PROPOSITION
Les plus grands événements fuient à Pour les l'horizon de notre mémoire avec une dé- fommes sans cevante rapidité. Nous oublions vite, trop ee vite ! Un temps viendra, certes, où les phases de la guerre s'imposeront derechef à notre dévotion, mais elles auront acquis alors une majesté qui les fera plus belles et aussi plus inaccessibles. On ne les distinguera plus les unes des autres, on les enveloppera d’une admiration totale... La Victoire ne sera qu'une immense expres-
sion abstraite, et la bravoure de chacune
des nations unies s’incorporera dans Îa bravoure commune des Alliés. Ce sera la patine de l'Histoire... Mais cette patine n’effacera-t-elle pas nombre de gestes éphémères, de nobles paroles déjà menacés par le Temps ?
Se rappelle-t-on, dans le peuple de France, l'attitude de l’Italie en 1914 ? Il n'est pas mauvais de rebrousser chemin, surtout quand on s'aperçoit de plus en plus que lon s’est engagé dans la mauvaise route... Si, en quelques esprits un peu trop pressés de juger, de conclure, un doute s’est incrusté quant à la noble spontanéité de la nation italienne vis-à-vis de sa sœur en Latinité, un bref retour en arrière peut suffire à Pextirper.
L'un des hommes politiques les plus
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estimés de l'Italie à cette époque — décembre 1914 — M. Salvatore Barzilai, parlait ainsi
« Lorsque le prince Ruspoli a porté à M. Viviani la déclaration de neutralité, la France a compris que l’Italie mettait le Droit au service de ses vrais sentiments.
Maintenant, tandis qu'il est parfaitement explicable que la France désire davantage de nous, c'eüt été un très vif chagrin, surtout pour ceux qui, comme moi, ont défendu la cause de l’amitié franco-itahenne, d'apprendre que les motifs de notre conduite n'avaient pas été justement appréciés et que notre neutralité n’a pas été considérée à sa juste valeur.
« Je souhaite l’aurore du jour d’une coopération active avec les Alliés. D'ici là je suis certain que la France voudra recon-
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naître que si, au mois de Juillet, nous avons refusé de marcher, c’est surtout pour la raison que voici : parce que la conscience italienne considérait une guerre contre la France comme un fait moralement impossible, »
Six mois plus tard, l'Italie entrait en guerre. Un enthousiasme indicible soulevait la Péninsule tout entière. A Milan, le député Luigi Gasparotto, engagé volontaire en même temps que cent vingt autres parlementaires, s’adressait en ces termes à l’envoyé du Petit Parisien, Serge Basset :
« Dites à la France combien nous la” chérissons, combien nous sommes heureux de voir disparaître enfin les vieux malentendus, et de quel cœur inébranlable nous mènerons avec elle le bon com-
bat contre les éternels ennemis de toute civilisation ! »
Chez les humbles, parmi les gens de la terre, le même cri se répercutait jusque dans les cœurs les plus fermés. Ceux qui ne partaient pas, ceux qui ne donnaient point leur sang donnaient leur or.
« L’élan de nos populations a été merveilleux, déclarait à propos du premier emprunt M. Pavia, ancien Sous-Secrétaire d'Etat aux Finances et disciple du grand économiste Luigi Luzzatti.
J'étais convaincu qu'on aurait vite une grosse somme, comme je suis persuadé que la réussite ne serait pas moindre si lon demandait le double, le triple au peuple italien. >» En un seul dimanche, huit petites communes lombardes sous-
crivirent jusqu'à 117.000 lires. À peine