EXORDE
Fils de la Louve, héritiers dispersés du demi-dieu qui, au flanc du Palatin, bàtit la première maison de la première ville du monde, Peuples latins, c’est à vous que Je viens parler. Je ne sais si ma voix portera jusqu'à Vous, si vous Interromprez un instant vos labeurs ou vos jeux pour m'entendre, mais dussé-je n'être point écouté, je tenterai de réveiller dans votre sang les souvenirs de gloire et d’orgueil à quoi vous devez de vivre.
Aujourd’hui comme aux plus belles
heures de votre histoire, c’est vers Rome que je voudrais tourner vos regards. Non pas vers la Ville Eternelle des rhéteurs et des orateurs, des archéologues et des idéologues, non vers la cité splendide où s’amoncellent les tombeaux, mais vers la Rome vivante dont la place ne cesse de grandir depuis soixante années dans Ja politique du monde. A quoi bon vous répéter qu’'Elle fut le plexus solaire de la
civilisation ! Si Elle a été pendant des siè-
cles et des siècles la capitale du vieil Univers, elle est aujourd’hui la capitale
de l'Italie nouvelle. En confrontant les
dons du passé et les promesses de l’avenir, bien hardi qui pourrait affirmer que la gloire de demain ne surpassera pas la gloire d’hier. | Peuples latins, ne vous arrive-t-il pas
d'oublier parfois votre illustre origine ?
C’est une tendance bien moderne que de ne plus attacher d'importance aux fillations lointaines, tellement l’homme :incline de plus en plus à se dire citoyen de partout. Nous accoutumons de croire que l’on vit aussi agréablement à Londres qu'a Madrid, à Vienne qu'à Lisbonne, mais, ce faisant, nous sommes des dupes, nous agissons contre notre sincérité. En nous, Latins, une voix profonde s’élèvera toujours pour s'indigner des roideurs de la vie septentrionale, si blessantes à notre sensibilité, pour noter implacablement la tristesse des ciels et des visages, l’effroi des vives couleurs et des chauds parfums, le flegme des attitudes et la rudesse des Voix, en comparaison de notre parole abondante, de nos gestes expansifs, de
ns
notre amour des belles nuances sous notre fier soleil. Encore que les échanges intellectuels et les relations d'intérêt n'aient jamais été si intenses, nous éprouverons toujours un malaise inavoué parmi ceux qui ne possèdent ni notre sang tumultueux, ni notre généreuse véhémence, ni ce penchant à l’émotion ou à la colère qui fait les martyrs et les héros, D’aucuns s’imaginent que ce sont là des caractéristiques répréhensibles et quil sied d'adopter, au nom de l’ordre et de la règle, un ton et des allures uniformes, en sorte que l’on ne puisse presque distinguer un [bère d’un Anglo-Saxon, un Italien d’un Slave. Rien ne saurait être plus pernicieux, contraire à la beauté d'une race. Une détestable servilité mondaine nous conduit, tous tant que nous
sommes, à dépouiller notre personnalité vraie, à défigurer nos usages, à peupler nos villes d’architectures identiques et d'habitants strictement conformes à un banal modèle courant. Que ce virus progresse et, bientôt, nos âmes seront pareilles à celles de nos voisins, nos visages adopteront une physionomie neutre et il deviendra impossible, en se penchant sur notre art et notre littérature, d’y trouver des originalités.
Parce que la grande guerre a mêlé les races, il ne s'ensuit pas que, passé le temps de l'effort, elles doivent rester confondues. En effet, l’abdication de notre personnalité essentiellement latine entrainerait peu à peu un renoncement à nos légitimes ambitions fondées sur notre race même. Ces ambitions ne peuvent préva-
loir qu’en raison directe de notre nationa-
lisme; notre expansion est fonction de notre tempérament. Dès lors, il apparaît nettement que nous avons, Latins, un intérêt immense à demeurer Latins de Îa façon la plus ostensible, si nous ne voulons pas être absorbés quelque jour par une civilisation différente de la nôtre, plus active et plus consciente de sa supériorité.
A vous donc, Foules latines, de revendiquer hautement la source mère d'où vous avez jailli. Et puisse votre juste fierté vous insuffler la force d'agir autrement que par des manifestations purement spirituelles, car aux écrits ont succédé les actes et ceci tuera cela. Puissiez-vous ac quérir la notion exacte de votre valeur matérielle, née de votre valeur intellectuelle, puissiez-vous enfin vous rendre
compte qu'un exemple vous est donné par la Rome de 1923, un exemple de vitalité, d'énergie, de discipline et de re-
naissance.
