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cessivement facile; car, après quelques jours seulement de cette fréquentation de tous les instants, l’élève devient en quelque sorte plus habile que le maître, et pourrait presque lui remontrer. Cela se comprend et s’explique très aisément : le professeur, s’il est parlant, pense toujours dans sa langue, à moins d’être un mime très habile, et il traduit ensuite sa pensée en langage des signes; mais elle n’a plus alors dans son expression cette allure franche et animée, qui est un des caractères les plus remarquables de la mimique.
Mais, diront sans doute les adversaires obstinés du langage des signes, c’est un paradoxe énorme de prétendre qu’un amas de gestes sans ordre constitue une langue, et que cette langue est celle que la nature a donnée au sourd-muet. Quelles sont donc les conditions auxquelles on reconnaît le droit à un moyen de communication de figurer au rang de ceux qui sont considérés comme pouvant faciliter le développement de l’intelligence de l’homme, et servir à ses communications? Si le sourd-muet n’a pas dans les signes un moyen complet de relations avec les autres hommes, il est donc privé de tout langage : or, s’il est dépourvu de langage, c’est qu’il n’a pas d’idées; et il faut dire alors avec saint Grégoire de Tours, qu’il est moins qu’une bête. Mais une telle croyance ne serait pas seulement une er-
204 MUTISME ET SUKOITÉ.
reur grossière, ce serait un blasphème. Ne manifeste-t-il pas sa joie, sa tristesse, comme nous? Et lorsque son regard s’arrête par hasard sur une physionomie que la douleur a profondément altérée, estce qu’il n’en témoigne pas de la peine, et n’en demande pas la cause? S’il éprouve des besoins, des désirs, ne cherche-t-il pas à les satisfaire? Pense-t-on aussi que les variations du temps, les phénomènes de l’air, la cessation et le retour de la lumière, et cette infinie variété de faits qui s’accomplissent journellement devant lui, auxquels il participe, soit activement, soit passivement, ne provoquent pas son regard et ne fixent pas son attention? Il n’en est certainement pas ainsi ; mais il qualifie tout cela à sa manière, et bientôt il a appris aux personnes qui l’entourent le signe qu’il a donné à chaque chose : il comprend et il est compris.
Les signes se multiplient ainsi à mesure que les connaissances du sourd-muet s’étendent ; sans aucun effort, il en trouve un pour chaque fait ou pour chaque objet qui frappe son attention ; et il n’est pas une de ses sensations qui ne se manifeste ainsi très exactement à l’extérieur, quand il le veut. Est-il donc une seule de nos langues parlées qui suffise aussi complètement à nos besoins, et à l’aide de laquelle nous puissions, sans incertitude et sans équivoques, manifester toutes les nuances de nos pensées? Au-