le Levant, le développement économique et le progrès civique de tous les peuples qui habitent sur les bords de la Méditerranée orientale. Bien que toutes les questions n’aient pas encore été résolues à Lausanne, on a pourtant obtenu une solution satisfaisante pour quelques-unes de celles qui intéressaient notre pays.

La réserve du gouvernement d’Angora sur l'attribution à l'Italie de l’île de Caltelrosso, dont la possession par l'Italie ne pouvait pas justifier la crainte de visées agressives à l'égard de la Turquie, a été retirée. Notre drapeau continuera à protéger, dans l'avenir, la population qui s’est confiée à nous. Pour notre marine marchande qui, par une tradition séculaire, a les plus grands intérêts dans les mers

du Levant où elle contribue au dévelop-

pement du commerce de la Turquie, on a pu obtenir de celle-ci que, pendant deux ans, les droits acquis pour le cabotage le long des côtes de cet Etat soient respectés. »

L'une des principales préoccupations de la politique étrangère italienne est, nous le répétons, l’émigration. Actuellement, les Italiens, forcés de s’expatrier, perdent contact avec la mère patrie, non pas sous le rapport des sentiments qui, chez eux, sont extraordinairement vivaces, mais au point de vue civique. La prévoyance fasciste considère qu'il y a là tous les éléments d’une force énorme, que si l’on parvient à multiplier les relations entre

L’émigration.

les Italiens du dehors, à les stimuler dans la défense de leurs intérêts et de leurs droits, à les suivre de telle façon qu'ils se sentent soutenus et protégés, on formera ainsi un bloc, une masse dense, homogène, éminemment profitable au progrès de l'influence italienne. Un sujet anglais,

c'est toute l’Angleterre et qui le moleste

risque de s’attirer de graves sanctions.

Un american citizen, füt-1l né paria, a reçu mission de faire respecter partout ‘le drapeau étoilé... Cet \exemplehhess suivre ; 1l faut que la dignité italienne en terre étrangère soit défendue par tout Italien comme son bien personnel. Ainsi arriverait-on très rapidement à un relèvement de l’idée nationale, ce qui est, en somme, la meilleure propagande, à condition, bien entendu, de ne point tomber

dans des excès de gloriole, n1 dans dés erreurs d’ämbition.

Par un resseéntiment des plus compréhensibles vis-à-vis de l’Entente, certains Fascistes ne cachent point, dans leurs propos, dans leurs écrits, que le gouvernement de: Mussolini ne serait point hostile à un rapprochement avec les nations de l'Europe centrale, Autriche, Allemagne, Bulgarie, Turquie, Hongrie. Nous ne croyons pas qu'il falle discerner dans cet

« avertissement » autre chose que l’ex-

pression d’un légitime dépit. Car la nouvelle Italie a mieux à faire que de tendre les mains à des peuples dont la gloutonnerie et la férocité sont légendaires. En

L'orientation dangereuse.

admettant même qu'ils en soient guéris — et c’est bien peu vraisemblable — cette guérison serait un peu trop récente pour inspirer une absolue confiance au peuple italien. 3 En outre, l'Italie victorieuse se doit à elle-même de rechercher des associations plus difficiles à réaliser. Que les puissances humiliées se rapprochent et tentent de s'unir, cela est dans l’ordre logique...

Mais qu'un peuple vainqueur offre aux vaincus l’appui de son épaule, c’est une erreur psychologique. Certes, 1l faut se garder, entre nations, des attitudes par trop distantes et propices aux menues vexations ; les plus fortes rancunes s’apaisent, le temps égalise les plus vives aspérités. Mais on doit non moins redouter les impulsions téméraires. Et ceci me

ramène à l’œuvre considérable dont j'ai entretenu Mussolini lui-même et qui a reçu l'hommage de toute son attention.

