‹ Mussolini, batisseur d'avenirChapitre 9 sur 36 · KO · texte numérisé non relu

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La boussole affolée.

En dépit de l'avertissement par quoi le Fascisme déclinait toute coopération avec le « gouvernement d'habitude », M. Giolitti, singulièrement tenace, conservait des espérances, à telle enseigne qu’au lendemain du Congrès de Naples, il fut question, simultanément, de la démission du cabinet Facta et de la formation d’un nouveau ministère Giohtti= Orlando, avec attribution de deux portefeuilles aux Fascistes. Mais ce n'étaient que des ballons d’essai envoyés par un gouvernement aux abois; à Naples, Mussolini et les siens, retranchés dans un mutisme impressionnant, esquivaient les interviews, se dérobaient aux interrogations, demeuraient imperturbables. Ils attendaient. De Naples, ils suivaient télépho-

niquement la progression des événements

romains : Le Roi est rentré. — Les ministres se sont réunis pour mettre à la disposition du président Facta les portefeuilles dont il pourrait avoir besoin, en vue d'une intervention des Fascistes dans le ministère. — La réunion s’est terminée sans qu'une décision ait été prise. — Une autre réunion aura lieu dans la journée.

Créera-t-on un gouvernement provisoire Giolitti- Orlando ou Salandra-Mussolini? — Oui. — Non.—M. Facta a remis au Roi sa démission et celle de ses collaborateurs.

Pendant ce temps, à Naples, sur la place du Plébiscite, cent mille personnes regardaient Mussolini. Et Mussolini fit un geste et, dans l’énorme silence instantanément obtenu, il ditces mots : « Il s’agit de jours et, peut-être, d'heures. Ou le gouvernement nous donnera le pouvoir,

ou nous le prendrons en fondant sur Rome. » Alors un cri formidable: A Rome!

À Rome! Que Mussolini le veuille et cette foule enivrée va s’élancer à la conquête de sa propre capitale. Mais Mussolini calme sa fièvre : «Patience! Attendez mes ordres!»

Et, politique narquois et madré, il se dissimule sous un réseau de nouvelles contradictoires. Un journal est tout fier d'annoncer en édition spéciale une déclaration du Chef du Fascisme « prêt à collaborer même avec Îles socialistes, ennemis jurés du Parti ». Cependant, à la même minute, un autre journal publie une profession de foi monarchique émanant de Mussolini-Protée. L’un s’écrie « Le Fascisme restera en dehors du gouvernement! » L'autre proclame : «Le Fas-

cisme a un ministère tout prêt en réserve !»

« Nous voulons exercer une action toute pacifique », affirme Mussolini, tandis que Mussolini lance cet avis à ses commandants

d’escadres : «Le moment d’agir est venu! >

« À Rome ! A Rome ! > Ce n’est pas en vain que l'élan a été donné. Partout où il y à un fascio des volontaires se rassemblent avec le casque et la chemise noire.

On sent que chaque combattant est rehé par un fil invisible au grand cœur de l’Itahie qui bat dans la poitrine d’un homme. Cette effervescence ne saurait laisser indifférents les ministres démissionnaires :

« Le devoir nous commande de rester à notre poste, disent-ils; sans doute le pays entier va-t-il être à feu et à sang! Prépa-

TO

La victoire du Fascisme.

rons-nous à apprendre de terribles excès... » \

Et, crispés au téléphone, ils questionnent avidement : « Que fait Vintimille où se rassemblent les Fascistes niçois? — Vintimille chante ! — Et Civita-Vecchia? — Elle 1liumine ! — Et Rome? — Elle pavoise ! »

N'importe, 1l faut faire quelque chose, il faut que ce ministère témoigne d'une certaine vitalité. En face d’un pays enthousiaste, discipliné, uni dans l'expression de sa volonté souveraine, les ministres, complètement désorientés, s'accordent pour commettre une faute immense : ils décident d'appliquer l’état de siège ! Et, le décret à peine rédigé, 1ls courent le soumettre à la signature du Rai. |

I n’est pas dans l’Histoire d’instant plus pathétique, plus grand que l'instant où Victor-Emmanuel III put voir s’amonceler

au-dessus de sa couronne les menaces de la double tourmente qui menaçait tout ensemble la dignité nationale et la Maison de Savoie. Signer l’état de siège équivalait pour lui à méconnaitre l'auguste volonté du Fascisme, c'est-àdire l’injonction de la Patrie elle-même ; c'était encore fortifier au cœur du Fascio le fanatisme de l’indépendance et conduire Mussolini droit à la République.