C’est à vous que je m'adresse, Latins d’Espagne, descendants des Ibériens de Sagonte, alliés de Rome contre Hannibal, vous qui avez gardé, magnifié, transmis toutes les vertus héréditaires : le culte de honneur, le sens du sacrifice, le savoir, l’héroïsme et l’enthousiasme, cette sublime fièvre ! Tourmentés dans vos élans, contraints dans vos aspirations, vous vous drapez d’indifflérence avec ce geste hautain quin appartient qu à vous. Ne croyezvous pas quil y ait mieux à faire ? Ne
AR
L’appel aux Légions.
sentez-vous point que l'inquiétude a assez duré, que votre humeur ombrageuse doit faire place à un souci de solidarité et.
votre désunion à une discipline ?
À toi, France, à la fois celte et latine, violente et tendre tour à tour avec ton front breton et ton rire provençal, toi qui adores tous tes frères latins sans bien exactement les connaître | Veux-tu te hausser sur tes pointes et mieux observer ce qui se passe au delà de tes frontières ?
Veux-tu commencer de chercher tes vrais amis où ils sont, non pas dans les pays de brouillards et d'ombre, mais dans les contrées où le travail et l’amour ont le même accent que chez toi ?
Peuple belge divinisé par le sacrifice et qui donnas ton sang pour la Latinité, toi le premier meurtri et le premier vain-
quéur, viens combattre à nos côtés encore pour triompher de nouveau avec nous.
Ta place ést marquée à la droite de la Francé, car c'est grâce à toi, nul ne la Oublié, que le foyer latin est aujourd’hui plus ardent que jamais.
Portugais mes frères, Lusitaniens qui avez découvert ét conquis la moitié du mondé, qui avez fait reculer toutes les aigles dans tous les temps, Portugais divisés par des conflits d'opinions, par des erreurs démagogiques, il vous faut abdiquer vos querelles médiocres, chercher d’autres raisons de vous passionner, employer à dé plus hautes conquêtes l’ardeur de vos élans. Votre passé débordant de richesse vous commande de ne pas faire succéder à tant d’exploits authentiques uné vaine et stérile agitation, un més-
. let OPEN LAPS fr l'US nu Le RENE Rat ES MASSE ue NOTE RME AUS NUE AE NO NE
EURE mn DA PU
usage de votre force et de votre dignité.
A vous, Daces, qui formez l’avant-poste
latin aux approches de l'Orient, nation
perpétuellement déchirée entre le Croissant et la Croix, Rouraains établis sur l’autre versant de la Latinité, dans l’ombre dorée de Byzance ! Redoutez cette élégante inertie des peuples trop évolués, dédaigneux de l'effort parce que, d’avance, ils en méprisent les buts. Vous poursuivez la sagesse et la science au fond des bibliothèques, sans paraître vous douter qu'elles sont dans la vie de chaque jour, qu'il faut ne jamais cesser d’être en haleine sur la piste du succès, que rien n’est plus néfaste que l’immobilité contemplative. Et c'est pourquoi je vous conjure de m'’entendre !
Vous, enfin, multitudes néo-latines,
peuples espagnols et portugais du Nouveau Continent, du Brésil, de l’Argentine, du Pérou, de lUruguay, du Mexique, puisque vous détenez une partie du vaste
héritage, puisque, dans vos veines court la
sève pourpre de Rome, vous devez associer vos énergies à celles de l’Europe latine, suivre son geste, marcher de son pas, f e . . L ) À
étreindre ses mains, imiter son zèle et contempler, avec la Roumanie, avec le Portugal, la Belgique, la France, l'Espagne, l’événement précurseur, l'événement romain.
Est-il si éloigné de nous, le temps où M. de Metternich, l'arbitre de l’Europe, se plaisait à dire: « L'Italie n’est qu'une expression géographique. »?
L’Unité italienne.
Aux termes des traités conclus en 1816, l'influence autrichienne s'exerce sur toute la péninsule ; l’aigle bicéphale étend ses ailes ténébreuses sur Venise, sur le Milanais, sur Florence et sur Naples. La Savoie seule et Rome sont épargnées, demeurent isolées et impuissantes au milieu des provinces captives.