Nombre de personnalités marquantes, de qui l'opinion fait loi en économie politique, se préoccupent de l’action de plus en plus souveraine qu’exercent sur le

commerce du monde les groupements

germaniques et anglo-saxons, et déplorent :

l’inertie des pays latins, passifs témoins de cette expansion inquiétante. Tandis que la France et l'Italie, l'Espagne et le Portugal observent l’un vis-à-vis de l’autre une expectative stérile et se laissent diviser

par des questions de sentiment, d’autres

Pour une Fédération panlatine.

nations, les plus ambitieuses, les plus prolifiques n'accordent aucune importance au point de vue sympathie, à la cote d'amour, si prépondérante chez les Latins, et n'hésitent point à passer outre à ces.

bagatelles platoniques pour donner tous leurs soins à la seule valeur durable, c’esta-dire aux affaires. C’est ainsi que l’Angleterre, voire les Etats-Unis, totalement indifférents au degré d’aflection qu'ils peuvent avoir pour l’Allemagne et la Russie, ne demandent qu'à reprendre avec ces dernières un trafic profitable à leurs intérêts. Un client n’est pas nécessairement un ami; peu importe que nos fournisseurs nous détestent ou nous chérissent.. En vérité, c’est une forme d’esprit toute féminine qui place lamitié, sinon l’amour, au premier plan des rela-

tions internationales. Sous .ce rapport la France et même l'Italie témoignent d’une sensibilité singulière qui, pour être le défaut de leur qualité dominante, n’en est pas moins un défaut et un fort grand.

Dans la reconstruction de l’Europe, ce thème de tant d’allocutions, de conversations et d'interpellations qui n’ont encore abouti qu’à un puéril vacarme, il y a pourtant autre chose à faire que des grâces.

Le temps que nous passons à des disputes de préséance, à des colloques tout enflés de mots sonores, les foules taciturnes du Nord, mais combien actives, l'utilisent à vendre et à acheter. A vendre à leurs ennemis d'hier qui sont leurs chalands d'aujourd'hui et, demain, le seront forcément davantage. À acheter à leurs antagonistes redevenus les producteurs de ma-

«ol

tières dont ils ont besoin plus que jamais.

Ces échanges commerciaux deviendront tôt ou tard des rapports plus étroits. Ces rapports imposeront des accords, ces accCords, des traités de. commercehetmees traités, des alliances. Alors, l'amour y jettera son ciment s'il lui plaît. et cela ne fera qu'ajouter à la solidité de l’édifice. Et vous, Latins 'sSenumenmres qu'aurez-vous fait ? Rien !... Et vous serez bien forcés de négocier avec l’omnipotence des firmes anglo-américo-russo-germaniques, sous peine de vous passer de céréales, de textiles et de minerais.

Mais bannissez tout à coup vos mésintelligences; oubliez-les, mettez-les de côté pour en reprendre plus tard la liquidation. Ajournez le règlement du litige

hispano-lusitanien, le règlement des con-

testations 1talo-françaises. Et que vos délégués plénipotentiaires, choisis parmi les marchands, les industriels, les manufacturiers, les armateurs, les agriculteurs, les banquiers, parmi ceux qui font l’argent et non ceux qui le regardent faire, que ces délégués se rencontrent loin des parlements et des parlementaires et se concertent sur le moyen d’associer la proetemide lltahe, de la France, de la Belgique, de l'Espagne, de la Roumanie, du Portugal, de l'Amérique et de l’Afrique latines.

Non, ce n'est pas impossible ! Il existe Hoinsidäbimes entre la lire, le franc, Îa peseta, le lei et l’escudo qu’entre la livre, le dollar, le mark et le rouble. Or, nous ne tarderons pas à assister à des arrangements

tels que le rouble et le mark se rappro-

ep.

cheront de l’étalon dollar et de sa commère sterling. Non plus par la vertu provisoire des armes, mais par les offensives financières, le négoce finira bien par lancer des ponts entre Berlin, Moscou, Londres et New-York. Et, ce jour-là, léquihibre déjà si instable des grandes puissances sera définitivement compromis, puisque toute la production se trouvera trustée par les peuples maîtres.

Au contraire, que la Fédération panlatine entre dans une voie de réalisation, que Rome, Paris, Bruxelles, Madrid, Lisbonne, Bucarest deviennent les six comptoirs d’une banque géante, voilà instantanément l'équilibre rétabli. Lignes ferreviaires, lignes maritimes, entrepôts, usines, sans abandonner ni leur pavillon, n1 leur au-

tonomie administrative, fonctionnent dans

un sens déterminé par la Fédération. Un organisme central permanent, subdivisé en comités, entraîne toute l’activité latine vers la surproduction commune... C'est, en somme, une autre Société des Nations qu'il s’agit de fonder, non pas une coûteuse et vaine bureaucratie comme celle de Genève, mais plutôt une forte

organisation de travail pacifique et pro- :

ductif.