La méditation du Roi fut profonde et brève : ébloui d’avoir contemplé l’embrasement précurseur des guerres civiles, le Roi recueillit dans cette vision dantesque l’enseignement auquel il devait obéir. En dépit des instances de M. Facta et de différents ministres, Victor-Emmanuel, de la façon la plus péremptoire, refusa de signer le décret d'état de siège, sauvant

La marche sur Rome.

ainsi la monarchie et la patrie italiennes et

adressant au Fascisme vainqueur le salut

suprème de la Royauté.

Que restait-il à faire au ministère dé-

faillant, sinon prendre congé et s’esquiver sans gloire ? Déjà le gouvernement s’ofirait aux coups des immolateurs. Il appartint à l’un des ministres, M. Rüiccio, Garde des Sceaux, de formuler, le premier, sa démission. Tous les autres suivirent, tels des capucins de cartes. Et le Fascisme fut,

Cependant que Rome s’éveillait dans une allégresse neuve, comme si un air plus salubre emplissait la Ville Eternelle, les légions fascistes, acheminées depuis plusieurs jours vers la capitale de Fitalie,

campaient aux approches de ses portes.

Plus de cent mille combattants, jeunes, résolus, alertes, pénétrés de cet enthousiasme qui est comme le sang de la victoire, attendaient dans la campagne romaine l’ordre de marcher vers la lutte ou vers l’ovation. Mais ce fut l’ovation qui vint à eux. Dès que la foule de Rome sut que le Roi, en rejetant le décret d'état de siège, s'était déclaré lui-même le Premier des Fascistes, une clameur inoubliable lança quiconque avait une âme à la rencontre des troupes de Mussolini. Par les vieilles routes qui avaient vu passer tant de Césars, sous les antiques arcs triomphaux témoins de tant de splendeurs évanouies, le Fascisme déploya ses étendards. On assista comme à la reprise de possession de la Patrie par les patriotes ;

on eût aimé que les magistrats de la

ville, renouvelant le geste gibelin, appor-.

tassent aux vainqueurs les clés symboliques et, par une étrange réminiscence, bien des yeux, cependant que défilaient les <« Chemises noires », cherchaient à

leur tête l’Imperator qui les avait susc-

tées.

Sept heures durant, sur le Corso, défilèrent les troupes fascistes, des milliers d'hommes saluant à la romaine, la main

droite étendue, la main gauche étreignant

le fusil. La foule trépignait d'ivresse à.

l’aspect du bonnet de police décoré du faisceau de licteur, et de la chemise noire sur quoi se croisaient les cartouchières… Cette armée improvisée, mais pour le moins aussi redoutable que l’armée régu-

hière,, défiait, par ses équipements, sa dis-

cipline et sa tenue, toute critique. Quand, après les derniers bataillons, passèrent les mitrailleuses et les mulets chargés de munitions, le peuple italien comprit qu'une force lui était née.

Il eût été désirable que de nombreux Français assistassent à cet événement grandiose. Mieux que par des narrations ils se fussent rendu compte de l’ampleur du mouvement fasciste et de ses attaches profondes dans le caractère romain. On eût compris, en France, que l'Italie n’est pas seulement un pays de ruines majestueuses, de vestiges glorieux, mais que la vieille nation italienne est riche d’avenir, qu'elle travaille ardemment à ses destinées, que la vraie manière, enfin d'honorer la Rome moderne et de mériter son affec-

tion n'est pas d'honorer ses anciens pres-

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