Mais ce n'est pas en vain que l’ouvrage du libéralisme remue, en France, le trône des Bourbons. La lutte contre la Restauration incapable trouve de l’autre côté des Alpes un écho sonore, et voici que les conspirateurs français prennent le nom italien de « carbonari >. En Piémont d'abord, puis en Campanie, la « piazza »
gronde, la révolte éclate, le peuple veut l’indépendance et l'unité. Dès 182r, Ferdinand, roi de Naples, est contraint d’ac-
corder une constitution. C’est le feu aux poudres : écrasés à Novare et à Rieti, les émeutiers se rassemblent, reprennent courage et remontent à l'assaut. La Romagne se soulève à son tour, la Calabre ensuite. C’est l’époque où Mazzini, sans cesse exilé, sans cesse passant la frontière * pour animer les défenseurs de la liberté, fonde à Milan le journal L'Italia del Popolo, dans le même élan de patriotisme qui déterminera soixante-quinze ans plus tard Mussolini à fonder Le Popolo d'Italia. Étranges rapprochements de l’Histoire | |
Garibaldi lève une armée, Rome proclame la République. Charles-Albert vaincu, mais fidèle à la cause italienne, abdique en faveur de son fils Victor-
Emmanuel I*. Entre Cavour, sa balance
Les semeurs d’ivraie.
et Garibaldi, son épée, le nouveau roi calme le Piémont, révèle, en Crimée, la valeur italienne et pose la question de.
l'unité italienne au Congrès de Paris. La France approuve et envoie ses soldats contre l’Autriche. 18ç9 : la Lombardie est conquise ; 1860 : expédition des Mille, Naples et la Sicile sont annexées ; 1866 : la Vénétie est acquise ; 1870 l’unité italienne est proclamée.
Qu’en dis-tu, spectre de Metternich ?
Mais cela, c'est un passé déjà endormi, car la gloire aussi n’est que poussière. Le geste libérateur à quoi je consacre ce discours, ce geste, c'est mieux que l’histoire d'aujourd'hui, c’est l’histoire de demain.
Et c'est parce que nous y discernons tout un bouleversement salutaire des théories et des systèmes, des vieux oracles et des codes périmés, des songeries creuses et des fastidieux verbiages ; parce que, en Italie, chez ce peuple qui n’a employé que cinquante ans à prendre place au premier rang des puissances, nous voyons un homme, des actes, de l'énergie, de la foi, de la volonté, nous venons dire, crier à toutes les foules latines : regardez l'Italie et faites comme elle !
Non par désir d’une belle attitude, non pour des buts mal définis, mais pour délivrer la lumière du boisseau, si vous vous plaignez d’être dans l’ombre. France, Espagne, Belgique, Roumanie, Portugal, peuples de bravoure et d'élégance, vous aussi vous êtes hantés, tentés peut-être par
le poison moscovite, par le subtil ferment de désagrégation que sont venus colporter, voilà quelque vingt-cinq ans, ces Slaves si doux, dans nos universités, dans notre art et notre littérature. Renverser le régime, détruire et ne pas re-.
construire, Ô nihilisme, tu n'as fait que changer de nom ! Foules de la Latinité, admettez-vous un seul instant l’affreuse idée que vos gloires ne forment plus qu’un énorme chaos ? Déjà rebelles à vos lois.
nationales, souffririez-vous que des ordres vous vinssent de cette trouble Russie ?
Le voudrais-tu, Espagnol et toi, Portugais, toi, Roumain, toi, Belge, et toi, la France ?
Sinon, pourquoi tolérez-vous que, chez vous, l’œuvre néfaste ait des artisans et que livraie se mêle au bon grain ?
Puisqu'il est certain que nous haïssons cette agitation louche, ces basses insinuations que des envieux s'efforcent de propager dans nos rangs, pourquoi, nous qui sommes la foule latine à l'esprit clair, aux yeux francs, pourquoi ne pas imposer silence, une fois pour toutes, à ces mauvais bergers? S'il est admissible que nous ayons hésité jusqu'ici, par aversion du tumulte, par indifférence, par nonchalance, l'Italie ne vient-elle pas de nous enseigner comment on brise les jougs ? Ce qu'elle à fait, qui nous empêche de le faire? Que vaudront la propagande communiste et son fatras de revendications mensongères le jour où tous les peuples latins, la France après l'Italie, l'Espagne, le Portugal, la Roumanie, la Belgique dénonceront d’une même
voix la duperie odieuse du régime sovié-
Les parasites.
tique, chasseront ses suppôts et opposeront le blocus latin à la terreur moscovite?
