‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 103 sur 200 · PARTIE If. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE If. — CHAPITRE I

cune: aussi admirons-nous les hommes qui excellent dans l’art de bien dire. Les quiproquos, les mots à double entente, les phrases amphibologiques ne sontils pas journellement la source de polémiques très vives, de procès dispendieux, dequerelles individuelles? Le langage des signes ne présente certainement pas de plus graves inconvénients ; car il est dans la plupart des cas d’une précision remarquable.

Ce n’est pas assurément que nous pensions avec Roscius qu’il vaudrait mieux parler par gestes que de vive voix. L’un de ces modes de communication a sur l’autre des avantages tels qu’il n’est pas plus possible de les nier que la clarté du jour en plein midi. Mais ceci n’empêche pas que nos langues, qui sont le produit de l’esprit humain, depuis le commencement des siècles, ne présentent des inconvénients que n’offre pas le langage des signes. Il n’entrera cependant jamais dans la pensée d’un homme raisonnable de vouloir l’assimiler à elles ; une pareille fantaisie serait tout au plus pardonnable à un sourd-muet ; et cependant le langage des signes nous sert souvent pour compléter l’expression de notre pensée ; il donne plus d’énergie à nos passions, plus de grâce à la manifestation de nos sentiments. On le trouve dans le regard brillant de l’orateur qui domine la foule, dans la dignité sérieuse du magistrat, dans l’air mystique des re-

ligieux, dans le sourire gracieux de la femme du monde, dans les peintures des grands maîtres, dans les chefs-d’œuvre de la sculpture , partout où il y a de l’action, du mouvement et de la vérité...

Lesigneprimitif, tel qu’il est indiqué parlanature, est une pantomime complète , ou une description aussi entière que possible de l’objet et du fait dont il s’agit. Si on veut, par exemple, rappeler ou donner au sourd-muet l’idée du mot fusil, il faudra d’abord indiquer, par un dessin tracé en l’air, la forme de l’objet et ses diverses parties principales, faire l’action de le charger, et par conséquent parler de la poudre et du plomb ; le porter à l’épaule, prendre exactement la position d’un homme qui vise , lâcher la détente, décrire l’effet du bruitet de la fumée, et faire remarquer que le résultat de toutes ces opérations a été la mort d’un animal quelconque. Le tableau étant complet, non seulement le professeur pourra en tirer parti pour donner à son élève l’idée de fusil, mais encore celle de la chasse et des divers objets qui composent l’attirail du chasseur. Il est facile de comprendre toutefois qu’un pareil langage, s’il devait être toujours aussi prolixe, ne pourrait servir que pour les communications d’idées isolées : aussi, les sourds-muets simplifient-ils beaucoup les descriptions, et réduisent tous ces mouvements à un seul, qui est toujours celui qui caractérise le mieux la

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