Un exemple à propos de cette dernière :

avant que la grande guerre n’éclatât, l’AIlemagne avait entrepris, sans en donner avis à personne, une vaste consultation internationale entre les pays sur lesquels la Wilhemstrasse croyait pouvoir compter,

Le plan des ‘ Huit B”

pour la création d’un réseau de chemins de fer dont la tète eût été Berhrm emo eût embrassé de ses tentacules la Suisse, l’Autriche-Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie, la Turquie et la Syrie. Extrèmement populaire, ce plan, basé sur un emprunt colossal, eût fait affluer les souscriptions ; 1l était connu sous le nom de Plan des Huit B, savoir : Berlin, Berne, Budapest, Bucarest, Belgrade, Byzance, Beyrouth et Bagdad. Que la finance allemande ne se soit pas laissé tenter par l’aventure guerrière, qu’elle ait poursuivi ce hardi projet de pénétration et, en peu de temps, l'Allemagne et toutes les contrées traversées par le rail contractaient une véritable assurance de prospérité. Des relations régulières s’établissaient entre la mer du Nord et la mer Noire et, bientôt,

faisaient communiquer, par l’une tout le centre Europe, les Balkans et l’Asie Turque avec l’Amérique du Nord et, par l'autre, avec la Perse, puis avec l'Inde.

C'était, repris et agrandi par l’Allemagne, le rève de Napoléon.

Si nous adaptons à la Fédération pan- L'Europe latine une conception analogue, nousvoyons latine. que les cinq nations principalement intéressées : Belgique, France, Italie, Espagne et Portugal, dessinent un triangle presque parfait appuyé sur Paris, Lisbonne, Rome.

Une ligne tracée de Paris à Rome commande, par Marseille et les ports italiens, tout le commerce avec les Echelles du

Levant, l’Afrique et l’Extrème-Orient ;

une autre diagonale à travers l'Espagne, aboutit à Lisbonne. Et Lisbonne, ne l’ou- | blions pas, c’est l’accès direct à l'immense Brésil et à toute l'Amérique du Sud.

On aperçoit de suite les conséquences merveilleuses que pourrait entraîner une entente préalable de l’Europe latine. Au bloc initial viendraient se souder, avec le Brésil, les autres peuples néo-latins de l'Amérique : le Mexique, l'Argentine, et toutes ces nations vigilantes du Nouveau Continent : le Pérou, l’'Uruguay, la Bolivie, le Vénezuela dont le zèle envers la Latinité mère ne s’est jamais ralenti, n'a jamais failli aux heures même les plus tourmentées. Identité de race, étroite analogie de régime, sympathie ardente, tout concourt à leur union avec nous... A COUP sûr la tâche est formidable, les moyens

de la mener à bien sont délicats, mais aussi là matière est singulièrement riche.

Nous ne faisons que jeter l'idée sur le papier, comme le firent et Sully et l'abbé de Saint-Pierre lorsqu'ils rêvèrent le Fribunal des Nations. Qualifié de chimère, leur plan commence de recevoir aujourd'hui un semblant d'exécution... Mais, | parce que nous avons, du temps, une notion bien difiérente de celle de nos pères, nous sommes fondés à espérer qu’il faudra moins de trois siècles pour édifier la Fédération panlatine.

À Mussohim, aux hommes de bonne volonté que son exemple suscitera et qui ne craindront point de marcher de front avec lui, nous vouons ce projet grandiose.

Au demeurant 1l n’a rien d’insolite n de démesuré ; il repose sur une formule d’asso-

ciation familière à tous les sociologues modernes ; 1l substitue les collectivités aux individus, voilà tout. Et, puisque cette conception ne met en jeu que l'argent des peuples et non leur sang, que leur intérêt, non leur orgueil, ce projet est réalisable ; donc il faut le réaliser.

Ah! s'il se pouvait que chacune des patries latines évoluât soudain comme vient d'évoluer l'Italie, si la- politique, un peu partout, cessait d’être, ainsi que l'a dit Mussolini avec sa raillerie terrible « un cercle comme il faut de vieillards glacés », point ne serait besoin de consultations interminables pour faire de la Fédération panlatine une vérité évidente ! Mais, à défaut des politiciens de métier, à défaut des professionnels du Peut-être, du Qui sait,

du Plus tard, nous avons les ambitieux et

les énergiques, les hommes de travail, les hommes d’affaires, les hommes nouveaux.