Mais ce n’est là que le premier degré de l'ascension nécessaire ; le sauvetage de la Latinité ne réside pas seulement dans son arrachement aux tourmenteurs russes et la paix de l’Europe est à plus haut prix. Le geste de Mussolini a fait bien plus que bannir à jamais d'Italie les réalisations communistes ; 1l a orienté l’espérance nationale vers de nouveaux destins. Ce que nous voyons, en Italie, c'est la substitution d’une politique neuve à une politique usée, c’est la fin de ces temporisations oiseuses, de ces perplexités, de ces ambiguïtés qui sont pareilles à de
vieux fauteuils dans lesquels les ministres d'aujourd'hui succèdent aux ministres d'hier en se bornant, pour unique transformation, à changer la couleur des housses. Il ne s'ensuit pas moins que les ressorts sont fatigués, que les meubles ne tiennent plus que par habitude ! Ce sont eux qu’il faut changer, ce sont les routines professionnelles des gouvernants, l’effroi des responsabilités, le désir de contenter tout le monde, l'horreur des complications, l'amour du verbiage, la paresse administrative, l’indécision, l’ignorance.. Ce qu'il faut changer, dans les pays latins bien plus que dans les autres, c'est le recrutement des ministres nouveaux parmi les anciens ministres, c'est le remplacement des fonctionnaires périmés par d’autres qui le sont tout autant,
sinon davantage. L'Italie souffrait de ce mal singulier ; elle souffrait de giolittisme chronique puisque, chaque fois que tombait un ministère quelconque, les -parlementaires de Panurge prononçaient instantanément le nom de M. Giolitti. Routier de carrière, rompu à toutes les aventures, plein de talent, dénué de génie, M. Giolitti, en effet, s’entendait à merveille à replâtrer la politique italienne. Mais le plus beau replâtrage, ce n’est pas de la reconstruction, c'est du trompe-l'œil, du décor, du postiche... Une heure vint tout de même où lItalie impatiente, énervée, se déclara lasse de ces badigeonnages fallacieux et voulut des matériaux réels.
M. Giolitti eut beau offrir ses bons et loyaux services, vanter ses procédés de camouflage et montrer son équipe de minis-
tres cent fois battus et cent fois vainqueurs, l’Itale secoua furieusement la tête et cria : « Je veux voir des choses nouvelles !..: » Ce cri, est-ce que chacun de nous, dans son for intérieur, ne l’a pas quelquefois poussé ?
Ah ! combien de crises gouvernementales ne sont en réalité que des chasséscroisés ! Que ce soit en France, que ce soit en Espagne, en Portugal ou ailleurs, toujours les mêmes silhouettes se profilent sur lécran de la politique avec les mêmes gestes, avec les mêmes tics! Peu importerait si la conduite du monde ne comportait que des problèmes paisibles, des difficultés sans souffrance... Mais depuis que l’après-guerre nous révèle des bouleversements, des complications, des menaces dont nos soldats croyaient bien avoir ar-
Les erreurs fortes comme des vérités.
raché les germes, où sont-ils les esprits proportionnés aux travaux ? Peut-être croiton que la race en est disparue, que le nivellement propre aux démocraties a réduit toutes les énergies à un format unique.
Et pourtant Mussolini vient de paraître!
S’ensuit-il que l’on doive souhaiter le bouleversement des Constitutions, le retour aux régimes abolis ? Ce serait choir dans un embarras tout aussi ténébreux.
Mais 1l est bien permis de déplorer que les « immortels principes », pierre d'angle de toutes les démocraties, aient engendré l’hérésie de l'Etat nourricier, de l'Etat qui paye au même taux les bons et les mauvais services. Pourquoi s'étonner de
voir partout régner l’inertie, quandiln’existe plus de responsables ? Pourquoi tel serviteur du bien public s’'évertuerait-il à accomplir sa tâche mieux que son voisin, si rien ne vient récompenser son eflort ?
Les collectivités ne mettent pas seulement en commun leurs vertus, mais aussi leurs vices, et parce que ceux-ci, par la loi de l’humaine nature, sont plus nombreux que celles-là, 1l s'ensuit que le dogme de la fraternité est trop souvent une mise en valeur des Caïns au préjudice des Abel.
