PARTIE U- — CHAPITRE I
en s’adressant aux yeux ; et si, moins que d’autres modes de communication, il est apte à faire connaître , dans certains cas, la valeur matérielle des mots, il agrandit le cercle des connaissances, et met en activité les facultés de l’homme. Par lui, les rapports sont rapides, multipliés et aussi complets qu’ils pourraient l’être par la parole, non seulement entre les sourds-muets qui sont parfaitement initiés à sa connaissance, mais aussi entre eux et les parlants qui l’ont appris. La plupart des signes qui le composent, en effet, sont ceux que nous faisons nous-mêmes en parlant. Yoyez un orateur à la tribune, un acteur sur la scène; jamais leur pensée n’est mieux comprise et plus complète que lorsqu’un geste naturel vient donner aux accents de la voix une expression plus saisissante. Peinture toujours animée et pittoresque, le signe est toujours fidèle, toujours très exact, lorsque celui qui le fait, connaît d’une manière parfaite l’objet dont il parle, ses propriétés et son utilité. Tantôt, en effet, le signe est tiré de la forme des objets, tantôt de leur couleur, tantôt de l’usage qu’on en fait, tantôt aussi des circonstances principales de temps et de lieu dans lesquelles il vient frapper l’attention. Le monde matériel tout entier, c’est-à-dire tout ce qui s’offre à nos regards, avec des qualités physiques, des formes saisissables, reçoit un signe qui lui est propre, et
qu’il serait le plus souvent impossible de remplacer par un autre. Aussi, sans convention préalable, il est en tous lieux à peu près le même ; ce qui donne au langage mimique un caractère d’universalité qu’on ne trouve dans aucune de nos langues parlées : les sourds-muets de tous les pays se comprennent presque toujours avec la même facilité que s’ils avaient été élevés ensemble.
Le monde moral ne peut pas toujours être représenté avec la même fidélité que le monde physique: et c’est parce qu’il y a plus de difficultés pour exprimer les idées qui sont le résultat de nos sensations et des opérations de l’entendement, qu’il est bien peu de personnes qui sachent se servir convenablement du langage des signes, et qu’il a eu tant de détracteurs. Les idées générales, n’étant que des idées collectives, ne peuvent être représentées que par un signe convenu, mais tiré d’un des éléments dont elles se composent ; et selon que celui qui le crée possède plus ou moins de notions philosophiques , cette expression mimique est plus ou moins en rapport avec la nature des choses.
Les qualités du cœur et les passions peuvent être rendues avec une imitation parfaite ; mais ce serait commettre une erreur très grave que de penser qu’il s’agit, dans les rapports avec les sourds-muets, de reproduire les scènes de pantomime dans lesquelles