Eux sauront voir dans l'exposé de la Fédération panlatine mieux qu'un Voyage

en Îcarie.

Tout ce que nous souhaitons, c’est que L'expansion ces hommes d'’aflaires, ces hommes de germanique travail ne soient pas les avides et puis- en Amérique sants animateurs de l'Allemagne soi-di- du Sud. sant épuisée. Ce nest pas d’hier que les Allemands nourrissent des projets de conquête économique à l'égard des pays sudaméricains. Dans un article déjà ancien (1) nous écrivions ces lignes, toujours d’ac-

tualité, où se traduit la préoccupation

(1) Le Correspondant, 29 mars 1910.

qui na jamas cessé d'habiter notre esprit :

« Si formidable qu’ait été la puissance militaire de VPAllemagne, elle apparaît moindre encore que sa puissance industrielle et commerciale. Celle-ci, en étlens a rayonné dans l'univers entier, tandis que Paction militaire n’a réalisé des gains véritables qu'en Europe. Croire que le principe essentiel de l’hégémonie germanique est détruit parce que le militarisme allemand n'existe plus, serait donc une conception erronée; à n'en pas douter, les Alliés n’ont accompli jusqu’à présent que la moitié de leur tâche, puisque les soldats allemands d'hier, à peine rendus à la vie civile, seront demain autant de commis-voyageurs lancés à la conquête

du monde.

« Nous devons nous refuser à admettre, par exemple, que les Allemands renoncent à poursuivre, dans les républiques latines de l'Amérique, le patient travail de mainmise qui leur a déjà si bien réussi. D’autant plus empressés à ouvrir là de nombreux débouchés à leur commerce, que les marchés d'Europe leur seront momentanément fermés, 1ls porteront de préférence leur eflort sur ces contrées lointaines. Or, il ne faut pas qu'il en soit ainsi, 1l ne faut pas que la puissance germanique demeure vivace en Amérique du Sud, il ne faut pas qu’elle continue d’y drainer l'or et la pensée. Mais quels efforts devra-t-on prodiguer pour arracher le gouvernement de la République française aux sables mouvants des passions inté-

rieures, pour orienter son initiative vers

Un essai de réalisation.

le continent sud-américain où croît, peut-

être, le mystérieux avenir dè l'humanité. »

Et nous ajoutions, entrant ainsi de plain-pied sur le terrain des réalisations matérielles :

« Il faudrait, en premier lieu, amener les gouvernements de l’Entente (1), aussitôt la paix signée, à créer. unesonte d'Office des relations internationales, dont le personnel actif serait recruté, non parmi les diplomates, mais parmi les manufacturiers et les marchands. Tandis que des missions nombreuses, composées de spécialistes et de techniciens éprouvés,

(1) I suffit de substituer aujourd’hui au mot Entente, Île mot Latinité.

seraient envoyées dans tous les Etats de l'Amérique latine, avec l’obligation formelle de s’enquérir des besoins des nations intéressées, et d'en dresser promptement de brefs rapports pour les envoyer sans retard aucun à l'Office central, celui-ci entrerait en relations étroites avec les producteurs, de façon à leur indiquer les débouchés indispensables à lPécoulement de leur fabrication. En même temps l’Office central s’emploierait à obtenir la création de lignes de navigation supplémentaires, pourvues des procédés les plus modernes, ainsi que lextension et la simplification des méthodes financières qui, particulièrement en France, sont loin de la perfection. »

Telle est notre appréhension : nous redoutons que le projet d’une Fédération

panlatine soit démarqué au profit de quelque race septentrionale et que, sous le couvert de cette généreuse initiative, sous le fallacieux prétexte de mettre en commun les intérêts latins, ce soient, en réalité, des intérêts allemands ou autres qui bénéficient d’un accord interlatin.

S'il nous était donné de pouvoir aller de porte en porte prêcher la bonne parole, de capitale en capitale renouveler l’avertissement célèbre du vieux Caton, nous nous ferions volontiers le pèlerin de cette nouvelle croisade, pour le salut de la Latinité génératrice de foi, nourricière de génie, dispensatrice de toutes les vertus qui ont fait régner sur le monde la mansuétude, l'indulgence, la douceur de

vivre.

Page 1