Une autorité clairvoyante et vigilante peut, seule, établir le départ entre les bons et les mauvais, élever les uns, châtier les autres, selon la justice la plus élémentaire et aussi la plus prompte. Car un philosophe la dit : la justice lente est une injustice. Lorsque la sanction inter-
vient trop longtemps après la faute, tout le bénéfice du blâme est perdu. Le binôme Autorité-Justice a singulièrement périclité depuis Dracon ; à l'heure où nous sommes, tout le monde commande et personne n’obéit, pas même ceux qui ont mission de châtier. L’incapacité et le savoir conduisent à des buts équivalents, avec cette différence que la première y atteint plus vite, parce que moins naïve. Cela, mon Dieu, nous lavons toujours vu, c’est le propre des foules, mais dès qu'il s’agit de la chose publique, de l'avenir d’une nation, de sa prospérité, de sa sécurité, cette admission de l’artificiel au même titre que le vrai acquiert une terrible importance.
Sans autorité, plus de sélection, plus de travail utile. Dans un Parlement sans autorité, quiconque émet un vœu, propose
une ‘loi, invente une jurisprudence est à peu près sûr de faire adopter son bâtard.
De là ce foisonnement de lois inopérantes, qui, au hasard des législatures, poussent comme la mauvaise herbe. Un texte est lancé, des articles imprévus s’y annexent, des réticences s’y accrochent, des correctifs et des sous-entendus. Parce que chacun, à ce monument, veut apporter sa pierre, sans se préoccuper de l'avis de l’architecte, l'édifice, en fin de compte, surgit informe, inutilisable, perpétuellement inachevé : c’est la tour de Babel. Il y a ainsi, en France et ailleurs, bon nombre de lois laborieusement composées, qui jamais ne serviront à rien et que personne ne comprendra jamais, faute de cohésion, de fermeté, de sévérité. La loi, pour être respectée, doit être d’airain.
«LeRoï règne et ne gouverne pas).
Un autre abus des démocraties modernes consiste dans l’incompréhension du mot chef lequel vient du latin Caput et signifie tête. Par un bizarre contresens, c'est tout justement, de nos jours, le Cheï de l’État qui est le moins admis à penser, à prévoir, à gouverner, ce soin étant l’apanage des ministres. Mais étant donné que ces ministres sont inféodés aux factions
parlementaires, sortes de mercenaires à la
solde des ambitieux, 1l en résulte que
personne ne pense, ne prévoit, ne gouverne et que l’État va comme il peut, où il peut, guidé par la routine comme un aveugle par son chien. | Il est indiscutable que la contexture politique des anciennes démocraties est archi-usée. Elle a été élaborée par des
hommes d’un autre âge pour des besoins
d’un autre temps. Envisager sa réforme, comme on le projette en France depuis tant d'années sans pouvoir s’y résoudre, cest vouloir tomber de Charybde en Scylla.. Les Constitutions ressemblent à
Minerve qui sortit tout armée du cerveau
de Jupiter : c’est l'inspiration qui les fait jailir. Qui dit inspiration dit une âme, Huettete, une autorité, des chefs ! Où sont-ils ? A quoi les reconnaitre ?
Ils sont dans la multitude qui les ignore comme ils s’ignorent eux-mêmes. Ils ne deviendront agissants et visibles que le jour où la clameur nationale trouvera en eux un écho tellement vibrant qu'il aura la majesté d'un sacre. Mais si cette clameur
Les augustes inconnus.
ne s'élève point, si le rayon ardent ne va pas les frapper dans l'ombre, ils demeureront inaperçus. Ainsi que de grands capitaines peuvent vivre et mourir sans que le hasard leur ait fourni l’occasion de manifester leur génie, de puissants animateurs sont condamnés aux ténèbres. Toute leur gloire dépend d’un choc; il faut que l’acier de leur volonté heurte le silex du courroux populaire. Otez au tribun le tas de pavés sur quoiil se hisse pour haranguer la foule, et sa voix n’a plus de portée. Otez à Gambetta l'effondrement du Second Empire, et Gambetta reste toute sa vie un petit avocat.
Trop simple est la thèse de la prédestination. Si l’événement ne va pas au devant de l’homme public, celui-ci se dépensera vainement en efforts. Et puisque l’é-
vénement, presque toujours, c’est l’angoisse ou la colère nationale, on est bien forcé de conclure que l’enfantement d’un héros est au prix de cette convulsion.
