‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 99 sur 200 · PARTIE II. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE II. — CHAPITRE I

aux sourds-muets n’est pas et ne peut pas être, prise isolément, un mode suffisant d’instruction ; mais elle peut, dans certains cas infiniment rares, donner au sourd-muet un moyen de plus de communication très incertain avec les autres hommes.

Voilà donc le résultat insignifiant de tant d’efforts. On ne peut pas résister au coupable désir de faire du sourd-muet un petit prodige. Un sourd-muet qui parle, qui entend par les yeux ! quelle merveille ! Oh ! évidemment vous êtes plus que des hommes, vous qui vous êtes ainsi rendu faciles des choses que rien n’égale dans ce monde ! Le public, qui ne voit pas, croit cela pendant quelque temps, jusqu’à ce que, le doute s’emparant de lui, il demande des preuves : alors le masque tombe, le muet reste et le miracle s’évanouit. Mais qu’importe ! On a joui plus ou moins longtemps de son aveugle confiance, et on s’est fait souvent une existence commode à l’aide de cette duperie qu’on croit honnête, parce qu’un vernis de philanthropie la met à l’abri de l’atteinte des lois.

Puisque la parole est un moyen d’instruction si peu certain, et qu’en supposant qu’elle puisse être employée dans une éducation privée avec succès, elle est dans tous les cas peu convenable pour le développement de l’intelligence , il n’est pas possible de la considérer comme étant, dans les écoles publiques

surtout, une des bases de l’enseignement, auquel elle n’apporte qu’un très faible concours ; il a donc fallu chercher un procédé meilleur : les signes, qui représentent l’idée elle-même, devaient nécessairement s’offrir d’abord à la pensée de tout homme doué d’un esprit d’observation. Il est à remarquer, en effet,que dès lors que le sourd-muet est un être raisonnable, il a des idées qu’il exprime par des signes que nous comprenons d’autant plus facilement qu’ils sont pris dans la nature elle-même. Son langage n’est pas, comme quelques personnes l’ont cru tout d’abord, un moyen de communication artificiel, à l’aide duquel on a représenté la parole et créé au sourd-muet la possibilité d’exprimer ses idées; il existe par luimême , et il n’a avec les langues parlées presque aucune analogie : ses formes, son esprit particulier, les propriétés remarquables qu’il possède, permettent de le considérer comme ayant un caractère plus philosophique : les gestes qui le composent suivent, en effet, presque toujours l’ordre analytique des idées. Nous pensons donc avec raison que l’éducation des sourds-muets n’est complètement possible qu’à l’aide de son concours. Il n’y a d’ailleurs que ce moyen à l’aide duquel elle puisse surtout devenir générale et simultanée.

Le langage des signes favorise le développement des facultés intellectuelles ; lui seul supplée l’oreille»

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