‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 101 sur 200 · PARTIE IL — CHAPITRE · texte numérisé non relu

PARTIE IL — CHAPITRE

excellaient à Rome, autrefois, les Roscius, et tant d’autres, que Cassiodore signale comme ayant des doigts très éloquents ; autrement il faudrait que chaque professeur fût un comédien consommé. Cette partie toutefois du langage d’action doit être très imitative ; et celui qui saura le mieux, par les mouvements de sa physionomie et l’expression de son regard , reproduire les effets des diverses sensations qu’il s’agit de peindre, aura sur les autres une supériorité marquée. Le sourd-muet d’ailleurs saisit beaucoup mieux les signes qui ont rapport à cet ordre d’idées que les autres ; réduit, par l’isolement auquel il a été condamné dès le plus bas âge, à étudier tous les faits qui s’accomplissent en sa présence, il n’est pas une seule des passions du cœur humain dont il n’ait une idée exacte, soitqu’illesaitéprouvées lui-même, soit qu’il les ait vues se manifester dans les autres. Le signe de convention , qui accompagne toujours la pantomime, restera gravé ensuite dans sa mémoire comme partie essentielle du langage, et fera plus tard naître dans son esprit l’idée tout entière à laquelle il se rattache, sans qu’il soit besoin de reproduire la scène qui lui en a expliqué la nature. C’est ainsi qu’en s’élidant, le langage des sourds-muets devient en partie conventionnel, sans toutefois perdre entièrement son caractère primitif. Mais, ainsi que nous le verrons plus tard, ce

n’est pas toujours avec un égal bonheur qu’on a imaginé le signe destiné dans le langage habituel à représenter la pantomime ; il y a donc dans la langue des gestes une partie qui a été inspirée par la nature, et une autre qui est l’œuvre plus ou moins rationnelle de l’homme ; le besoin seul de la simplifier a fait naître l’idée de l’enrichir de formes destinées à remplacer ces petites scènes théâtrales beaucoup plus vraies, mais infiniment plus difficiles à apprendre et à imiter. Aussi, n’y a-t-il maintenant que fort peu d’analogies entre le langage primitif des sourds-muets et celui qui existe dans les écoles; l’un toutefois sert d’intermédiaire pour apprendre l’autre, et le professeur doit avoir soin de ne remplacer le signe de l’élève par le sien que lorsqu’il s’est assuré qu’il a été bien compris que l’un et l’autre expriment la même idée. Le dernier signe ne devrait être plus arbitraire que le premier que parce qu’il est plus elliptique , c'est-à-dire qu’il reproduit d’une manière moins complète l'objet extérieur. A ceux qui nient dé bonne foi la .valeur du langage des signes, il suffirait pour les convaincre de montrer avec quelle rapidité s’opère cet échange.

L’œuvre d’ailleurs du professeur n’est ni pénible ni de longue durée ; les rapports presque incessants qu’un élève, nouvellement arrivé, a avec ses camarades plus instruits , rendent pour lui la tâche exr

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