Foules latines, c’est donc à vous d’embellr votre histoire. Ne vous bornez pas à exprimer un mécontentement mesquin, mais au contraire, clamez-le par vos bouches innombrables, et ceux qui attendent votre appel se lèveront d’entre vous. Les conducteurs de peuples sont portés par les peuples. Quand ceux-ci sont veules et inactifs, aucun front ne cherche à dépasser les fronts, car l’inertie est contagieuse.
Mais, lorsque la foule irritée s’émeut et s'interroge, celui qui doit la guider surgit, car 1l est une autre contagion plus belle, c'est l’enthousiasme. Toutes ces périodes glorieuses que l’on appelle les pléiades, la
La beauté de croire.
Renaissance, la Révolution, le Romantisme, sont nées de l'inquiétude populaire et de sa soif d’affranchissement. La flamme ne jaillit point d’un foyer refroidi ; sans la lutte il n’est pas de victoire. Exigeons que d’entre nous s’élancent des audacieux, ne nous contentons plus des médiocres et refusons l'obscurité si nous voulons mériter des porte-flambeaux.
Ce qu'un peuple doit apprendre à redouter par-dessus tout, c’est l'indifférence. Sourire au spectacle des événements n’est pas une force, comme on se plaît à le dire, mais une faiblesse, car c’est un acquiescement. Mieux vaut s’indigner que de hausser les épaules ; la colère peut
conduire à des actes, tandis que lironie n’enfante rien. Heureux le peuple qui se passionne, füt-ce d’une manière déréglée ; il affirme ainsi une vitalité puissante, une indignation utile et des réserves d'énergie. Tôt ou tard, il provoquera l’un de ces profonds mouvements qui changent les êtres et les choses. Mais que peut-on espérer d’une nation indifférente? Ni les excès n1 les erreurs ne parviennent à la tirer de son apathie élégante ; elle se désintéresse de son propre avenir, elle se condamne à mort, comme Athènes et comme Byzance.
Machiavel a écrit : « Il vaut mieux pécher par l’impétuosité que par la circonspection. > On ne saurait mieux dire. Le monde ne vit que d'action, de réalisation, d'effort. Tout groupement qui s’immobi-
Agir |
lise recule, cède sa place, permet qu'on le foule aux pieds. Vouloir et agir, tout est dans ces deux verbes et il est encore préférable d'agir pour rien que de refuser
d'agir.
Fils de la Louve romaine, vous n'avez pas le droit de vous reposer sur vos anciens prestiges. Les lauriers desséchés, les couronnes fanées ne sont que des simulacres dérisoires ; seuls comptent les lauriers verdoyants. Hâtez-vous de rappeler aux multitudes septentrionales que l'Univers ne leur appartient pas, qu'il leur faut compter avec votre nombre et votre intelligence. Apprenez à bâtir autant de manufactures que de palais, à 1ns-
truire autant de négociants que d'artistes.
Pour peu que vous en preniez la peine, vous ne tarderez pas à jeter sur le marché du monde des produits incomparables, car c'est à vous qu'appartient le sens de la perfection. Que la quantité renforce la qualité, vous tiendrez aussitôt en échec les pays de fabrication intense. Mais pour cela 1l faut immoler vos inimitiés secondaires aux nécessités impérieuses de la solidarité, 1l faut, non pas rechercher des alliances, mais consentir à des associations, il faut mettre en commun vos possibilités économiques et financières, exactement comme vous avez, en guerre, confondu vos armées.
Agir, agir, voilà toute notre politique désormais. Libérons-nous des conseillers timorés, des timides et des faibles, cher-
Fe ce NEVERS * LR SR ENT URLS CRAN Pt 7 AL HUE MA: ANT A v ENS DE ARTS RAI NS LA NT LUE f À 21
chons des hommes nouveaux et des méthodes nouvelles. Fasse que la sempiternelle partie d'échecs disputée par les diplomaties soit une bonne foi brouillée et jetée dans la poussière ! .… Ne jouons pas au plus fin, accordons-nous sur un terrain commun et le reste s’arrangera de soimême. Enfin ayons des gouvernements qui gouvernent, qui protègent, qui aident, qui encouragent notre besoin d’essor, notre élan vers la prospérité.
Rêves ? Chimères ? Impossibilités matérielles ? … Fils de la Louve, interrogez votre mère. cest Elle qui va vous répondre |